Pourquoi Israël gonfle les muscles face au Hezbollah
source : Réseau International
Par M K Bhadrakumar
Les forces armées israéliennes ont débuté mardi un exercice militaire de grande envergure de quinze jours, considéré comme le plus grand de ces 19 dernières années, simulant une guerre avec le Hezbollah au Liban. Le Jerusalem Post a rapporté que « des milliers de soldats et réservistes de toutes les différentes branches de l’IDF (cyber, intelligence, forces terrestres, l’armée de l’air et la marine) vont coordonner leurs opérations comme en temps de guerre ».
Le Hezbollah a réagi avec mépris, un haut responsable se moquant d’Israël, « nous sommes prêts pour toute attaque ou bêtise israélienne ». Il a ajouté: « Les Israéliens ne réussiront pas à nous surprendre parce que Israël connaît bien les capacités du Hezbollah après les pertes qu’il a subies en 2006 [dans la Seconde Guerre du Liban] qui avait servi de leçon à l’IDF « .
L’avantage d’Israël sera que le Hezbollah soit impliqué dans d’autres conflits, en particulier le conflit syrien. D’un autre côté, la capacité du Hezbollah a considérablement augmenté depuis 2006 et il y a du vrai dans sa prétention à être «la deuxième plus grande armée du Moyen-Orient», en dehors du fait d’avoir au moins 100 000 roquettes pointées sur des cibles israéliennes. Logiquement parlant, une guerre est improbable, mais rien n’est impossible dans la région du Moyen-Orient.
Israël sera très tenté de tester les capacités accrues du Hezbollah maintenant plutôt que plus tard, car un point de non-retour pourrait bientôt être atteint et il sera très difficile de renverser la vapeur. Le fait est qu’Israël doit faire face à un nouveau paradigme de sécurité qui aurait semblé incroyable il y a seulement six mois. Le spectre qui hante Israël aujourd’hui est que pour la première fois depuis la guerre de 1967, l’équilibre des forces évolue en sa défaveur.
Sharmine Narwani, une analyste basée à Beyrouth experte dans la politique du Moyen-Orient (et une amie personnelle) a écrit dans The American Conservative un article perspicace reliant les points et expliquant comment un équilibre des forces jadis favorable s’est brusquement transformé en une situation où Israël se retrouve avec les ailes coupées. « Elle analyse que, pour commencer, Israël a spectaculairement échoué dans sa tentative de dicter les limites de la présence de l’Iran dans la Syrie d’après-guerre.
Israël a frappé à toutes les portes de la Maison Blanche de Trump pour amener les troupes américaines à assumer la responsabilité de la zone dite de décalage dans le sud de la Syrie, en bordure du plateau du Golan. Mais le Pentagone a snobé l’idée. Par la suite, il y a trois semaines, le Premier ministre Benjamin Netanyahou s’est rendu à Sotchi pour rencontrer le président Vladimir Poutine pour exprimer une menace voilée selon laquelle Israël pourrait choisir d’intervenir si la Russie ne freinait pas l’Iran en Syrie. Poutine, semble-t-il, n’a pas été impressionné non plus.
En fait, la magnifique victoire de cette semaine par les forces gouvernementales syriennes pour briser le siège de l’EI de la ville de Syrie orientale de Deir Ez-Zor dans la vallée de l’Euphrate et qui a duré 840 jours, n’a été possible qu’avec la participation côte à côte des forces spéciales russes, de la milice iranienne et du Hezbollah. Moscou pourrait avoir transmis un signal fort à Netanyahu quand la RT, qui est étroitement identifiée au Kremlin, a présenté mardi une interview sans précédent avec le chef du Hezbollah, Cheikh Naim Kassem, où il dénonçait minutieusement Israël comme le » principal responsable de la destruction de la Syrie » en tant qu’important soutien de l’opposition armée, en particulier dans le sud de la Syrie « .
Mais il y a d’autres dimensions dans le scénario de sécurité émergente qui inquiètent Israël. D’abord, le Hezbollah a réussi à nettoyer les régions frontalières qui séparent le Liban et la Syrie, où il y avait une grande présence des groupes extrémistes d’opposition syriens, comprenant l’EI (dont certains avaient bénéficié secrètement d’un soutien israélien). Cela a « libéré les forces du Hezbollah pour le déploiement sur d’autres fronts – y compris sa frontière méridionale avec Israël « . Ce n’est plus qu’une question de temps maintenant avant que le Hezbollah ne plante ses crocs dans la jugulaire des groupes extrémistes, en particulier le Front Nusra affilié à Al-Qaïda, installés à la frontière du plateau du Golan occupé par Israël (avec le soutien israélien). Si cela se produisait, alors le Hezbollah (et l’Iran) serait le voisin de palier d’Israël dans les hauteurs du Golan.
En outre, la Jordanie, qui était le principal relais d’Israël pour les opérations en Syrie, montre des signes de «défection» vers le côté russe. Ce n’est pas surprenant parce que la Jordanie voit le vent tourner, surtout après que les États arabes du Golfe ont commencé à prendre leurs distances du chaudron syrien au cours des derniers mois. La Russie a calmement travaillé la Jordanie. L’organe médiatique de l’establishment saoudien, Al-Arabiya, a rapporté lundi que la Jordanie envisageait de rouvrir les relations avec la Syrie et que Damas avait des sentiments réciproques. Il a cité un responsable syrien disant: « Les cœurs en Syrie et en Jordanie battent encore l’un pour l’autre et cela reflète le désir du peuple arabe d’un projet de réveil et de libération ».
Pendant ce temps, il existe des signes indiquant que la Turquie peut également opter pour une normalisation entre la Jordanie et l’Iran. Ce qu’Israël n’ignore probablement pas, c’est que le Hamas rétablit des liens avec Téhéran. Le nouveau leader du Hamas, Yehiyeh Sinwar, a été cité lundi disant que l’Iran est désormais «le plus grand soutien financier et militaire» de l’armée du Hamas. (Fox News )
Nous avons donc ici un intéressant alignement régional avec la Turquie, la Syrie, le Liban, Gaza, la Jordanie, l’Irak et l’Iran qui ont une antipathie commune contre Israël pour une raison ou pour une autre. Paradoxalement, la récente guéguerre au sein du Conseil de coopération du Golfe a effacé la fracture sectaire dans la politique régionale, ce qui a bien sûr un effet multiplicateur sur l’influence régionale de l’Iran. De même, Israël est considéré comme le principal protecteur du mouvement séparatiste kurde en Irak, alors que la Turquie, la Syrie, l’Irak et l’Iran ont énormément d’intérêts convergents pour empêcher coûte que coûte l’émergence d’un Kurdistan indépendant sur la carte régionale. En définitive, la victoire dans la guerre syrienne augmente grandement la position régionale de l’Iran et lui donne accès à la côte de la Méditerranée orientale.
Lire l’article de Sharmine Narwani Israel’s Geopolitical Gut Check, ici
Source: http://blogs.rediff.com/mkbhadrakumar/2017/09/07/why-israel-is-flexing-muscles-at-hezbollah/
Traduction : Avic – Réseau International
(netanyahu, plus dangereux que kim jung un ? Perso, je parierais sur l'israélien parce qu'il est sûr qu'il obligera les States à le soutenir. note de rené)
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