mercredi 20 décembre 2017

Le grand mythe de la spécialisation….(France)

via Les Moutons Enragés
Qui mène à la destruction, à la fuite des cerveaux et des compétences..
Pixabay/Métier à tisser le jacquard/Illustration
Vous connaissez l’entreprise de Tricotage Mécanique du Languedoc ?
Ce petit atelier de tricot à Montredon-Labessonnié (2 000 habitants) dans le Tarn est une entreprise de haute technologie qui a été rachetée il y a un peu plus d’un an par le groupe Saint-Gobain.
Eh, le tricot de haute technologie… vous connaissiez ?
Figurez-vous que les tricotiers savent faire quelque chose d’incroyable et de très grande valeur : des pièces textiles de forme complexe… sans couture. C’est-à-dire sans point de faiblesse ou d’usure.
L’atelier textile qui ne savait plus quoi faire de ses machines et de ses mains a remplacé ses laines par des matériaux composites et développé depuis 2006 une technique de tricotage intégral afin de confectionner, par exemple, des cônes textiles de haute technologie pour les tuyères d’avions et de fusées.
Bien sûr, les entreprises en difficulté n’ont pas toujours la possibilité, les moyens ou la force de se réinventer comme l’a fait cet atelier.
Mais l’exemple des Tricotages Mécaniques du Languedoc est révélateur des mécanismes d’innovation : la capacité à se réinventer à partir de ses propres expertises et compétences.
Innovation contre allocation
Malheureusement, des économistes de salon vous vendent un modèle économique hors-sol poussé jusqu’à l’absurde.
Selon les Paul KrugmanJacques AttaliLionel Robins et consors, les économies devraient se spécialiser dans leurs secteurs d’excellence et laisser d’autres économies, meilleures qu’elles, s’occuper des autres domaines : 
  • l’industrie de pointe pour l’Allemagne, 
  • l’électroménager pour la Pologne, 
  • les services financiers à Londres, 
  • le luxe à Paris, 
  • l’aéronautique à Toulouse, 
  • la mode à Milan, 
  • les fruits en Andalousie…
Chacun est mis dans sa petite case, strictement rangé sur l’étagère froide de leurs obsessions. Il faut à tout prix que le réel se plie aux modèles d’allocation sordides sortis de ces cerveaux chagrins aux marottes de vieux garçons égocentriques.
Leur monde est aussi pénible qu’une enfilade de jours sans pain. Qu’importe, depuis les théories de David Ricardo au XIXe siècle il semblerait que la spécialisation soit une vérité économique qui ne souffre aucune contradiction…
Ils se trompent pourtant sur toute la ligne, il faudrait simplement arrêter de modeler nos politiques selon leurs conseils (mais là je n’ai pas la solution) :
Des statisticiens de l’université d’Harvard ont regardé les bienfaits de la spécialisation.
Et devinez ce qu’ils ont trouvé…
Ils ont observé que les pays les moins spécialisés sont la Suisse et le Japon (également parmi les pays les plus riches et innovants au monde) et les plus spécialisés : le Ghana, la Papouasie Nouvelle-Guinée et le Nigeria.
Ils ont également observé qu’un pays comme la Thaïlande avait considérablement diversifié et complexifié son économie lors de sa phase de décollage économique dans les années 1970.
C’est ainsi qu’en Suisse une petite entreprise spécialisée dans la graisse à traire peut devenir le leader mondial des encres techniques (celles qu’on utilise pour les billets de banques).
En France, nous avons perdu 1 million d’emplois ouvriers depuis 10 ans. Nous avons littéralement organisé la désindustrialisation du pays sous prétexte que d’autres pays faisaient mieux que nous.
En faisant cela, non seulement nous avons créé des générations de chômeurs longue durée (vous faites comment pour reconvertir un ouvrier en informaticien ?) dont l’indemnisation aura finalement coûté bien plus chère que les économies réalisées par les délocalisations.
Mais nous avons également détruit des savoir-faire, perdu des expertises, laissé pourrir du matériel et des usines entières… qui sont pourtant la base essentielle de l’innovation, des succès et des richesses de demain.
Il faut arrêter d’opposer les passéistes rétrogrades avec les progressiste bon teint : l’un ne va pas sans l’autre.
Mais en France nous préférons tout faire à l’envers : nous dissuadons toute innovation par des règles délirantes pour soi-disant « protéger » les salariés et mieux les casser en laissant partir les savoir faire à l’étranger… et les emplois qui vont avec.
Le cercle vicieux est enclenché et le problème vient précisément de ceux qui clament avoir la solution.
La spécialisation c’est la mort à petit feu qui nous consomme depuis trop d’années.
Aujourd’hui une nouvelle génération d’entrepreneurs-artisans tente de retrouver ces savoir-faire perdus dans l’anonymat et l’ombre des éternels nouveaux Facebook français.
Heureusement, la nature a horreur du vide et celui laissé par des banques et pouvoirs publics défaillants est comblé par des initiatives privées prometteuses et accessibles.
À votre bonne fortune,
Olivier Perrin

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