DEVINEZ QUI A DÉJÀ VOTÉ POUR UN « MUR »
RICHARD HÉTU
COLLABORATION SPÉCIALE source : La Presse
NEW YORK — Le président du Mexique Felipe Calderon avait comparé la barrière au « mur de Berlin ». Aux États-Unis, ses détracteurs l’avaient qualifiée de « mur de la honte ». Qu’à cela ne tienne, Barack Obama, Hillary Clinton, Joe Biden et Chuck Schumer, l’actuel chef de la minorité démocrate au Sénat, avaient tous voté en faveur du projet de loi autorisant la construction de ce « mur » à la frontière sud.
« Nous avons la responsabilité de faire appliquer nos lois. Nous avons la responsabilité de sécuriser nos frontières », avait martelé le président américain George W. Bush, le 26 octobre 2006, en signant une loi baptisée Secure Fence Act qui prévoyait la construction d’une barrière de 1200 km couvrant les sections les plus poreuses des 3200 km de la frontière entre les États-Unis et le Mexique, à commencer par le désert d’Arizona.
L’appui à ce projet de nombreux élus démocrates, et non les moindres, illustre de façon frappante l’évolution du débat autour d’une barrière frontalière aux États-Unis. Si le « mur » semble avoir acquis une valeur talismanique pour Donald Trump et ses plus fervents partisans, qui ont scandé « Build the wall ! » tout au long de la campagne présidentielle de 2016, il est devenu en revanche un objet immoral pour les démocrates.
Or, il semble évident qu’au moins une des parties devra modifier sa position pour dénouer l’impasse budgétaire qui paralyse partiellement le gouvernement fédéral depuis plus de deux semaines. À moins, bien sûr, que le président ne mette à exécution sa menace de déclarer une urgence nationale pour bâtir son mur.
En attendant, le débat actuel semble souvent être complètement détaché de la réalité.
Un exemple : les 5,6 milliards de dollars réclamés par Donald Trump permettraient la construction d’un mur frontalier sur seulement 344 km, selon le Dallas Morning News. Moins de la moitié de cette distance, principalement dans le sud du Texas, est dépourvue aujourd’hui de toute barrière. Le reste est protégé par des clôtures ou des palissades qui doivent être renforcées ou remplacées.
On est donc très loin du « beau grand mur » en béton qui s’étend tout au long de la frontière avec le Mexique, qui devait de surcroît acquitter la facture. En fait, le concept d’un mur en béton continu promis par Donald Trump a été abandonné très rapidement par l’administration républicaine. C’est du moins ce qu’a affirmé l’ancien directeur de cabinet de la Maison-Blanche John Kelly lors d’une entrevue récente au Los Angeles Times.
« Nous avons besoin d’une barrière physique à certains endroits, nous avons besoin de la technologie d’un bout à l’autre et nous avons besoin de plus d’agents », a expliqué le général à la retraite, qui avait été secrétaire à la Sécurité intérieure avant d’accepter le poste qu’il vient de quitter.
Donald Trump a répliqué à cette déclaration en clamant sur Twitter qu’il n’avait « JAMAIS ABANDONNÉ » l’idée d’un mur tout en béton. Il a cependant admis que les experts du service des douanes et de la protection de la frontière préféraient une barrière à bornes en acier permettant de voir le Mexique. « Cela m’apparaît logique ! » a-t-il ajouté dans le même gazouillis.
À une autre époque, plusieurs démocrates auraient sans doute pu arriver à la même conclusion. En septembre 2006, par exemple, Barack Obama n’était certes pas d’avis qu’une barrière de 1200 km représentait une solution permanente et finale au problème de l’immigration illégale. Mais il avait défendu le projet de loi proposé par les républicains du Congrès et approuvé par le président Bush.
« Ce texte a certainement du bon. Il autorisera des fonds absolument nécessaires pour de meilleures clôtures et une meilleure sécurité le long de nos frontières, et cela devrait contribuer à endiguer le flot d’immigrés clandestins dans notre pays. »
— Barack Obama, en septembre 2006
Comment expliquer que ce genre de discours ait disparu du répertoire démocrate ? La réponse tient en partie à la dimension et à la nature changeantes du problème de l’immigration illégale à la frontière sud. En 2006, 1,2 million de clandestins y avaient été interceptés. En 2018, moins de la moitié d’entre eux – 521 090 – ont été arrêtés à la frontière sud, dont 102 857 faisaient partie de familles migrantes.
Autre raison : en 2006, de nombreux élus démocrates, y compris les candidats potentiels à la présidence, ressentaient la nécessité politique d’exprimer au moins un certain appui à la construction d’une barrière ou d’un « mur » à la frontière avec le Mexique. Aujourd’hui, c’est exactement le contraire qui se produit. Et c’est d’autant plus vrai que le « mur » est devenu pour Donald Trump une obsession par laquelle il semble vouloir définir sa présidence et surtout conserver sa base électorale.
Au bout du compte, on est enclin à penser que le point de vue actuel des démocrates colle un peu plus à la réalité que celui du président républicain. Et notamment lorsque ceux-ci rappellent ce fait assez important : la majorité des immigrés clandestins sont aujourd’hui des gens qui ont d’abord été accueillis aux États-Unis grâce à des visas de touriste ou de travail.
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