(La fin en Syrie, la fin en Libye, pour daech, direction l'Europe, le maillon faible. note de rené)
SOURCE AFP
En perte de vitesse en Irak et en Syrie, l'EI se replie dans le désert
VIDÉO. Mardi, l'armée syrienne a brisé le siège de plus de deux ans du groupe terroriste dans la zone de Deir ez-Zor, à l'est du pays. Une province riche en pétrole.
Modifié le - Publié le | Le Point.fr
En 2014, le groupe terroriste contrôlait un tiers de l'Irak, et étendait son emprise sur la Syriede Bachar el-Assad. Soit un territoire aussi grand que l'Italie, comptant sept millions d'habitants. Après plusieurs offensives, l'EI a perdu de nombreux territoires. Aujourd'hui, les djihadistes de l'EI sont en déroute aussi bien en Irak qu'en Syrie, et sont forcés de se replier dans le désert et la clandestinité. En Irak, l'EI a perdu 90 % de ses positions, dont la seconde ville du pays, Mossoul, l'un de ses principaux bastions depuis lequel il avait proclamé, en 2014, un "califat" à cheval sur la Syrie.
En terre syrienne, l'EI a dû céder plus de 60 % de sa capitale autoproclamée, Raqa (Nord), face à l'offensive d'une alliance de combattants arabes et kurdes soutenue par Washington (FDS). Il est aussi menacé par les troupes du régime de Bachar el-Assad dans la dernière province qu'il contrôle encore, Deir ez-Zor (Est), où l'armée syrienne est parvenue mardi à briser le siège de plus de deux ans imposé par les djihadistes à la partie gouvernementale du chef-lieu du même nom. Alors qu'il avait un temps tenu la moitié du territoire syrien, il n'en régit plus que 15 % aujourd'hui, a indiqué à l'Agence France-Presse le géographe Fabrice Balanche, spécialiste de la Syrie à l'université de Lyon (France).
C'est trois fois moins que le régime du dirigeant Assad qui contrôle aujourd'hui 50 % de ce pays ravagé par la guerre et moins également que les forces kurdes (23 %), ajoute-t-il. En Irak et en Syrie, "le projet de gouvernance de l'EI est compromis, mais l'EI n'est pas défait", souligne toutefois Ludovico Carlino, spécialiste des mouvements djihadistes au centre de recherches IHS Country Risk. Même si la perte de Raqa, ville symbole avec Mossoul du projet "étatique" des djihadistes, aura "d'énormes implications pour l'EI en termes de propagande", selon Ludovico Carlino, le groupe va se replier sur le désert irako-syrien.
Retour à la clandestinitié
La vallée de l'Euphrate, qui court de la province de Deir ez-Zor dans l'est de la Syrie jusqu'à al-Qaïm, dans l'ouest de l'Irak, va devenir "la plateforme de lancement de l'insurrection, pour l'EI revenu à la clandestinité", affirme-t-il. Selon les commandants de la coalition internationale anti-EI emmenée par les États-Unis, entre 5 000 et 10 000 combattants et commandants djihadistes ont déjà fui Raqa pour s'y rassembler. L'EI "a transféré toutes ses institutions administratives" dans cette zone longue de 160 kilomètres et y contrôle des champs pétroliers, indique Ludovico Carlino à l'Agence France-Presse. Un bien précieux pour le groupe extrémiste dont "les revenus pétroliers mensuels ont baissé de 88 %, et ceux issus des taxes et confiscations de 79 % par rapport à 2015", assure-t-il.
La bataille se prépare déjà dans la vallée de l'Euphrate et différentes forces entendent prendre l'EI en étau dans cette zone frontalière : celles du régime syrien appuyées par la Russie, celles des forces irakiennes et des FDS soutenues par les Américains. Les djihadistes ont, eux, commencé à creuser des tunnels et monter des chaînes de fabrication d'explosifs et de véhicules piégés, affirment les militaires de la coalition internationale. Car, note Fabrice Balanche, "la perte de Raqa est déjà actée. C'est la reprise complète de Deir ez-Zor par l'armée syrienne qui marquera le véritable tournant".
D'où la fébrilité des djihadistes à Deir ez-Zor, où ils ont cherché à verrouiller "toutes les entrées de la cité, chaque quartier, chaque rue, et miné les lisières des villes" de la province, rapporte le militant syrien Omar Abou Leïla. Pour éviter d'"être découverts ou infiltrés [...], ils ont disséminé plus d'espions et arrêtent tous les jeunes hommes dans les rues". Une fois les djihadistes chassés en Syrie comme en Irak, la question des relations entre diverses populations, minoritaires et majoritaires, se posera en outre avec acuité.
Quels futurs rapports régionaux ?
L'union sacrée entre Kurdes et Arabes tiendra-t-elle face aux velléités d'hégémonie ou d'indépendantisme ? Damas laissera-t-elle d'autres forces contrôler des pans d'un pays où elle tente depuis six ans d'écraser rebelles et djihadistes ? Les habitants de Deir ez-Zor, assiégés, affamés, sans eau et électricité accaparées par les djihadistes, redoutent tout autant la bataille que ce qui arrivera après. "Ils ont peur que les FDS s'entendent avec le régime pour lui remettre le territoire repris à l'EI", témoigne Omar Abou Leïla.
L'autre "grande peur est que les milices de l'Iran massacrent des civils pour se venger en prétextant qu'ils étaient avec l'EI". C'est sur le terreau de ces divisions ethniques et confessionnelles que l'EI a prospéré dans le passé, face à des États incapables d'oeuvrer à la réconciliation, préviennent les experts. Pour Fabrice Balanche, la "légende de l'EI va se répandre", car certains de ses membres iront "poursuivre le djihad ailleurs".
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