dimanche 12 mai 2019


Les États-Unis rejettent China Mobile 
Luc Olinga - Agence France-Presse et Julie Charpentrat - Agence France-Presse
à San Francisco
10 mai 2019

Alors que débutent de nouvelles négociations commerciales entre Washington et Pékin, les États-Unis ont refusé jeudi à l’opérateur China Mobile l’entrée sur leur marché, une décision qui montre une nouvelle fois l’importance stratégique des télécoms et de la technologie dans le bras de fer entre les deux puissances.
Cette mesure était attendue depuis que le patron du régulateur des télécoms (FCC), Ajit Pai, avait appelé en avril les autres membres de la commission à bloquer l’opérateur au motif que cela « soulèverait des risques substantiels et sérieux pour la sécurité nationale ». Les inquiétudes des autorités américaines sont liées au fait que China Mobile est contrôlé, affirment-elles, par le gouvernement chinois, fait encore valoir la FCC. L’agence de régulation a consulté sur ce sujet « des agences fédérales ayant une expertise en matière de sécurité nationale » et a reçu un avis négatif de la part du ministère du Commerce.
C’est d’ailleurs la première fois, souligne la Federal Communications Commission, qu’elle reçoit un tel avis négatif fondé sur des questions de sécurité nationale. Mais ce n’est pas la première fois, en revanche, que Washington s’en prend à une grande entreprise chinoise dans le secteur des télécoms : les autorités ont exclu le géant Huawei du développement de la technologie de nouvelle génération de réseau mobile ultrarapide 5G aux États-Unis, précisément pour des raisons de « sécurité nationale », et tentent depuis de convaincre leurs alliés occidentaux d’en faire autant. En outre, les États-Unis accusent le groupe d’avoir contourné les sanctions américaines contre l’Iran.
Si les firmes visées se défendent de tout soupçon d’espionnage au profit des autorités chinoises comme les en accuse Washington, les lois chinoises obligent néanmoins les groupes dont le siège social est en Chine à apporter une aide technique aux services de renseignement. En 2018, c’était un autre équipementier télécoms chinois, ZTE, qui s’était retrouvé dans le viseur des États-Unis et au milieu des tirs croisés des deux pays engagés dans un conflit commercial majeur. Les lourdes sanctions dont Washington avait menacé ZTE avaient d’ailleurs largement pollué les négociations commerciales.
Hasard du calendrier ou pas, la décision de bloquer China Mobile — dont la filiale américaine avait déposé une demande en 2011 pour fournir des services de télécommunications entre les États-Unis et certaines « destinations étrangères » — intervient précisément au moment où débute à Washington une nouvelle ronde de négociations commerciales à l’issue des plus incertaines. La technologie, et les télécoms en particulier, en est un élément très important, à la croisée d’enjeux géopolitiques et commerciaux majeurs, les deux pays étant en concurrence frontale dans ce secteur.
La nouvelle session de tractations commerciales entre les deux pays, qui se déroule à partir de jeudi, était présentée il y a quelques jours encore comme la dernière avant un sommet entre Donald Trump et son homologue chinois, Xi Jinping, destiné à sceller un accord historique.

(La mondialisation devait servir uniquement les intérêts américains, anglo-saxon, en général. Les chinois sont venus mettre le souk dans ce bel ordonnancement. D'où retour au protectionnisme. note de rené)

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