mercredi 28 novembre 2018

À Bickfaya, des filets pour capter l’eau des nuages (Liban)

INNOVATION
28/11/2018
À mesure que l’hiver approche, le rationnement en eau, au Liban, se fait moins lourd. Pas suffisant, néanmoins, pour que Matthieu el-Rassi, lycéen franco-libanais de 17 ans, interrompe ses recherches sur le sujet. Dans le grenier de la maison familiale de Bickfaya, il bricole « d’étranges machines », selon l’expression de son père Wissam el-Rassi, ingénieur. Son objectif : mettre au point de nouvelles techniques pour produire de l’eau potable à partir... de l’air.
Collecter l’eau de l’air ambiant est une idée encore peu répandue à travers le monde (on en trouve un exemple au Maroc ou encore au Chili), mais elle est aussi originale que prometteuse. Peu coûteux, peu contraignant, respectueux de l’environnement et rentable, ce mode de collecte d’eau pourrait représenter, pour le Liban, un nouveau moyen intéressant de subvenir aux besoins de sa population. L’idée était venue à Matthieu en regardant un reportage télévisé sur des installations de grands filets piégeant les gouttelettes d’eau contenues dans les nuages, au Chili justement. « Cela m’a fait prendre conscience du problème que représente le besoin en eau », déclare-t-il. Il prend alors conscience des opportunités que représentent ces systèmes innovants. Le principe est simple, il est même connu depuis très longtemps : il s’agit de la condensation, à l’origine, par exemple, du phénomène de la rosée. Avec l’assistance de ses cousins, Matthieu se lance alors dans la fabrication de prototypes de collecte d’eau, dans le but de permettre à un plus grand nombre d’avoir accès à une ressource vitale qui se raréfie.

Environ 150 litres d’eau par jourLe premier dispositif que le jeune homme a réalisé est un condensateur radiatif, qui est constitué d’une plaque d’aluminium inclinée. Grâce à ses propriétés de refroidissement, ce métal permet de condenser la vapeur d’eau quelles que soient les conditions climatiques, ce qui est particulièrement intéressant pour les zones arides. Avec une plaque de seulement deux mètres carrés, Matthieu peut récupérer environ un demi-litre d’eau par jour. L’idée est d’installer ces plaques sur des toits inclinés, à la manière de panneaux solaires, ce qui devrait permettre, selon les estimations, de récupérer environ 150 litres d’eau par jour.
Le second dispositif est un filet « attrape-nuage ». L’idée est de disposer des filets dans des régions où se forment fréquemment des nappes de brouillard. Le vent pousse alors celui-ci qui est « filtré », ou encore « moissonné », par ces filets au maillage très fin qui captent les gouttelettes d’eau condensées avant qu’elles ne retombent dans des récupérateurs d’eau. Les avantages de cette technique sont certains : elle est très efficace, simple à mettre en place, et les filets sont faciles à entretenir. Avec son filet expérimental de seulement deux mètres carrés, une fois de plus, Matthieu peut récolter 6 à 10 litres d’eau par jour, le maximum atteint jusque-là étant de 25 litres. Il estime ainsi qu’avec cette technique, qui est encore perfectible, 5 grands filets de 40 mètres carrés pourraient fournir 1 500 litres d’eau par jour, assez pour couvrir les besoins en eau de 5 familles.
L’inconvénient principal de cette technique, outre l’aspect esthétique, est qu’elle ne fonctionne que dans des régions où se forme souvent du brouillard.

Une technique adaptée au territoire libanaisMais le Liban rassemble justement des conditions géographiques favorables à ce phénomène : un relief important situé à proximité de la mer. Déjà expérimentée dans des pays comme le Maroc, le sultanat d’Oman ou le Chili, cette technique n’a pas encore été testée à une échelle collective au Liban. Elle pourrait s’avérer utile pour satisfaire des besoins ménagers, mais aussi agricoles, et à bas coût.
En effet, même si le Liban est bien mieux doté que ses voisins en termes de ressources hydriques, il n’est pas vain de continuer à proposer des innovations et des investissements pour les aménagements liés à l’eau. Car malgré le potentiel de son territoire, l’alimentation en eau de la population reste relativement mauvaise : le pays affiche de faibles résultats quant à sa capacité à récupérer l’eau, à la gérer et à l’assainir. Les réseaux d’adduction vieillissants sont à l’origine de nombreuses pertes et l’immobilisme du gouvernement retarde toujours leur modernisation.
Rendre accessible une ressource vitale à ceux qui peinent à se la procurer, telle est la motivation de Matthieu el-Rassi. Il insiste ainsi sur la dimension humaine et sociale de son projet. Persuadé de la facilité de mise en place et de maintenance de ces techniques, il travaille à améliorer ces dispositifs de récupération d’eau en perfectionnant les filets ou en peaufinant le simulateur de brouillard de son grenier. Mais il compte aller beaucoup plus loin, faire profiter des populations de ses recherches et faire avancer les choses au niveau des décideurs concernés par l’aménagement du territoire. Pour étendre ses recherches à une plus grande échelle, il a besoin de plus de visibilité et de plus de moyens. À titre d’exemple, il cherche à disposer d’un toit qu’il pourrait entièrement recouvrir de plaques d’aluminium, ou encore d’autres espaces pour pousser ses expériences plus loin, afin de tester la capacité de plus grands filets à subvenir aux besoins en eau d’un foyer.

(L'eau, bientôt, la source de toutes les guerres. note de rené)

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