"Ce front de mer était rempli de bateaux", lâche Vicky Thwaites, infirmière à la retraite, le regard tourné vers la longue plage de Redcar.
Dans le passé, la ville fut prospère mais, désormais, "nous l'appelons 'Deadcar'", explique-t-elle, jeu de mots faisant allusion à la mort lente de Redcar.
Dans le centre et le nord de l'Angleterre, frappés par la désindustrialisation, le vote pro-Brexit a été massif jeudi. A Redcar, il a atteint 66,2%.
La ville, jusque dans les années 1960, était une station balnéaire prospère. Après l'entrée du Royaume-Uni dans l'UE, le commerce de la pêche s'est éteint à son tour et, en 2015, ses aciéries ont été mises à l'arrêt par leurs propriétaires thaïlandais.
"Nous pensions tous que le marché commun était une brillante idée. Mais ils nous ont pris notre pêche et notre acier, la colonne vertébrale de la Grande-Bretagne. Ils ont dépouillé le nord-est. Désormais, nous n'avons plus rien. Nous voulons récupérer notre pays", tempête Vicky Thwaites.
Selon elle, le vote pour sortir de l'UE est un vote "d'amour" pour la Grande-Bretagne.
Redcar, 36.000 habitants, est située sur l'estuaire du Tees, le fleuve qui se jette dans la mer du Nord. Sur les photos d'archives, la ville a fière allure, avec son beffroi, sa promenade de bord de mer, sa jetée et ses petits bateaux de pêche.
Désormais, sa rue principale est sans charme, la même que dans beaucoup de villes anglaises : quelques cafés, des boutiques de paris, des pubs diffusant des matchs de foot et des magasins de vente de charité.

'La rébellion des dominés'

"J'ai voté pour sortir de l'UE parce que David Cameron nous avait promis de limiter l'immigration", explique Keith Robson, 60 ans.

Un travailleur de l'acierie de Redcar.
Un travailleur de l'acierie de Redcar. © REUTERS
"Beaucoup de gens viennent de pays plus pauvres et acceptent de travailler pour moins cher. Dans le nord-est, nous avons perdu les mines, la construction navale et les aciéries. Que nous reste-t-il désormais ?", s'interroge l'homme, un maillot de l'équipe d'Angleterre de football sur le dos.
Maxime Liddle, patron d'une petite boutique d'alimentation, a lui aussi voté pour un Brexit. "Je n'ai aucun regret", clame-t-il.
Pour Andrew Marr, présentateur-vedette de l'émission politique du dimanche matin sur la BBC et auteur d'une "Histoire moderne de la Grande-Bretagne" ("A History of Modern Britain"), le résultat du référendum sur l'UE doit être interprété comme "la rébellion des dominés contre les dominants et des laissés-pour-compte contre les décideurs".
A Redcar, Londres et son pouvoir politique et économique sont a des années lumière. Un aller-retour pour la capitale, située à 350 kilomètres, coûte 271 livres (327 euros) : plus qu'une semaine de vacances à Chypre, vol inclus, à en croire une publicité d'une agence de voyage de la ville.
"Dans le coin, beaucoup de gens ont voté pour la sortie parce que nous sommes constamment mis sur la touche", analyse Stan, retraité de 69 ans.
Redcar a beau être un bastion traditionnel des travaillistes, le message du Labour, qui a appelé durant la campagne à rester dans le giron européen, est "entré par une oreille et sorti par l'autre", reconnaît David Walsh, élu travailliste local.
"Il y a trente ans, cette région possédait l'un des revenus par habitant les plus élevés du pays. C'est complètement fini", explique-t-il à l'AFP. "Quand on vous enlève votre fierté, il vous reste la rage."

Redcar et sa plage.
Redcar et sa plage. © REUTERS

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