Pourquoi les sculptures de l’Égypte antique ont toujours le nez cassé
À partir du 22 mars, le musée de la Pulitzer Arts Foundation à Saint-Louis dans le Missouri, aux États-Unis, propose une exposition consacrée aux nez cassés et mains mutilées d’œuvres de l’Égypte antique. Celles-ci n’auraient pas été victimes du temps, mais d’actes de vandalisme. Les coupables ? Les pilleurs de tombes, les ennemis politiques et les chrétiens.
Pourquoi les sculptures égyptiennes antiques ont toujours le nez cassé ? C’est une question que l’archéologue américain Edward Bleiberg se pose depuis longtemps. Pour tenter d’y répondre, cet égyptologue qui travaille au Brooklyn Museum, à New York, a imaginé une exposition en collaboration avec le musée de la Pulitzer Arts Foundation, à Saint-Louis dans le Missouri : intitulée Un pouvoir puissant : l’iconoclasme dans l’Égypte antique, celle-ci se tiendra du 22 mars au 11 août 2019.
À travers une quarantaine d’œuvres, cette exposition s’intéresse à l’iconoclasme, c’est-à-dire la détérioration volontaire des représentations religieuses de type figuratif, pendant l’Antiquité égyptienne. Les œuvres rassemblées datent du XXVe siècle avant J.-C. au Ier siècle après J.-C. Ces bustes, statues, stèles, sarcophages, bas-reliefs qui décoraient des tombeaux et des temples, ont été abîmés et mutilés.
Des représentations redoutées
Pour Edward Bleiberg, tous ces nez n’ont pas été cassés par hasard. « La similarité des dégâts observés sur les sculptures laisse penser que c’est intentionnel », explique-t-il au magazine en ligne spécialisé en art Artsy.


Ces actes de vandalisme ont été perpétrés par des voleurs, de pilleurs de tombes ou pour des motifs politiques et religieux. Une grande partie de ces œuvres a été détériorée pendant l’Antiquité tardive (à partir du IIIe siècle) par des chrétiens qui « pensaient qu’ils abritaient des forces spirituelles dangereuses », explique le communiqué de presse de l’exposition.
« En Égypte ancienne, les objets n’ont pas pour unique fonction de représenter. On considère également qu’ils contiennent une énergie spirituelle intense, puissante », détaille le document. La dégradation de la représentation d’une forme humaine est prise au sérieux. Les Égyptiens croyaient qu’« abîmer une représentation affectait la personne représentée », précise Edward Bleiberg.
Les hiéroglyphes donnent un aperçu de cette croyance. Des fresques racontent que les soldats sur le point de combattre confectionnaient une représentation en cire de leur ennemi et la détruisaient.
Détruire pour se protéger des représailles
Les représentations de figures humaines sont à la fois convoitées et redoutées. « Elles ont toutes un lien avec le surnaturel », explique Edward Bleiberg, et elles ont une fonction bien précise. Dans les tombeaux, elles aident la personne décédée à survivre dans l’au-delà, en lui offrant notamment de la nourriture. Dans les temples, elles mettent en scène des élites qui font des offrandes aux dieux afin de se protéger.
Vandaliser ces œuvres avait donc pour but de « désactiver la force d’une image », explique Edward Bleiberg. Sans son nez, la figure humaine ne peut plus respirer. Elle est ainsi « assassinée » et ne peut plus remplir son rôle de protecteur. Les vandales craignaient les représailles et pensaient qu’en détruisant un détail capital de la représentation, la personne décédée ou les dieux ne pourraient plus se venger.
Pas de main, pas de nourriture
D’ailleurs, les nez ne sont pas les seules parties du corps et attributs qui ont été détruits. Les vandales ont également coupé la barbe du pharaon Hatchepsout, « symbole de légitimité royale », la couronne du pharaon Akhenaton, les oreilles afin que les prières ne soient plus entendues ainsi que les mains qui reçoivent les offrandes ou vont chercher de la nourriture pour survivre dans l’au-delà.


C’est le cas de la Stèle de Setju. Ce monument retrouvé dans un tombeau représente un noble, Setju, assis, la main dirigée vers une table. « Les dégâts infligés au visage de Setju et à sa main droite ont probablement été perpétrés par des personnes, des pilleurs de tombes ou des ennemis politiques, qui souhaitaient le priver de toute source de nourriture et de pouvoir dans sa prochaine vie, afin qu’il ne cherche pas à se venger de leurs crimes », explique le communiqué de presse.
Vandaliser une œuvre d’art, surtout si elle date, est aujourd’hui très mal vu et souvent puni par la loi. Cependant, comme le rappelle Edward Bleiberg, les Égyptiens ne considéraient pas ces objets comme de l’art. Pour eux, ces réalisations étaient avant tout un « équipement » pour se protéger de leur vivant et dans leur vie après la mort. Source


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