vendredi 3 avril 2026

 

En Afrique, 33 % des terres menacés par la striure brune du manioc (rapport)

En Afrique, 33 % des terres menacés par la striure brune du manioc (rapport)
  • Date de création: 05 mars 2026 08:51

(Agence Ecofin) - Alors que le manioc reste le deuxième plus important aliment de base en Afrique subsaharienne, après le maïs, le rapport recommande la sélection de variétés résistantes et la mise en place de systèmes de distribution de boutures certifiées exemptes de la maladie virale pour éviter une hausse de l'insécurité alimentaire sur le continent.

La striure brune du manioc (Cassava Brown Streak Disease, CBSD), longtemps confinée aux régions côtières de l’Afrique de l’Est pendant plus de 70 ans, pourrait progresser rapidement vers l’Ouest et étendre son aire de répartition climatique potentielle à environ 33,7 % des terres du continent, ont averti des scientifiques dans une étude publiée le 16 janvier 2026 dans l’East African Journal of Science, Technology and Innovation.

Intitulée Predicting the current and future suitable habitats of cassava and cassava brown streak disease in Africa, l’étude a été menée par des chercheurs notamment affiliés à l’Université sud-africaine de Stellenbosch. Les auteurs y cartographient les zones actuelles et futures susceptibles d’accueillir à la fois la culture du manioc et la maladie, en s’appuyant sur des modèles de distribution des espèces (MDE). Ces outils statistiques utilisent des données environnementales — température, précipitations ou encore altitude — pour prédire la distribution géographique d’une espèce dans le temps et dans l’espace.

Les résultats montrent que 54,6 % de la superficie totale de l’Afrique, soit environ 16,2 millions km², présentent actuellement des conditions favorables à la culture du manioc. Cette aire couvre principalement les régions tropicales et subtropicales d’Afrique subsaharienne.

Dans le même temps, les chercheurs estiment qu’environ 10,2 millions km², soit 33,7 % de la superficie du continent, offrent des conditions propices à la propagation de la striure brune du manioc, considérée comme la maladie virale la plus destructrice affectant cette culture.

La CBSD provoque une nécrose des racines, la partie comestible du manioc, rendant les récoltes impropres à la consommation. Les principaux foyers historiques de la maladie se situent actuellement le long des côtes de la Tanzanie et du Mozambique.

Selon les projections des chercheurs, les zones les plus vulnérables à l’avenir incluent la côte est et les régions lacustres de la Tanzanie, de l’Ouganda et du sud-est de la RD Congo. Le Malawi, le Rwanda, le Burundi et l’Angola — où des foyers de la maladie ont déjà été signalés — figurent également parmi les pays à haut risque, tout comme le nord de la Zambie.

Une probable extension à l’Afrique de l’Ouest

La présence de la striure brune du manioc n’a pas été jusqu’ici signalée en Afrique de l'Ouest, mais les modèles de distribution des espèces ont mis en évidence des conditions propices à la propagation de la maladie dans cette sous-région, en particulier en Côte d'Ivoire, au Ghana, au Nigeria, durant les prochaines décennies.

La progression prévue de la striure brune du manioc sur le continent s’explique, en premier lieu, par les effets du changement climatique. Les conditions plus chaudes et plus humides ainsi que la modification des régimes pluviométriques liées permettent de plus en plus à la mouche blanche (Bemisia tabaci), vecteur du virus de la striure brune du manioc, de s’étendre au-delà du plafond d’environ 1 000 mètres d’altitude, un seuil autrefois jugé défavorable par les chercheurs à sa survie. Des études scientifiques ont, en effet, conclu que la mouche blanche s’adapte progressivement aux conditions climatiques qui caractérisent les zones de culture du manioc dans la région des Grands Lacs.

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    La mouche blanche d'Afrique sur des feuilles de manioc.

D’autre part, le matériel végétal infecté reste un facteur majeur de propagation de la CBSD sur le continent. D’autant plus que les systèmes officiels de distribution de matériel végétal contrôlé ne sont pas monnaie courante au sud du Sahara. Cela contraste avec la situation qui prévaut dans les pays asiatiques producteurs de la denrée comme la Thaïlande, premier exportateur mondial de produits à base de manioc, où du matériel végétal certifié exempt de maladies est distribué via des systèmes plus structurés et contrôlés par l’Etat.

Et last but not least, de nombreuses variétés de manioc à haut rendement qui ont été développées pour résister à la maladie de la mosaïque du manioc (CMD) sont très vulnérables à la striure brune, ce qui a créé un vaste réservoir d'hôtes sensibles.

Alors que la capacité du manioc à tolérer la sécheresse et les températures élevées en fait un précieux allié contre l’insécurité alimentaire en Afrique, dans un contexte marqué par l'accélération du réchauffement climatique, le rapport souligne que la sélection de variétés résistantes, la mise en place de systèmes de distribution de boutures certifiées exemptes de maladies et le contrôle plus strict des circuits informels de commercialisation du matériel végétal constituent les seules voies viables pour contenir la propagation de la maladie surnommée « l'Ebola du manioc ».

Walid Kéfi

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