Comment l'UE a renoncé à subventionner les énergies renouvelables
Les grands groupes pétroliers BP, Shell, Statoil et Total, ainsi que des associations professionnelles de ce secteur, se sont associés pour faire du lobby à Bruxelles et s’opposer aux politiques européennes en faveur des énergies renouvelables. L’année dernière, la Commission Européenne a tenu compte de leurs demandes, et supprimé la plupart des subventions versées pour soutenir le développement de ces énergies alternatives dès 2017, rapporte The Guardian, en dépit de l’opposition des écologistes et des sociétés du secteur des énergies renouvelables.
En octobre 2011, la firme pétrolière Shell avait proposé que l’on remplace les politiques qui englobaient les énergies renouvelables par un objectif unique de réduction des émissions de gaz à effet de serre, arguant que cela permettrait de baisser les rejets provoqués par les centrales à charbon. Plus tard, BP avait formulé la même demande auprès du président de la Commission européenne José Manuel Barroso, lui proposant d’évoquer ce projet au président de l’association représentant les entreprises gazières en Europe, Jean-François Cirelli.
Howard Chase, directeur de la filiale Bruxelloise de BP, expliquait dans sa note que l’utilisation généralisée du gaz permettrait de réduire les émissions des gaz à effet de serre, et qu’elle pourrait apporter “une contribution indispensable” aux objectifs climatiques de l’UE.
Des documents prouvent que sur les deux années qui ont suivi, Eurogas a développé un lobbying sur le thème d’une “cible unique” auprès des entreprises gazières et pétrolières, mais aussi dans les réunions à Bruxelles. “Les objectifs en termes d’énergies renouvelables et d’efficacité énergétique ne seraient pas avantageux (…) Les programmes nationaux de subvention pour les sources d’énergies renouvelables devraient converger puis être progressivement supprimés”, a écrit Cirelli à Barroso en février 2013.
BP affirmait que la substitution du charbon par le pétrole et le gaz était “une étape très importante” pour lutter contre le changement climatique, compte tenu de la taille trop petite du marché des énergies renouvelables. “Un changement de seulement 1 % de la production d’énergie totale par des centrales à gaz au lieu de centrales à charbon réduirait les émissions de gaz à effet de serre autant qu’en augmentant globalement les énergies renouvelables de 11 %”, pouvait-on lire dans un communiqué de la compagnie.
Lors d’une conférence de 2013, Connie Hedegaard, la commissaire européenne au Climat , a déclaré que le gaz naturel était la “plus propre” des énergies fossiles, tout en concédant qu’elle émettait tout de même du carbone. Elle a également proposé le développement du gaz de schiste, affirmant que ses rejets de gaz à effet de serre pourraient être inférieurs à celles du gaz importé.
Deux jours plus tard, les patrons des plus grandes firmes européennes du secteur de l’énergie se sont rassemblés au sein du “Groupe Magritte” pour réclamer la fin des subventions aux énergies renouvelables et un plus grand soutien en faveur du gaz naturel. Cependant, 14 autres entreprises ont adressé à Barroso un texte soutenant une “cible unique”, expliquant que leurs sociétés ne pouvaient plus prendre en charge le coût des énergies renouvelables et appelant à l’exploitation des ressources de gaz de schiste locales”.
Les firmes du secteur pétrolier et gazier ont mené un intense lobbying qui a également conduit à la réduction des objectifs en termes d’énergies propres.
D’après le Panel International sur le Changement climatique (IPCC), même si le gaz naturel émet moitié moins de gaz carbonique que le charbon, il en rejette 10 fois plus que les centrales solaires, et 45 fois plus que l’éolien terrestre.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire