samedi 13 janvier 2018

New York attaque cinq géants pétroliers en justice : une décision historique !
11 janvier 2018 / par Auguste Bergot source : La Relève et la Peste





La ville de New York a décidé de poursuivre en justice cinq géants du secteur des énergies fossiles : BP, ExxonMobil, Chevron, ConocoPhillips et Shell. Elle estime que ces entreprises pétrolières sont en grande partie responsables de la multiplication des événements climatiques extrêmes à laquelle la « Big Apple » doit faire face – au présent comme au futur.
Le maire de la plus grande ville des Etats-Unis, Bill de Blasio, a annoncé le 10 janvier sa décision d’intenter un procès contre cinq des plus grandes entreprises pétrolières au monde. Lors de la conférence de presse donnée à cet effet, ce dernier a déclaré :
« Alors que le changement climatique continue de s’aggraver, il appartient aux compagnies engagées dans les énergies fossiles, dont la cupidité nous met dans cette position, d’assumer le coût de rendre New York plus sûr et plus résilient »
En effet, après l’ouragan Sandy qui a frappé les côtes new-yorkaises en octobre 2012, et a engendré des dégâts humains et matériaux sans précédent (estimés à plus de 210 morts, et à plus de 50 milliards de dollars US de réparation), la question de l’adaptation de New York – entre autres villes côtières – aux phénomènes extrêmes liés au changement climatique est devenu un sujet central.

Breezy Point (New York) après le passage de l’ouragan Sandy / Crédits : Ryan Courtade (fema.gov)
Une étude datant du 25 octobre 2017 réalisée par Climate Central plaçait ainsi New York comme la ville côtière des Etats-Unis la plus vulnérable aux inondations (en termes de populations en danger), bien devant Miami et Pembroke Pines en Floride. Cette hausse du niveau de la mer est directement liée d’une part aux apports en eau liés à la fonte des glaciers de l’Arctique, islandis et calottes glaciaires, et d’autre part à l’expansion thermale (sorte de dilatation de l’océan qui résulte du réchauffement des eaux).
Outre l’élévation du niveau des océans, le réchauffement climatique, et a fortiori des eaux, est la cause de l’intensification des ouragans et de leur migration progressive de l’Equateur vers l’Atlantique nord constatée depuis ces 35 dernières années, d’après les climatologues. Les ouragans Irma, Katrina ou encore José en ont été les bien tristes preuves.
C’est face à ce terrible constat que la ville de New York avait mis en place en 2016 un programme de plus de 20 milliards de dollars pour protéger les côtes face aux futurs événements extrêmes à l’image de l’ouragan Sandy. Des projets pharaoniques, à l’image du « BIG U » ont été pensés pour réaliser les infrastructures nécessaires à la protection des populations (digues, terrassement, mur végétal…). Or comme le souligne la ville de New York dans leur communiqué de presse :
« Pour faire face aux événements inévitables à venir, la Ville doit construire des digues, des dunes, et d’autres armements côtiers. Elle doit élever et durcir une un grand nombre d’infrastructures, de propriétés et de parcs appartenant à la ville. Les coûts de ces projets largement non financés s’élèvent à plusieurs milliards de dollars et dépassent de loin les ressources de la Ville ».
Il faut malheureusement souligner que les infrastructures qui permettraient à la ville de New York de se protéger contre les inondations à venir ne sont que des solutions à court terme et qui vont nécessiter la construction de digues et autres armements côtiers massifs, monumentaux. Or, ces constructions – en béton très certainement – reposeront sur l’extraction, non moins massive, de tonnes de sable. Elle-même à l’origine de dérèglements des écosystèmes marins, d’érosion des côtes et de modification des flux marins…
Toutefois, la décision du maire (qualifiée d’« historique » par Naomi Klein) est un véritable coup de tonnerre dans la responsabilisation des entreprises qui est symptomatique d’une prise de conscience de plus en plus large. Dans les documents destinés au procès contre BP, Chevron, Conoco-Phillips, ExxonMobil et Shell, il estime que celles-ci « ont fait tout en leur pouvoir pour créer cette menace existentielle ». Une allégation on ne peut plus fondée, puisque l’année dernière seulement deux chercheurs de l’université d’Harvard révélaient qu’ExxonMobil entretenait le climatoscepticisme en toute connaissance de cause depuis plus de 50 ans. Pour l’heure, le montant des dédommagements n’a pas été décidé.

Bill de Blasio lors de son inauguration / Crédits : William Alarmiste (Flickr)
Bien entendu, les entreprises pétrolières ont immédiatement dénoncé un « abus de pouvoir politique », « sans mérite », qui contreviendrait aux « droits civiques » des entreprises. Ils estiment que ces questions doivent être traitées à un niveau global, et non pas devant des tribunaux (ce procès fait en effet suite à celui de San Francisco et Oakland pour des causes similaires). Mais le fait qu’il s’agisse de la première ville des Etats-Unis en fait un événement particulièrement fort.
« New York fait front pour les générations futures et notre planète. »

Par ailleurs, le maire Bill de Blasio a annoncé au même moment qu’il souhaitait retirer du secteur des énergies fossiles les investissements du fond de retraite de la ville ! Environ 5 milliards de dollars sur un total de 189 milliards de dollars contrôlé par ce fonds est destiné au secteur des énergies fossiles actuellement. Une autre initiative majeure qui pourrait – on l’espère – inspirer d’autres grandes villes du monde.

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