lundi 1 janvier 2018

Des centaines de personnes toujours détenues (Irak)

Contestation au Kurdistan irakien

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le 27.12.17 | 12h00 Réagissez source : El Watan
 
 Contestation des Kurdes irakiens contre le gouvernement régional  d’Erbil 
Contestation des Kurdes irakiens contre le gouvernement régional  d’Erbil 

Au moins «600 personnes» ont été arrêtées depuis le début d’une vague de contestation contre le gouvernement régional du Kurdistan irakien, accusé de corruption, et des centaines seraient toujours détenues, ont indiqué hier des députés kurdes, relayés par l’AFP.

Parmi les personnes arrêtées depuis le 18 décembre, «250 à 300» sont toujours retenues dans la province de Souleimaniyeh, la deuxième plus importante de cette région autonome, «sans aucune base légale», a accusé la députée kurde Sarwa Abdul Wahid, chef de file du parti d’opposition kurde, Goran, au Parlement fédéral à Baghdad.
Elles «n’ont pas été présentées à un juge et n’ont vu ni leurs familles ni des avocats», a-t-elle encore affirmé, relevant  que les détenus, en majorité des jeunes partisans de Goran, selon elle, faisaient l’objet de mauvais traitements. Lui aussi député kurde, Hoshyar Abdallah a de son côté évoqué des «centaines d’arrestations». Le frère de Mme Ab -dul Wahid, Shashwar Abdul Wahid, ex-patron de la télévision kurde NRT et fondateur d’un mouvement contestataire, a été arrêté à son arrivée à Souleimaniyeh, il y a une semaine.
Hier, «un juge a décidé de sa libération sous caution», a indiqué son avocat Reybass Mahmoud, alors que des cadres de NRT, dont la diffusion a été suspendue, ont été relâchés ces derniers jours. Le 18 décembre, un mouvement de contestation a éclaté dans la province de Souleimaniyeh contre le gouvernement régional basé à Erbil, capitale et rivale de Souleimaniyeh, et accusé de «corruption». A Rania, une ville à 130 km au nord-ouest de Souleimaniyeh à la pointe de la contestation, cinq manifestants ont été tués il y a une semaine par les forces de l’ordre et des dizaines blessés.
Les manifestations sont devenues plus rares ces derniers jours, en raison d’un important déploiement de policiers et de blindés, font valoir les militants. Au sein du parti Goran, qui compte 24 des 111 membres du Parlement régional kurde, le chef de cette assemblée, Youssef Mohammad, a annoncé hier sa démission à Souleimaniyeh.
Depuis deux ans, il n’exerçait plus ses fonctions en raison de différends politiques qui paralysent, depuis 2015, le Parlement kurde. Il a indiqué avoir fait l’objet de «menaces de mort», sans toutefois en préciser l’origine. La région traverse  une crise profonde depuis le référendum d’indépendance du 25 septembre, initié par l’ex-président Massoud Barzani, mais rejeté par le pouvoir central à Baghdad et la communauté internationale.
La consultation populaire s’est ainsi terminée par la désillusion, malgré la victoire massive du oui. En effet, le Kurdistan irakien a perdu une bonne partie des régions pétrolières qu’il contrôlait, reprises par les forces fédérales après le référendum. La région connaît déjà une situation économique difficile en raison de la baisse des prix du pétrole, sa principale ressource. Ses revenus pétroliers sont ainsi réduits de moitié.
Un rêve qui se volatilise
Le Kurdistan irakien, dont la capitale est Erbil, s’est constitué en région autonome aux termes de la Constitution irakienne de 2005, qui a instauré une République fédérale. Il jouit déjà d’une autonomie de fait depuis la guerre du Golfe de 1991. Dès 1992, les Kurdes irakiens ont élu un Parlement et constitué un gouvernement. Ces institutions ont été paralysées entre 1994 et 1998 par des violences meurtrières entre le Parti démocratique du Kurdistan (PDK) et son rival de l’Union patriotique du Kurdistan (UPK).
En 2003, les Kurdes se sont alliés à la coalition internationale pour renverser Saddam Hussein, et une administration unifiée a été mise en place début 2006. Massoud Barzani, élu président du Kurdistan en 2005, a vu son mandat arriver à échéance en août 2015, mais le chef du PDK est resté au pouvoir malgré les critiques de l’opposition. Le 3 février 2016, Massoud Barzani affirme que «l’heure est venue» pour les Kurdes d’Irak de se prononcer par référendum sur la création d’un Etat. Le 7 juin 2017, le Kurdistan annonce la tenue du référendum le 25 septembre. Le Premier ministre irakien Haider Al Abadi a affirmé qu’il comprend le désir des Kurdes, mais a indiqué la nécessité de respecter la Constitution.
Le 12 septembre, le Parlement fédéral vote contre le référendum, et deux jours plus tard limoge le gouverneur de Kirkouk qui a décidé d’organiser le référendum dans sa région. Le 25 septembre, le «oui» l’emporte sans surprise avec près de 93% des voix au référendum d’indépendance. A la mi-octobre, Baghdad envoie ses troupes reprendre le contrôle de toutes les zones situées hors de la région autonome où les Kurdes ont étendu leur emprise depuis 2003, dont la province de Kirkouk, riche en pétrole. En novembre, la Cour suprême irakienne a déclaré le référendum «anticonstitutionnel».
Le 29 octobre, Massoud Barzani annonce, dans une lettre adressée au Parlement de la région autonome, qu’il ne sera plus Président «après le 1er novembre». Le Parlement kurde a gelé ses prérogatives à la suite des conséquences du référendum qu’il a initié. Les forces kurdes ont constitué un allié important de la coalition menée par les Etats-Unis avec l’aide de laquelle elles ont pu repousser les djihadistes du groupe Etat islamique (EI) des zones frontalières du Kurdistan.
 
Amnay idir

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