mardi 1 janvier 2019


Jair Bolsonaro au pouvoir, le grand jour des évangéliques au Brésil
Jean-Yves Dana , le 31/12/2018 à 12h24 source : La Croix

Avec la prise de fonction du nouveau président Jair Bolsonaro, ce mardi 1er janvier, ce sont les représentants de la communauté évangélique qui accèdent au sommet de l’État au Brésil.

Photo d’illustration. Stand d'une Eglise Evangéliste sur la plage de Copacabana, au Brésil, en juillet 2013.


Photo d’illustration. Stand d'une Eglise Evangéliste sur la plage de Copacabana, au Brésil, en juillet 2013. / Jean-Matthieu GAUTIER/CIRIC 

« Le Brésil au-dessus de tout, Dieu au-dessus de tous. » Le slogan choisi par Jair Bolsonaro lors de sa campagne présidentielle, jusqu’à son élection le 28 octobre dernier, laisse présager l’importance de la tribune que le nouveau président, lors de son mandat, entend donner aux représentants religieux. Certains d’entre eux seront au plus près du pouvoir. Ce sera tout particulièrement vrai, bien sûr, de ceux des Églises évangéliques pentecôtistes.
80 députés membres de groupes évangéliques
Membres du gouvernement, élus (plus de 80 députés se revendiquent de groupes évangéliques), conseillers, lobbyistes susceptibles d’appuyer une nomination ou un projet de loi… Ceux-là apparaissent désormais ouvertement auprès du nouveau président ainsi que de sa jeune épouse, Michelle, 36 ans, elle-même évangélique et extrêmement croyante, qui a rapidement confié son intention de profiter de son nouveau statut de Première dame pour s’impliquer dans « le plus de projets sociaux possibles ».
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En compagnie des défenseurs du port d’arme et des grands propriétaires agricoles, ce qu’on appelle le groupe « BBB » (« Balle, Bœuf, Bible »), ils prônent, pour contrer les excès de violence dans l’immense pays sud-américain, un conservatisme hégémonique: autorité forte, ordre moral, défiance vis-à-vis des minorités émergentes, défense des valeurs familiales traditionnelles.
Jair Bolsonaro doit beaucoup aux évangéliques. Alors que les évêques catholiques, dans ce pays au plus grand nombre de catholiques dans le monde, avaient exprimé leurs inquiétudes dans l’entre-deux-tours, invitant les électeurs au « discernement » et refusant de prendre clairement position, les évangéliques, eux, avaient pris fait et cause au sein de leurs églises et sur leurs médias – très puissants – pour le candidat d’extrême droite.
20 millions d’électeurs évangéliques revendiqués
Edir Macedo, fondateur de la puissante Église universelle du Royaume de Dieu, lui avait ouvert l’antenne de sa chaîne de télévision privée, Record TV, la deuxième du pays en audience. Le message a porté. Selon deux instituts de sondage brésiliens, IBOPE et Datafohla, environ 20 millions d’électeurs se disant « évangéliques » ont finalement porté leur vote sur le nom de Bolsonaro, lui offrant une victoire nette fin octobre, plus de 55 % des suffrages.
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Né lui-même catholique, puis baptisé en 2016 dans le fleuve Jourdain par le pasteur Everaldo Dias Preira, une figure influente au sein de l’Assemblée de Dieu brésilienne, Jair Bolsonaro a parfaitement su aller chercher leur ralliement qui s’est aussi révélé essentiel pour trouver des fonds pour sa campagne. « Il a bénéficié du soutien financier de ces Églises, rappelait à La Croix, lors de son élection, Jean-Jacques Kourliandsky, chercheur à l’Iris et directeur de l’observatoire Amérique latine à la fondation Jean-Jaurès. Elles sont riches car chacun des fidèles doit donner 10 % de son revenu à son pasteur. »
Autant de soutiens qui, passée cette journée du 1er janvier, seront en droit d’attendre rapidement un renvoi d’ascenseur.
Jean-Yves Dana

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