Ces psys qui couchent avec leurs patient(e)s
source : Psychologies
© Jupiter
Sommaire
Comme un inceste
En revanche, le passage à l’acte sexuel est toujours nocif, car "vécu comme un inceste", insiste Raymonde Hazan. En effet, le psy symbolise le père tout-puissant et omniscient, qui ne saurait se tromper. Le patient étant "sous influence", il lui est difficile de dire non.
" Mon psy est passé à l’acte après douze ans de thérapie, explique Raymonde Hazan, mais l’“encerclement” a été progressif. Il était fasciné par moi, par les textes que j’écrivais. N’arrivant pas à venir à bout de certains de mes symptômes, il m’a proposé un “travail par le toucher”. Résultat : nous nous sommes retrouvés au lit. Voir le psy – ce héros – en caleçon, bedonnant, c’est terrible. Démystification totale, brutale ! Et simultanément, terreur absolue : je me sentais coupable, j’avais l’impression d’avoir commis un acte interdit. Je ne savais plus où j’en étais. Si je demandais de l’aide au psy, l’homme répondait. Quand, à l’inverse, j’interpellais l’homme, c’était le psy qui parlait. Je lui ai expliqué que j’avais besoin de poursuivre mon analyse avec quelqu’un d’autre, il s’y est opposé violemment. Craignant pour sa réputation, il avait peur que je confie nos “secrets” à l’un de ses confrères. Il a maintenu nos quatre séances hebdomadaires, dont une “d’amour” qu’il me faisait aussi payer. Comme j’allais de plus en plus mal, il a déclaré que j’étais “complètement folle” et m’a conseillé un séjour en hôpital psychiatrique. Depuis, j’ai rencontré d’autres femmes qui ont connu cette épreuve. Je peux témoigner que les patientes abusées, comme les enfants victimes d’inceste, se sentent coupables, ne parviennent pas à incriminer le véritable responsable, ont envie de mourir."
" Mon psy est passé à l’acte après douze ans de thérapie, explique Raymonde Hazan, mais l’“encerclement” a été progressif. Il était fasciné par moi, par les textes que j’écrivais. N’arrivant pas à venir à bout de certains de mes symptômes, il m’a proposé un “travail par le toucher”. Résultat : nous nous sommes retrouvés au lit. Voir le psy – ce héros – en caleçon, bedonnant, c’est terrible. Démystification totale, brutale ! Et simultanément, terreur absolue : je me sentais coupable, j’avais l’impression d’avoir commis un acte interdit. Je ne savais plus où j’en étais. Si je demandais de l’aide au psy, l’homme répondait. Quand, à l’inverse, j’interpellais l’homme, c’était le psy qui parlait. Je lui ai expliqué que j’avais besoin de poursuivre mon analyse avec quelqu’un d’autre, il s’y est opposé violemment. Craignant pour sa réputation, il avait peur que je confie nos “secrets” à l’un de ses confrères. Il a maintenu nos quatre séances hebdomadaires, dont une “d’amour” qu’il me faisait aussi payer. Comme j’allais de plus en plus mal, il a déclaré que j’étais “complètement folle” et m’a conseillé un séjour en hôpital psychiatrique. Depuis, j’ai rencontré d’autres femmes qui ont connu cette épreuve. Je peux témoigner que les patientes abusées, comme les enfants victimes d’inceste, se sentent coupables, ne parviennent pas à incriminer le véritable responsable, ont envie de mourir."
Selon une récente étude helvétique, 95 % des patientes ayant eu une relation amoureuse avec leur thérapeute présentent effectivement ces symptômes. Les patientes les plus exposées sont celles qui ont été victimes d’abus pervers dans leur enfance et sont restées fragilisées, peu sûres d’elles-mêmes. Or "il faut avoir suffisamment d’estime de soi pour s’opposer aux manœuvres d’un psy trop insistant", remarque Christophe André.
Sortir de l’engrenage
Pour guérir de ce drame et faire le deuil de l’expérience traumatisante, les thérapeutes préconisent une thérapie avec un nouveau psy. Malheureusement, ce n’est pas simple. Sur le plan affectif, les patients ont de grandes difficultés à couper le lien qui les étouffe : pris dans un conflit entre haine et amour, peur et honte, ils n’arrivent pas à lâcher prise. Et au niveau social – notamment si le psy est médecin-psychiatre – ils ont du mal à se faire entendre. "Face à ces transgressions, la communauté thérapeutique est mal à l’aise", explique Bernard Duperier.
"Quand j’ai appelé des psys à l’aide – j’en ai contacté plus de quinze – aucun n’a accepté de me recevoir, confirme Raymonde Hazan. D’emblée, j’étais prise pour une hystérique, une emmerdeuse ne songeant qu’à faire du scandale. L’un m’a dit : “Puisque vous avez su coucher avec votre psychanalyste, vous saurez aussi fort bien vous sortir de tout cela."
En dépit de ces obstacles, Christophe André conseille aux patientes d’envoyer, dans ce cas-là, des courriers au conseil de l’ordre des médecins et aux organisations professionnelles de psys, pour qu’une trace existe. "Comme pour le viol ou l’inceste, il faut briser la loi du silence."
Recourir à la loi ?
Selon une enquête américaine de 1997, environ 10 % des psychothérapeutes disent être passés à l’acte avec un patient – et neuf fois sur dix il s’agit d’hommes. 90 % ne l’ont donc pas fait. Même si beaucoup ont préféré se taire, il y a donc tout lieu de penser que le phénomène n’est heureusement pas majoritaire.
Faut-il, comme aux Etats-Unis, pénaliser les relations affectives de divan ? La majorité des thérapeutes français s’y oppose. Leurs arguments : pour exercer convenablement son métier, le psy ne doit pas craindre une convocation au tribunal parce qu’il aurait pris la main d’une patiente dépressive. Christophe André ne partage pas ce point de vue : "C’est vrai, on peut craindre la menace de l’hypercontrôle, mais les patients doivent pouvoir se défendre. Le problème mériterait d’être débattu sur la place publique. Cela touche à la dignité de notre profession. Vis-à-vis de ce problème, nous sommes dans une situation similaire à celle de l’inceste voilà trente ans : on n’en parlait pas et on avait tendance à ne pas croire les victimes."
A l’heure actuelle, la seule garantie pour le patient est l’éthique du thérapeute. "Au bout de deux séances, Emmanuelle, qui était ma patiente, et moi avons constaté que nous nous plaisions trop pour travailler ensemble, se souvient Jacques S., psychanalyste. Je l’ai envoyée chez un collègue et nous avons eu une histoire amoureuse."Quant à Sonia, c’est en allant consulter pour la première fois qu’elle a rencontré son futur mari : " Il m’a serré la main et ç’a été le coup de foudre. Deux semaines plus tard, je m’installais chez lui et j’entamais mon analyse avec un de ses confrères."
(Ah, bon, y'a pas que les curés, les imams, les moines boudhistes et les rabbins, y'a eux aussi. Peut-être qu'ils font le même métier ? note de rené)
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire