dimanche 2 mars 2025

 (C'est quoi cette histoire à la con chez les chrétiens de paradis où on était tous des animaux et ont tapait la discute dans la même forme de langage ? note de rené)

La maltraitance d’animaux exotiques pour l’industrie du luxe

par Jérôme Henriques

En 2010, l’émission «Rundschau» (télévision Suisse alémanique) montrait le traitement cruel des varans malais en Indonésie. Confinés des jours entiers dans des sacs, avec les pattes ficelées dans le dos, ces derniers étaient ensuite assommés à coups de marteau sur la tête. Survivant parfois aux coups de marteaux, mal étourdis, certains d’entre eux étaient alors dépecés vivants.

Une enquête de Peta Asie en Indonésie a révélé le sort tout aussi cruel des pythons. Enfermés dans des cages rudimentaire (sans eau, ni nourriture, ni endroit pour se cacher), ces derniers étaient eux aussi assommés à coups de marteau sur la tête (avant d’être suspendus à des crochets, gonflés d’air/eau puis dépecés). Certaines images montrent des ouvriers frapper les animaux à plusieurs reprises pour tenter de les étourdir/tuer ; d’autres montrent des animaux visiblement mal étourdis, continuer à se débattre pendant qu’on les mutile.

Même genre de supplices concernant les crocodiles. Des images rapportées par Peta Asie au Vietnam montrent des milliers de crocodiles attendant la mort dans de petits espaces en béton. Concernant l’abattage, on peut voir des travailleurs électrocuter les crocodiles, pour (tenter de) les étourdir, puis leur inciser la nuque pour leur enfoncer une tige en métal dans la colonne vertébrale (méthode censée les tuer). Là encore, on peut voir certains animaux montrer des signes de conscience pendant qu’ils se vident de leur sang.

Interrogés par Peta, des experts en physiologie animale se sont montrés horrifiés par les images. Évoquant la physiologie particulière des reptiles, ainsi que des méthodes d’abattage «peu conventionnelles», incertaines, ceux-ci ont évoqué «des traitements douloureux et inhumains», pouvant entrainer «une mort lente et cruelle».

Autre exemple, non reptilien : les autruches. Sur des images tournées en Afrique du Sud (où se trouvent les plus grandes entreprises d’abattage d’autruches au monde), on peut voir des employés frapper des autruches pendant le transport, puis les forcer à rentrer dans une machine d’étourdissement. Certaines d’entre elles trébuchent, glissent, tombent. À un moment donné, on entend même le directeur de l’établissement dire en plaisantant «Je vais appeler le responsable du bien-être animal tout de suite».

La raison d’être de ces exploitations/abattoirs ? Fournir des peaux exotiques (et/ou des plumes dans le cas des autruches) à LVMH (qui possède Louis Vuitton, Dior, Celine, Fendi, Givenchy…), Kering (Gucci, Yves Saint Laurent…) et d’autres marques de luxe étasuniennes et européennes (Hermès, Prada, Ralph Lauren…), pour produire des articles tels que des ceintures, bracelets de montres, portefeuilles, chaussures, sacs à main, ornements de vêtements…

Il arrive que ce genre d’articles soit saisi par les autorités. Mais c’est généralement moins pour des raisons éthiques (conditions de rétention sordides, méthodes d’abattage cruelles), que pour des questions de préservation d’espèces (conventions internationales, respect des quotas) ; lesquelles ne sont pourtant déjà pas très bien respectées…

En fait, les espèces précitées sont protégées par la convention CITES. À ce titre, elles doivent être issues de fermes d’élevages et/ou régulées par des quotas. Problème(s) : les quotas sont la plupart du temps définis par les pays eux-mêmes, sans aucun fondement scientifique à l’appui. Et même lorsque ces quotas sont atteints, le trafic transfrontalier permet parfois de comptabiliser sur ceux de pays voisins. Une autre magouille fréquente consiste à étiqueter de façon trompeuse les animaux capturés dans la nature comme ayant été «élevés en captivité».

Dans certains pays exportateurs, notamment l’Indonésie et la Malaisie, de multiples preuves attestent l’existence d’autorités corrompues qui n’hésitent pas à couvrir les espèces sauvages acquises de façon illégale en délivrant des permis légaux aux exportateurs.

À l’autre bout (côté importateurs), on manque de contrôles. Les autorités douanières étasuniennes estiment par exemple que seuls 10% des importations illégales finissent par être saisies. Une difficulté supplémentaire tient au fait que ces produits traversent souvent de multiples frontières (Singapour, France, Italie, Allemagne…), ce qui complexifie d’autant leur traçabilité.

L’étendue de ce trafic est difficile à évaluer. Selon une étude parue en 2013, entre 2003 et 2013, le Fish and Wildlife Service (organe rattaché au département de l’Intérieur des États-Unis) a saisi plus de 5600 articles de cuir exotique (ceintures, bracelets de montre, portefeuilles, chaussures, sacs à main…) destinés à des enseignes comme Ralph Lauren (29%), Gucci (16%), Michael Kors (10%), Jil Sander (6%), Coach (5%)…

À l’époque, les chercheurs ont invoqué le Freedom of Information Act (FOIA) afin d’obtenir les registres des saisies du Fish and Wildlife Service. Ce qui n’est plus possible aujourd’hui. Du moins, plus en l’état. En effet, à compter de 2013, le Fish and Wildlife Service a commencé à censurer les noms des importateurs dans les demandes de registres officiels. Pourquoi ? Pour protéger les entreprises ? Ne pas entacher leur image de marque ? Le Fish and Wildlife Service n’a jamais souhaité commenter sa décision.

Légal ou non, le commerce de peaux exotiques pose problème. Par son ampleur d’une part (les pays du sud-est asiatique exportent officiellement plus d’un million de peaux exotiques par an) et par la façon dont sont traités les animaux d’autre part (filmée et révélée par les associations). Face aux scandales (images chocs de Peta notamment), quelques entreprises ont renoncé à l’utilisation de ces peaux (Diane von Furstenberg, Chanel, Jil Sander, Calvin Klein).

D’autres (LVMH, Kering…), ont mis en place des politiques de responsabilité, chartes, systèmes de certification, promouvant pêle-mêle la traçabilité, le bien-être animal, l’exploitation durable des espèces sauvages et parfois même l’interdiction de certains produits animaux. Une démarche qui ressemble plus à de la communication (on commence à avoir un peu l’habitude dans le domaine de l’exploitation animale), qu’à une véritable évolution des pratiques.

Car la majorité des entreprises défendent leur business. Et ne souhaitent pas remettre en cause leur utilisation de peaux exotiques. Elles invoquent les activités de subsistance qu’elles contribuent à soutenir (en donnant du travail aux populations locales) et mettent également en avant l’intérêt du commerce dans la préservation d’espèces exotiques (de par l’incitation économique qu’elles procurent auprès des populations locales). Sans elles, ces «sauvages» auraient sans doute déjà massacré tous les pythons…

Une position étonnamment soutenue par certains scientifiques. Comme Daniel Natusch, membre de l’équipe de surveillance des reptiles au sein de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la Nature) et auteur de rapports sur cette conservation, qui explique que «sans l’industrie du luxe, bon nombre des espèces exploitées seraient dans une situation encore plus dramatique».

Des liens se nouent. Comme par exemple le «Partenariat pour la préservation des pythons» établi entre le groupe Kering, certains experts de l’UICN et le Centre du commerce international (CCI). Officiellement, il s’agit de faire évoluer le secteur vers des pratiques plus vertueuses. Mais les conflits d’intérêts ne sont pas loin. Ainsi peut-on apprendre que certains rapports de l’UICN sont financés par l’industrie du luxe (et ne font pas forcément consensus en interne).

D’où d’étranges préconisations trouvées dans ces rapports : comme celle de développer l’élevage d’espèces exotiques dans le but de pouvoir répondre à la demande (croissante) de l’industrie du luxe, sans que cela n’augmente la pression sur les populations d’animaux sauvages (car cette demande encourage forcément le braconnage).

Et l’éthique dans tout ça ? Peut-on défendre l’élevage de pythons (ou de crocodiles), sous prétexte de soutenir une demande superflue (une mode ostentatoire), avec comme seul souci celui de ne pas éteindre l’espèce ? Quel intérêt pour ces animaux, quand on voit les souffrances qu’on leur inflige ? Une vision anthropocentrée, égoïste, cruelle, à laquelle n’adhère pas les animalistes. Pour eux, les animaux ont des intérêts propres (à commencer par celui de ne pas souffrir) qu’il faut prendre en compte.

Le consommateur aussi à son mot à dire. Au final, c’est même lui seul qui décide. Peut-être pourrait-il essayer de regarder en face la réalité qu’on cherche à lui cacher (ce que propose Peta dans ses vidéos), observer le décalage avec ce qu’on lui présente dans la pub, et se dire qu’il n’y a absolument rien de classe à arborer une mode cruelle.

source : Le Grand Soir

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