
Quand il s’agit de parler argent, nous ne pouvons que constater, notre incapacité à bien comprendre, car cela se passe au niveau virtuel. Les bourses, avec leur transactions à grande vitesse, toujours bien informées et d’une nocivité qui n’est plus à prouver, s’ingénient à spéculer sur des produits qu’elles n’ont même jamais eu en leur possession, si ce n’est pendant une fraction de seconde. L’argent en est réduit à n’être qu’une suite de zéros et de un, sur des ordinateurs ultra performants. Mais pendant ces fractions de seconde, des milliards changent de mains, pour le plus grand bonheur des actionnaires, et c’est à la caisse des magasins que nous, pauvres citoyens pions, nous payons pour des marchandises évaluées, par le bon vouloir des traders. Notre capacité à dépenser cet argent durement gagné, n’a d’égal que la boulimie des banques, à investir dans des produits de plus en plus risqués, en privatisant les bénéfices et en mutualisant les pertes. L’argent en tant que tel, n’existe déjà plus au niveau boursier, pour les raisons citées plus haut. Les banques centrales, émettent de plus en plus d’argent, pour endiguer la faillite annoncée depuis longtemps des banques, qui pourront être sauvées par l’argent des épargnants, sans que ceux ci ne puissent s’y opposer. Nous avons parlé des
prêts toxiques consentis aux communes, dont certains élus connaîssaient semble t-il, la dangerosité. Nous savons que le gouvernement a agi pour protéger les banques, les rendant inattaquables sur le plan pénal. Si vous êtes ruinés demain par votre banque, soit vous acceptez, soit vous faîtes comme
ce malheureux italien. Et ne cherchez pas des responsables, ils sont aux abonnés absents. Il y a toujours une porte de sortie pour la finance, ennemie intime de qui vous savez. Et si demain,
l’argent papier est lui aussi supprimé, ce sera les chaînes et boulet aux pieds pour tous. Voyez l’analyse ci dessous, elle est intéressante à plus d’un titre. L’Amérique a toussé et le monde entier, est contaminé par les postillons.

C’est un peu comme une rengaine que l’on doit resservir, dans son rôle de journaliste, crise après crise… Le secteur financier est un secteur économique à part. Il fabrique des crises à intervalle régulier, chaque fois plus grave. Et lorsque la crise survient, il lance son incantation de magie vaudou pour éviter des faillites en chaîne : il se rapproche des pouvoirs publics et dit « risque systémique ». Cela suffit pour obtenir les fonds nécessaires pour éponger la crise. Quel gouvernement voudrait voir tout son secteur bancaire s’écrouler comme une suite de dominos ? Le secteur est passé maître dans l’art de privatiser les bénéfices et de nationaliser les pertes. Le payeur en dernier ressort étant, à chaque fois, le contribuable, c’est à dire la première victime de la crise déclenchée par le secteur. Ce qui intrigue un peu tout le monde depuis la dernière crise en date, c’est que personne n’a été traîné devant un tribunal alors que la fraude organisée autour des subprime est désormais avérée. Et pourtant… C’est assez simple à comprendre. Le secteur financier règles ses petites affaires en famille, évite les condamnations judiciaires autant que faire se peut car il a son incantation magique (risque systémique) et que les dirigeants de ce secteur sont éminemment utiles aux pouvoirs publics qui ne veulent pas les « effrayer » (c’est mauvais pour la croissance).
Peu après la crise financière déclenchée par le scandale des
subprime, le Congrès américain a mis en place une commission chargée d’enquêter sur cet énorme merdier. La
Financial Crisis Inquiry Commission n’avait pas de pouvoir d’enquête judiciaire, mais elle a entendu un nombre incalculable de personnes, épluché des tonnes de documents et produit
des rapports cinglants. Elle a même transmis un certain nombre de dossiers (concernant entre autres
Goldman Sachs, AIG, Merrill Lynch, Citigroup ou Fannie Mae) au Département de la Justice, sans qu’il ne se passe quoi que ce soit.
C’est pourri ? On s’en fout…
En plein délire des
subprime, plusieurs entreprises du secteur financier ont fait appel à
Clayton Holdings, chargeant cette société d’ausculter une très (trop?) faible partie les prêts qui étaient enveloppés dans des titres (les fameux
subprime). Résultat sur le million de prêts examinés ? Quelque 30% ne tenaient pas la route. Qu’a fait Wall Street une fois alertée par
Clayton Holdings ? Rien. Et surtout,
ne pas prévenir les investisseurs. Tout a continué comme avant. Tant que ça rapporte…
C’est un principe, Wall Street et le secteur de la finance en règle générale, n’aiment pas trop la publicité.
La réponse de JP Morgan à la FCIC lorsque celle-ci demande si elle peut publier les documents issus de ses entretiens avec des salariés de la firme américaine est en ce sens extrêmement parlante. Il ne faudrait pas que le contenu de ces entretiens puisse servir à qui aurait porté plainte contre la firme (si, si, c’est dit comme cela dans la réponse)…
Et pourtant, il y a pas mal de choses intéressantes dans ces entretiens,
comme ici. Ou
là. Ce dernier entretien a ceci d’intéressant qu’il met en lumière les aller-retours des financiers entre le secteur privé et le secteur public. On peut ainsi avoir été Chief Risk Officer à
Bear Stearns qui a fait faillite avec le tsunami des
subprime et être ensuite employé par la Federal Reserve Bank de New York… Même s’il s’agit de Réserve Fédérale de New York, il n’est pas inutile de perdre de vue que c’est la banque centrale américaine (
Fed) dont la Fed de New York est membre, qui a initié le
quantitative easingvisant à … sauver les banques américaines de la faillite après la crise qu’elles avaient déclenché, en leur offrant des liquidités à très peu de frais. Étonnante porosité.
La plupart des banques américaines ont conclu des accords avec le gouvernement et payé des amendes plus ou moins importantes. Bien entendu, les défenseurs du secteurs notent qu’il y a une différence entre une activité illégale et une activité moralement répréhensible. On ne poursuit pas une activité moralement contestable. Il n’y a pas de textes de loi pour cela. Ce serait donc un défaut dans l’encadrement des activités financières qui expliquerait l’absence de poursuites. Mais il ne faut pas perdre de vue que si des accords ont été trouvés, c’est que des poursuites pouvaient être engagées. Il faut bien un levier. Les procès n’auraient peut-être pas été tous gagnés, mais il semble bien qu’il s’agisse en l’espèce d’un clair manque de volonté politique. Allez savoir pourquoi…
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