mardi 14 juillet 2020

Sa monnaie ne vaut plus rien, le Liban plonge dans l’abîme


L’ancienne « Suisse du Moyen-Orient », qui devait célébrer son centenaire en 2020, est en pleine banqueroute. La population peine à se nourrir, la classe politique, déconsidérée, est impuissante.

Ouest-FranceChloé DOMAT, correspondante au Liban.Publié le 


La livre libanaise s’est effondrée… Parce qu’elle est surévaluée. Le Liban est un pays qui ne produit quasiment rien. Toute l’économie est basée sur les transferts d’argent des quatorze millions de Libanais expatriés (contre six millions au pays) et sur les investissements des richissimes pays du Golfe. Ces transferts de devises ont longtemps permis de maintenir une parité avec le dollar, qui gonflait artificiellement le niveau de vie des Libanais. Mais, à partir de 2011, la diaspora s’est appauvrie et le Golfe a boudé le Liban à cause de l’engagement en Syrie du Hezbollah chiite, en soutien de « l’ennemi » iranien.
Pour continuer à attirer des dollars, la Banque centrale du Liban a offert des taux d’intérêt faramineux. Jusqu’à 20 % pour les plus gros dépôts ! Le coup de bluff a retardé l’effondrement. En 2019, la fiction a craqué. Grèves et manifestations ont éclatépour dénoncer une situation intenable. Les Libanais se sont rués sur les banques, qui, faute de réserves, ont bloqué les retraits. La livre a plongé.
Est-ce plus grave que les crises précédentes ?
Oui. C’est la pire crise économique qu’ait jamais connue le Liban, pourtant théâtre d’une terrible guerre civile (1975-1990). Le pays vit désormais avec trois taux de change : l’officiel (1 500 livres pour 1 $), celui des banques (3 850 livres pour1 $) et celui du marché noir (plus de 9 000 livres pour1 $). Ce dernier grimpe tous les jours.

Les salaires des Libanais ne valent plus rien. Payer le loyer, les factures ou même remplir un chariot représentent un défi. Comme tout est importé et que la livre est devenue une monnaie de singe, l’inflation a explosé. Au supermarché, les prix ne sont même plus affichés. L’huile, le sucre ou la viande sont désormais des produits de luxe.
Pourquoi le gouvernement est-il impuissant ?
Car il est faible et corrompu. Au Liban, il y a dix-huit confessions religieuses et le système politique a été pensé comme un savant équilibre entre communautés, souvent dominées par des clans familiaux. La présidence va à un chrétien, le poste de Premier ministre à un musulman sunnite, la présidence de l’Assemblée à un chiite… Dans ce système qui frôle la paralysie, les réformes dont le pays a besoin relèvent du casse-tête, surtout quand il s’agit d’argent public. Les caisses de l’État servent plus souvent à alimenter les réseaux clientélistes qu’à développer le pays…
Que peut-il se passer ?
Le Liban a demandé l’aide du Fonds monétaire international (FMI). Deux scénarios possibles : soit le FMI accepte de prêter 10 milliards de dollars pour que le système se maintienne jusqu’à la prochaine crise, soit le Liban doit se débrouiller seul. Dans ce cas, la situation va continuer à se dégrader avec le risque d’une explosion de violences. Face aux partis confessionnels issus de la guerre civile, qui s’accrochent au pouvoir, l’opposition et la société civile tentent de s’organiser en vue des élections de 2022. Elles paraissent bien lointaines.

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