lundi 19 août 2019

A Mayotte, même sur les plages protégées, les tortues sont massacrées

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Tortue massacrée sur une plage de Mayotte
© Sea Shepherd - Licence : Tous droits réservés
Chaque année, l'archipel de Mayotte voit quelques centaines de tortues pondre sur les plages de ses îles. Or sur la soixantaine de plages où viennent pondre les tortues, seules 4 sont surveillées par les gardiens du Conseil Départemental de Mayotte. Et pourtant, l'association Sea Shepherd vient d'y découvrir une douzaine de carapaces de tortues braconnées et dénonce le laxisme des autorités...
Mayotte est un département d'outre-mer français situé dans l'archipel des Comores (Océan Indien). Les îles qui le composent accueillent principalement des tortues vertes (Chelonia mydas) en danger d'extinction selon la Liste Rouge des espèces menacées.
Selon l'UICN, la tortue verte (Chelonia mydas) est la tortue avec la plus grande carapace cornée, avec une longueur moyenne chez l'adulte de 120 cm. Elle doit sa couleur verte à la graisse contenue sous la carapace. Les tortues marines adultes passent la plus grande partie de leur temps dans les eaux côtières peu profondes, abondantes en herbiers marins.
Présente dans les eaux chaudes, elle se trouve également en Méditerranée. La chasse et la pêche des tortues vertes sont toujours légales dans certains pays, et elles font l'objet d'une capture massive à cause de la pêche non sélective.
Le nombre annuel moyen de femelles reproductrices a diminué entre 48 à 67 % au niveau mondial, avec de grandes disparités suivant les populations.
Ainsi, en plus d'être des victimes collatérales de la pêche et des déchets qui s'accumulent dans les océans, elles sont braconnées pour leurs oeufs et leur chair.
"Les tortues marines menacées et protégées reviennent sur la plage de leur naissance pour y pondre leurs oeufs. Elles sont alors des proies faciles pour les braconniers qui les attendent armés de machettes. Après leur avoir coupé les nageoires et la tête, ils ouvrent la carapace et récupèrent la viande qui se vend jusqu'à 40 euros le kilo au marché noir," explique l'association de défense des animaux marins, Sea Shepherd qui vient de lancer une nouvelle campagne sur place - l'opération Nyamba - et accuse le laxisme de l'Etat français : "trop peu de gardes, souvent absents au poste, les plages les plus dangereuses ont carrément été interdites d'accès de nuit en raison de la présence de braconniers. Autrement dit, les tortues sont complètement abandonnées à leur triste sort."
En effet, si Mayotte accueille une réserve marine protégée de 68,381 km² à la biodiversité exceptionnelle, celle-ci est en "péril, faute de moyens et de volonté de contrôle et de protection" dénonce Sea Shepherd qui révèle sa découverte édifiante sur les plages "protégées de Charifou 1 et 2 :
"Nos équipes avaient jusqu'ici considéré ces plages comme non prioritaires afin de se concentrer sur les nombreuses plages livrées aux braconniers. C'est donc avec étonnement et consternation que nous y avons découvert il y a quelques jours sur Charifou 1 et 2, une douzaine de carapaces de tortues braconnées et ce malgré la présence officielle de 9 gardiens du Conseil Départemental chargés d'assurer leur protection.
[En 2017], sur la plage Moya 1, nous avions découvert deux tortues fraichement braconnées (les braconniers encore présents avaient caillassé notre équipe et les gendarmes étaient venus nous aider). Au petit matin, l'un des gardes en charge de la surveillance cette nuit-là avait dissimulé les cadavres des tortues tuées la veille sans les avoir signalées.
[En 2018] les gardiens ont officiellement renoncé à surveiller la plage Moya 2 car jugée "trop dangereuse" par leur nouveau responsable. Ce qui n'a pas empêché les gardiens d'y aller une nuit devant nos équipes, pour ramasser des coquillages sur leur temps de travail. Ils étaient équipés de lumières blanches, connues pour perturber les tortues, risquant de les pousser à retourner en mer sans avoir pondu et de lâcher leurs précieux œufs dans l'océan.
Autre problème : les tortues qui viennent pondre de nuit peuvent être longues à repartir au petit matin, ce qui allonge la durée de la garde. Nos équipes sont parfois contraintes de patrouiller les plages plus de 12 heures d'affilée. Certains gardiens de Moya 1, qui dorment dans leur cabane les nuits de patrouille n'ont même pas la patience lorsqu'ils descendent enfin sur la plage au petit matin d'attendre que les dernières tortues aient pondu. Il a été très frustrant pour nos équipes d'assister au comportement inadmissible de certains gardiens qui, pressés de rentrer chez eux, poussent du pieds des mamans tortues n'ayant pas encore pondu, pour les contraindre à quitter la plage.
Hier matin, notre équipe a retrouvé une tortue braconnée sur la plage de Moya 1, au nez et à la barbe des gardiens, juste en contrebas de leur cabane. Une fois de plus, ils étaient restés toute la nuit dans leur cabane.
Devant notre équipe, leur responsable leur a donné, par téléphone, pour instruction d'enterrer la tortue sans prendre la peine de la signaler au REMMAT (Réseau d'Echouage Mahorais de Mammifères marins et de Tortues marines) comme le voudrait la procédure. Une pratique qui semble courante chez certains gardiens et qui fait le jeu des braconniers, entraînant une importante sous-estimation du nombre de tortues tuées à Mayotte.
Les gardiens de tortues du Conseil Général sont rémunérés par nos impôts pour protéger cette espèce menacée et garante de la bonne santé du lagon. Si parmi ces gardiens, certains tentent honnêtement de faire leur travail, beaucoup d'entre eux ne sont pas dignes de la mission qui leur est confiée. Les tortues n'ont aucune chance, si même les gens payés pour les protéger se rendent complices de leur massacre en ne prenant pas leur rôle au sérieux et en camouflant les cadavres."

Mai 2019 : 2 braconniers massacrent des tortues

Récidive en mai 2019 : "dans la nuit du 23 au 24 mai sur une plage de Mayotte, deux hommes ont été filmés en train de cerner deux tortues marines, de leur donner des coups de pied pour les déplacer et les étourdir, puis les dépecer au couteau alors qu'elles sont semble-t-il encore vivantes, pour ensuite laisser les carapaces sur la plage et emporter la viande dans leur pirogue. D'interminables et atroces souffrances pour ces deux tortues vertes venues pondre sur la plage", relate One Voice.
Pire encore, l'un des braconniers est un employé du conseil départemental, payé par l'État pour protéger ces mêmes tortues ! Il aurait profité de son statut pour commettre, depuis plusieurs années, de tels actes de cruauté.
Dans un reportage diffusé sur TF1 dans l'émission « Sept à huit » en novembre 2011, on peut voir le braconnier/employé du conseil départemental interviewé sur la plage de Papani lors d'une de ses « sorties » nocturnes.
One Voice s'est portée partie civile dans cette affaire dans le procès qui a lieu ce lundi 27 mai à Mayotte.

Juillet 2019 : la tension monde avec les braconniers

Dans le cadre de l'opération Nyamba, Sea Sheperd explique :
"Papani, la fameuse "plage charnier de tortues à Mayotte, interdite d'accès la nuit par arrêté municipal en raison de la présence de braconniers devient le théâtre de tensions croissantes. Voilà presque trois semaines que nous montons la garde sur les plages de pontes pour protéger les mamans tortues. Et Papani fait partie de nos priorités de patrouilles. Malgré l'interdiction de la Mairie et la démission totale des autorités, nous refusons de nous résoudre à livrer les tortues en pâture aux braconniers.
Dans la nuit du 25 au 26 juillet, nos équipes ont fait fuir trois braconniers sur Papani (trois tortues sont montées cette nuit là). Les braconniers se sont alors repliés sur la plage voisine de Poudjou (3 tortues aussi) pour tenter leur chance mais une autre de nos équipes y montait la garde et les ont fait fuir. Une troisième équipe surveillait la plage de Moya (8 tortues et une émergence de bébés), quadrillant ainsi au mieux les plages de Petite Terre.
La nuit suivante, du 26 au 27 juillet, de retour sur la plage de Papani, notre équipe a été caillassée par des braconniers perchés sur la falaise. L'équipe était coincée sur la plage par la marée montante, comme à chaque fois, nous rendant vulnérables. Heureusement aucune des pierres grosses comme le point n'a atteint nos bénévoles mais cet incident traduit bien l'agacement croissant des braconniers, peu habitués à être ainsi gênés dans leur buisness."

Pourquoi les tortues sont-elles braconnées ?

La raison est toujours la même : pour faire de l'argent et se faire "plaisir". "A Mayotte, la viande de tortue se mange le plus souvent en « tchak tchak » (brochettes de tortues) lors de rencontres plutôt festives et souvent arrosées entre hommes. Il ne s’agit donc pas, dans la plupart des cas, d'un repas de subsistance lié à une pénurie alimentaire" explique le REMMAT.
En effet, la viande de tortue se vend au marché noir jusqu'à 40 € le kilo.
Si la viande de tortue est un met apprécié, elle peut provoquer une intoxication alimentaire mortelle, le chélonitoxisme. Plusieurs personnes dont des enfants, sont déjà morts à Mayotte.
Officiellement, plus de 230 tortues marines (tortues vertes et tortues imbriquées) ont été braconnées à Mayotte en 2016 et près de 300 en 2015 d'après le REMMAT qui précise dans un communiqué que : « le recensement entrepris tout au long de l'année par le réseau ne reflète que la partie visible du braconnage, révélée par les traces et ossements laissés sur les plages : il n'est qu'une sous-estimation du nombre réel d'actes de braconnage sur Mayotte ». D'après les estimations de Sea Shepherd, "le chiffre réel est plus proche du millier de tortues tuées".

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