dimanche 31 mai 2020

Le Royaume-Uni pourrait fermer ses portes à Huawei dès 2023


Selon la presse anglaise, le Premier ministre Boris Johnson souhaite que les opérateurs télécoms ne puissent plus utiliser les équipements 5G du géant chinois d'ici trois ans. Le gouvernement britannique espère ainsi se rapprocher des Etats-Unis à quelques semaines du G7.


Par Raphaël Balenieri source : Les Echos
Publié le 24 mai 2020 à 14h50Mis à jour le 24 mai 2020 à 16h31
Demi-tour pour Huawei au Royaume-Uni. Selon la presse anglaise, le Premier ministre Boris Johnson travaille désormais sur un plan prévoyant une désinstallation progressive des équipements 5G de Huawei d'ici 2023. A cette échéance, les antennes du champion chinois des télécoms, numéro un mondial du secteur, ne pourront plus faire tourner les réseaux britanniques, selon cette feuille de route obtenue par le « Daily Telegraph » et confirmée ensuite par plusieurs responsables du pays.
En janvier, pourtant, Boris Johnson avait autorisé Huawei à participer au chantier de la 5G, tout en plaçant des garde-fous. A savoir, pas de Huawei sur les coeurs de réseaux (la partie la plus sensible), part de marché limitée à 35 % et zéro présence sur les sites critiques, comme les centrales nucléaires. Mais la droite anglaise pro-Brexit n'a jamais digéré ce feu vert. En mars, des députés conservateurs étaient alors repartis au front, en déposant un amendement, que le gouvernement a évité de justesse, visant à exclure totalement la multinationale de Shenzhen.

Accord commercial en jeu

Ce revirement intervient dans ce contexte politique ultra-chargé outre-Manche et alors que Boris Johnson doit se rendre le mois prochain aux Etats-Unis pour le G7, son premier déplacement à l'étranger depuis le début de la crise du coronavirus. Un accord commercial est en jeu.
Or les Etats-Unis, qui accusent Huawei d'espionnage depuis des années et l'ont déjà bloqué du marché américain de la 5G, avaient été ulcérés par le feu vert de Londres au groupe chinois. En travaillant sur une interdiction complète de Huawei, le Royaume-Uni fait donc un pas vers les Etats-Unis.
Mais ce revirement s'explique aussi par la dégradation des relations entre Londres et Pékin. Estimant que la Chine n'a pas été transparente sur le nombre réel de cas de coronavirus, certains députés conservateurs poussent Boris Johnson à adopter une position plus ferme.
Une loi pour empêcher les rachats d'entreprises britanniques par les sociétés chinoises est ainsi à l'étude. Boris Johnson a prévu d'avancer sur le sujet « dans les prochaines semaines ». Dans ce contexte, la décision de Pékin, vendredi, d'imposer une loi sur la sécurité à Hong Kong (gouvernée par le Royaume-Uni pendant plus de 150 ans) n'a rien arrangé.

Procédure longue et coûteuse

En prévoyant un délai de trois ans, le gouvernement britannique donne certes un peu de temps aux opérateurs. 31 villes du pays ont désormais la 5G, selon Viavi Solutions. EE, Vodafone et Three utilisent déjà du matériel 5G de Huawei sur leurs réseaux. Si le plan était adopté, les opérateurs devraient alors remplacer les antennes Huawei par des équipements d'Ericsson ou de Nokia.
La procédure pourrait être longue et coûteuse. Selon British Telecom, limiter la part de marché de Huawei à 35% nécessiterait déjà 500 millions de livres d'investissements. Huawei, de son côté, perdrait un marché-clé en Europe, sa deuxième plus grande zone d'activité après la Chine. « Ces articles s'appuyant sur des sources anonymes ne font aucun sens », a dénoncé Victor Zhang, vice-président du groupe, cité par le « Financial Times ».
Ce revirement britannique aura-t-il un impact sur la France ? SFR et Bouygues Telecom sont toujours suspendus à la décision du gouvernement qui doit trancher, au cas par cas, la possibilité de recourir à des équipements de Huawei.
Raphaël Balenieri

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