jeudi 5 février 2026

 

Dette : l’Afrique rembourse désormais plus à la Chine qu'elle n'en reçoit sous forme de nouveaux prêts (ONE Data)

Dette : l’Afrique rembourse désormais plus à la Chine qu'elle n'en reçoit sous forme de nouveaux prêts (ONE Data)
  • Date de création: 29 janvier 2026 04:58

(Agence Ecofin) - La Chine a financé à tour de bras des projets d’infrastructures dans les pays à revenu faible et intermédiaire durant plus de deux décennies, avant de resserrer son offre de prêts dans le cadre d’une stratégie de gestion plus stricte de l’endettement de ses partenaires du Sud. L’Afrique a été la région la plus touchée par ce revirement.

La Chine est passée ces dernières années du statut de fournisseur net de financements à l’Afrique à celui de bénéficiaire net, en raison de la hausse continue des remboursements de la dette et de la forte diminution des nouveaux prêts, selon un rapport publié le mardi 27 janvier par ONE Data, la plateforme de données de ONE Campaign, une ONG engagée dans la lutte contre l’extrême pauvreté et les maladies évitables.

Intitulé « The Great Reversal », le rapport indique que ce changement de dynamique qui caractérise les financements chinois concerne tous les pays à revenu faible et intermédiaire de la tranche inférieure. L’Afrique est cependant la région la plus touchée. Ce continent est passé d’un flux net de 30,4 milliards de dollars reçus de l’empire du Milieu durant la période 2010-2014 à 22,1 milliards de dollars versés au géant asiatique durant la période 2020-2024, à titre de remboursement des dettes contractées auparavant.

A l'échelle de l'ensemble des pays à revenu faible et intermédiaire de la tranche inférieure, la Chine est passée du statut de bailleur de fonds majeur transférant 48 milliards de dollars entre 2010 et 2014 à celui de bénéficiaire net, ayant reçu 24 milliards de dollars de flux nets entre 2020 et 2024 au titre des remboursements de prêts.

« Le fait que les prêts accordés soient moins nombreux, mais que les prêts antérieurs octroyés par la Chine doivent toujours être remboursés, est à l'origine des sorties nettes de capitaux », a expliqué le directeur exécutif de ONE Data, David McNair, cité par Reuters.

Hausse des financements accordés par les institutions multilatérales

La Chine est devenue au cours de la décennie 2010-2020 le premier créancier bilatéral de l’Afrique, en s’appuyant notamment sur ses deux principaux bras financiers (policy banks), en l’occurrence la Banque chinoise d'import-export (China Eximbank) et la China Development Bank (CDB), ainsi que sur des fonds bilatéraux spécifiques comme le Fonds de développement Chine-Afrique (CAD Fund). La deuxième puissance mondiale a cependant resserré ces dernières années son offre de prêts au continent pour sécuriser ses créances face aux difficultés de remboursement de certains pays. Elle s’est détournée de plus en plus du financement des grands projets d’infrastructures, privilégiant des projets plus petits, de meilleure qualité et plus respectueux de l’environnement.

Le rapport souligne d’autre part que le revirement spectaculaire de la Chine a coïncidé avec une forte augmentation des financements accordés par les institutions financières multilatérales, telles que la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI), qui sont devenues la principale source de financement du développement. Les prêteurs multilatéraux ont augmenté leurs financements nets de 124 % au cours de la dernière décennie. Ils ont fourni 56 % des flux nets globaux au cours du quinquennat 2020-2024, soit l'équivalent de 379 milliards de dollars, contre 28% durant la période 2010-2014.

Le rapport révèle par ailleurs que les flux financiers bilatéraux vers les pays à revenu faible et intermédiaire de la tranche inférieure ont baissé de 6%, pour s’établir à 19 milliards de dollars sur la période 2020-2024, comparativement à 2010-2014, tout en notant que ces tendances devraient s'accentuer avec les réductions de l'aide publique au développement à partir de 2025.

Les pays non membres du Comité d'aide au développement (CAD), notamment le Koweït, le Qatar, l'Arabie saoudite, la Turquie et les Émirats arabes unis, ont cependant augmenté leurs niveaux de financements nets, qui ont atteint 30,2 milliards de dollars entre 2020 et 2024, contre 17,1 milliards de dollars durant la période 2010-2014.

Walid Kéfi

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