Les États-Unis placent le pont de Crimée sous sanctions
La majorité des entreprises ajoutées à la liste noire américaine sont liées à la construction du pont sur le détroit de Kertch, en Crimée.
Le Courrier de Russie — publié vendredi 2 septembre 2016
Les États-Unis ont, jeudi 1er septembre, élargi la liste des personnes morales et physiques visées par les sanctions contre la Russie. Les principales cibles sont aujourd’hui le chantier du pont du détroit de Kertch, qui doit relier la Crimée à la Fédération russe, la construction navale ainsi que les entreprises du groupe Gazprom.
Un homme observe les travaux de construction du pont devant relier la Crimée à la Russie continentale. Crédits : most.life
Le ministère américain des finances a élargi la liste des personnes morales et physiques russes tombant sous le coup des sanctions prises contre la Russie « pour son rôle dans la crise ukrainienne », indique un communiqué publié sur le site du ministère. Les autorités américaines ont inscrit à cette « liste SDN » 17 personnes physiques, dont des hauts fonctionnaires et des membres des forces de l’ordre de la péninsule, ainsi que des représentants des gouvernements des républiques populaires autoproclamées de Donetsk et Lougansk.
La liste noire du ministère américain des finances inclut aussi 19 nouvelles entreprises et corporations et établissements publics russes. Les entreprises figurant à la liste SDN ne peuvent plus faire affaire avec des citoyens américains, et les personnes physiques sont interdites d’entrée et de séjour sur le territoire des États-Unis. Les personnes physiques et morales concernées verront leurs actifs aux États-Unis bloqués, et seront exclues du système financier américain et de tout le système mondial des transactions en dollars.
L’ambassade américaine à Moscou a expliqué à Kommersant que « la décision des autorités américaines [était] liée à la nécessité de garantir l’efficacité et l’intégrité du système des sanctions en vigueur ». « L’objectif est de contrer les tentatives de contourner les sanctions existantes, de renforcer leur action et de fournir aux entreprises privées des informations complémentaires afin qu’elles respectent scrupuleusement les limitations », a précisé la représentation américaine, ajoutant que les sanctions resteront en vigueur « tant que la Russie ne respectera pas les Accords de Minsk, notamment le cessez-le-feu et le retrait des armes et des soldats, et qu’elle ne mettra pas fin à l’occupation de la Crimée ».
Le pont sous sanctions
La majorité des entreprises ajoutées à la liste noire américaine – sept d’entre elles – sont liées à la construction du pont sur le détroit de Kertch, en Crimée. Le 19 février 2016, Moscou a entamé la construction d’un pont qui devra relier la presqu’île à la Russie continentale. Le pont, qui passera en mer Noire et fera 19 km de long, doit ouvrir en 2019. 211 milliards de roubles (2,8 milliards d’euros) ont été assignés à sa construction, assurée par les entreprises d’Arkadi Rotenberg, un des plus proches amis de Vladimir Poutine.
Au centre d’information Le pont de Crimée, on a assuré à Kommersant que les sanctions n’avaient aucune influence sur le chantier, soulignant que « l’entrepreneur dispos[ait] de toutes les ressources nécessaires pour réaliser le projet dans les délais ».
Les sanctions américaines visent aussi cinq entreprises du complexe militaro-industriel travaillant en Crimée, notamment le centre de réparation de navires Zvezdotchka et les usines de construction navale Morié à Théodosie et Zaliv à Kertch. « L’introduction de sanctions contre Zvezdotchka est une nouvelle tentative, par des méthodes grossières et déloyales, de ralentir le développement de l’industrie russe de la construction navale », a déclaré àKommersant le vice-Premier ministre russe Dmitri Rogozine.
Cette inscription de Zvezdotchka à la liste des entreprises sanctionnées ne suit aucune logique, souligne pour sa part un cadre supérieur de l’industrie de la construction navale : l’entreprise n’achète pas de composants à des sociétés américaines et n’a aucun contrat en cours avec elles. Zvezdotchka répare les sous-marins diesel Paltus de la flotte de la Marine indienne, et modernise les sous-marins russes pour allonger leur durée de vie.
Coup aux flancs
La liste noire inclut désormais les principales filiales spécialisées dans l’extraction et la gestion des actifs du géant russe, telles Gazprom prospection géologique et Gazprom flot. Crédits : Gazprom
Les États-Unis ont aussi imposé des sanctions à Gazprom. Pourtant, note Kommersant, la situation a presque l’air d’une plaisanterie : Washington semble s’efforcer de garder la face, sans pour autant nuire sérieusement au monopole russe.
Toutes les filiales du consortium russe tombent sous le coup des sanctions, à l’exception de celles liées aux livraisons du gaz à l’étranger ou à la recherche de financements étrangers. Ainsi, la liste noire inclut désormais les principales filiales spécialisées dans l’extraction et la gestion des actifs du géant russe, telles Gazprom prospection géologique et Gazprom flot. Mais la compagnie-mère est épargnée.
En d’autres termes, l’interdiction de recevoir des financements en dollars pour une durée de plus de 60 jours concerne des structures de Gazprom qui ne travaillent pas en dollars et ne s’occupent pas elles-mêmes de rechercher des financements. En revanche, aucune des structures financières ou commerciales de Gazprom à l’étranger n’est visée, pas plus que ses fonds communs de créances européens. C’est-à-dire que Gazprom peut toujours avoir recours à des financements à long terme, y compris en dollars.
« Ces sanctions n’auront aucune influence sur nos affaires, peut-être verrons-nous simplement augmenter les frais de transaction », a assuré un des interlocuteurs deKommersant, précisant qu’un certain nombre de projets nécessiteront des procédures de financement plus complexes. Mais en pratique, ces sanctions n’ont aucun sens tant qu’elles ne s’étendent pas à Gazprom elle-même.
L’interlocuteur de Kommersant a expliqué que les autorités américaines ne pouvaient pas aller plus loin, étant donné qu’elles se sont entendues en 2014 avec les Européens pour que les sanctions contre la Russie ne menacent jamais l’approvisionnement en gaz de l’UE.
Une joyeuse nouvelle
La liste SDN inclut désormais des représentants des autorités de Crimée et des gouvernements des républiques populaires autoproclamées de Donetsk (RPD) et Lougansk (RPL). On y trouve notamment les noms des ministres de la défense et des communications de la RPD, Vladimir Kononov et Viktor Iatsenko, et du ministre des finances de la RPL, Evgueni Manouïlov. Au nombre des responsables politiques russes visés, on compte le représentant permanent de la Crimée auprès de la présidence russe, Gueorgui Mouradov, deux adjoints au Conseil des ministres de Crimée, Mikhaïl Cheremet et Dmitri Plonski, le directeur du FSB pour la Crimée, Viktor Palaguine, le directeur du département d’instruction du Comité d’enquête de la Fédération de Russie pour la Crimée, Mikhaïl Nazarov, et plusieurs ministres de la péninsule.
Les nouveaux inscrits à la liste se disent heureux de la nouvelle. Le premier vice-Premier ministre de Crimée, Mikhaïl Cheremet, a appris qu’il faisait partie de la liste des sanctions du ministère américain des finances par les journaux. « Les États-Unis sont un pays qui nous est hostile et qui tente tout son possible pour affaiblir la Russie. Si l’on m’a inscrit à cette liste, ça signifie que j’ai apporté ma contribution au renforcement de notre État. Je le prends comme une récompense », a-t-il déclaré à Kommersant, assurant qu’il ne possédait aucun compte à l’étranger et n’avait nulle intention de se rendre aux États-Unis.
Le ministre du développement économique de la Crimée, Valentin Demidov, qualifiant son inscription à la liste des sanctions de « prévisible », a estimé qu’elle confirmait le fait qu’il agissait pour le bien de la Crimée : « Pour n’importe quel citoyen de la péninsule, se retrouver sous le coup des sanctions américaines est un honneur. Mes amis et collègues m’ont tous félicité, aujourd’hui. » La ministre de l’énergie, Svetlana Borodoulina, de son côté, a déclaré àKommersant que son inscription à cette liste n’aurait aucune influence sur sa vie : le ministère a beaucoup à faire pour assurer la subsistance de la région lors de la période hivernale, ce qui est « autrement plus important que les sanctions ». « C’est mon mari qui m’a appris le premier que je faisais désormais partie de la liste des sanctions américaines. Il m’a dit qu’il était fier de moi », a-t-elle confié.
(Ils veulent mettre la Russie à genoux en obligeant l'Europe à suivre leur sillage. Pourtant, ils continuent à faire des affaires avec la Russie, pas, l'Europe, allez comprendre pourquoi ? note de rené)
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