vendredi 12 février 2021

 

Les lobbies ont saboté la Convention citoyenne pour le climat (France)

Automobile, aérien, agrochimie… « Les industriels ont mobilisé tous les leviers d’influence à leur disposition » pour torpiller le travail de la Convention citoyenne pour le climat, démontre l’Observatoire des multinationales. Grâce à d’éminents professionnels de la communication, ils ont converti moult politiques et bénéficié de relais médiatiques.

« Les lobbies industriels ont mené une guerre de l’ombre contre la Convention climat. » C’est ce que démontre l’Observatoire des multinationales dans un rapport rendu public lundi 8 février. Au fil des pages, les auteurs retracent « l’offensive acharnée » des secteurs les plus concernés par les propositions des citoyens et des citoyennes comme l’automobile, l’aérien, l’agrochimie ou la publicité.

« Les industriels ont mobilisé tous les leviers d’influence à leur disposition », notent les journalistes à l’origine du rapport. Rassemblés dans « une large coalition de conservatismes et d’intérêts établis », ils ont réussi leur travail de sape. L’influence qu’ils ont eue sur l’exécutif et la bataille qu’ils ont menée cet automne expliquent en grande partie le détricotage des 149 mesures proposées par les citoyennes et citoyens tirés au sort.

Le rapport de l’Observatoire des multinationales.

À l’origine, comme le rappelait son garant Cyril Dion dans Reporterre, la Convention citoyenne avait été conçue pour ouvrir les débats et éviter « l’entre-soi du système oligarchique ». Le retour de bâton n’en est que plus brutal. Le projet de loi climat censé retranscrire dans la loi les propositions des citoyens a été largement aseptisé et édulcoré : des mesures ont été abandonnées, d’autres ont vu leur échéance repoussée ou leur portée réduite. Pour de nombreux experts, le texte ne répondra pas à l’objectif de départ, à savoir la baisse de 40 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030. Le projet de loi sera présenté le 10 février en Conseil des ministres avant un examen à l’Assemblée nationale en mars.

À son lancement, en 2019, la Convention climat n’avait pas soulevé les foules ni braqué les projecteurs. Les industriels l’avaient magnifiquement ignoré, sans sentir la menace. C’est à partir de juin 2020, lorsque les citoyens ont présenté leurs mesures transformatrices qu’ils ont pris peur et commencé à se mobiliser. Ils ont dénoncé des propositions « liberticides » ou relevant de « l’écologie punitive ». En creux, « le principe même d’une régulation publique de l’activité économique au nom du climat était remis en cause », analyse l’Observatoire des multinationales.

« Nous sommes parvenus à convertir les politiques »

Pour l’ONG, cette séquence ouvre une nouvelle étape dans la bataille climatique. Si les objectifs généraux de réduction des émissions de CO2 sont désormais acceptés, le combat s’est déplacé sur les modalités de cette transition. « Les industries veulent maintenir un laisser-faire total quant aux moyens pour les atteindre […] Ils nient ou minimisent leur responsabilité […] et se posent en victime », écrivent les auteurs du rapport. Après « l’agribashing », ils crient maintenant à l’« aviation-bashing », l’« auto-bashing », le « pub-bashing », voire à l’« entreprise-bashing ».

Concrètement, ces industriels ont usé de tous les leviers disponibles pour décrédibiliser la Convention. Ils se sont mobilisés de manière coordonnée et n’ont pas lésiné sur l’achat de services de professionnels de la communication. Les cabinets de conseil Boury Tallon ou Batout Guilbaud ont été très sollicités sur le dossier de la Convention citoyenne, notamment par Air France ou par le groupe chimique allemand BASF.

Cet automne, le Tout-Paris du lobbying était en ébullition : organisations patronales, avocats d’affaires, groupes de réflexion libéraux… Chacun a été mis à contribution pour produire des contre-argumentaires ou interpeller les pouvoirs publics. « On a même vu des lobbyistes de Monsanto aller au secours de l’aviation », observent les auteurs du rapport. L’Association internationale du transport aérien (IATA) a ainsi fait appel à l’un des partenaires historiques de la firme agroalimentaire, FleishmanHillard, un groupe spécialisé dans la réputation des entreprises — impliqué, d’ailleurs, dans le scandale des « Monsanto papers ».

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