samedi 9 novembre 2019


Bolivie. Des unités de police se mutinent dans trois villes, Morales temporise
Le président Evo Morales, fraîchement réélu, doit faire face à un mouvement de contestation grandissant. La télévision nationale a même annoncé les mutineries de dizaines de policiers à travers le pays.
Avec AFPPublié le 09/11/2019 à 01h04

La tension monte en Bolivie. Après le décès d’un jeune manifestant de 20 ans mercredi dernier - portant à trois le nombre de victimes depuis le début des contestations -, ce sont cette fois les forces de police qui affichent leur opposition au président Evo Morales.
Ce dernier a convoqué une réunion d'urgence vendredi soir avec plusieurs ministres, précisant au passage qu'il  le pouvoir excluait pour l'heure d'envoyer l'armée.
M. Morales, qui ne s'est pas exprimé, a réuni à la Casa Grande del Pueblo, la tour moderne et centrale où se trouve son bureau, des ministres et le commandant en chef des forces armées, le général Williams Kaliman, pour évoquer la situation.
Le ministre de la Défense Javier Zavaleta a quant à lui assuré qu'il n'était pas question d'une intervention militaire contre les mutins pour l'heure: « Aucune opération militaire ne sera menée pour le moment, c'est totalement exclu », a-t-il déclaré.

Un peu plus tôt, des unités de police de trois villes boliviennes se sont mutinées contre le président Evo Morales vendredi, tandis que l’opposition exige sa démission dans les rues après sa réélection contestée.
La première à se rebeller a été l’Unité tactique d’opérations policières (UTOP) de la ville de Cochabamba (centre), suivie peu après par les commandos de la police de Sucre (sud, capitale de la Bolivie) et de Santa Cruz, une région riche à l’est du pays et un bastion d’opposition.
« Nous nous sommes mutinés », a déclaré un policier, le visage dissimulé devant les journalistes au quartier général de l’Unité des opérations de police tactique (UTOP) à Cochabamba. « Nous allons être du côté du peuple, pas avec les généraux », a ajouté un de ses collègues, qui ne pouvait pas non plus être identifié.
Des images diffusées en direct à la télévision ont montré une vingtaine de policiers grimpant au sommet du bâtiment du quartier général de la police en agitant le drapeau bolivien, tandis que des dizaines de jeunes opposants les encourageaient depuis la rue.

Pas de réaction du gouvernement
Les manifestants ont fait exploser des pétards dans une ambiance festive et ont hissé sur un mât un drapeau bolivien (rouge, jaune et vert) chantant l’hymne national.
« La police de Chuquisaca (Sucre) s’unit pour soutenir les camarades qui se sont mutinés à Cochabamba », a également déclaré un autre agent de la capitale bolivienne qui avait aussi le visage masqué.Le gouvernement n’a pas encore réagi à ces mutineries.
Le leader régional Luis Fernando Camacho, le leader le plus visible et le plus radical de l’opposition bolivienne, avait demandé samedi dernier aux militaires et à la police de se joindre à l’opposition dans cette crise déclenchée par la réélection controversée de M. Morales lors des élections du 20 octobre.
Camacho était à un rassemblement dans la partie sud de La Paz vendredi après-midi quand la nouvelle de la mutinerie de Cochabamba s’est répandue. La foule a applaudi debout et s’est mise à chanter : « Ami de la police, le peuple est avec toi ».
La Bolivie vit sa troisième semaine de manifestations violentes, avec des grèves et des blocus dans les rues, contre la réélection du président pour un quatrième mandat. Ces manifestations qui secouent le pays depuis le 20 octobre ont fait trois morts et quelque 200 blessés.

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