Distribution d’aide à Gaza : l’armée israélienne a ordonné de tirer sur des civils, selon le « Haaretz »
Depuis le 27 mai, 549 Gazaouis ont été tués près des centres d’aide et dans une zone où les habitants attendaient des camions de nourriture de l'ONU, selon les autorités de l'enclave.
L'OLJ / le 27 juin 2025 à 15h37. L'Orient le Jour

Des Palestiniens gardant des camions d'aide humanitaire, le 25 juin 2025, à l'ouest de Beit Lahia, dans le nord de Gaza. Photo Bashar Taleb/AFP
« La perte d’une vie humaine ne signifie plus rien. (...) Vous savez que ce n'est pas juste (...), lorsque les commandants ici deviennent des justiciers. Gaza est un univers parallèle (...) on ne s’arrête même plus pour réfléchir. » Voilà l'un des témoignages glaçants d'un soldat israélien, récolté par le Haaretz qui rapporte que l'armée de l'État hébreu ordonne à ses militaires de tirer délibérément sur les civils gazaouis, lors des distributions d'aides humanitaires dans l'enclave palestinienne.
Dans un article publié vendredi, le média de gauche israélien se base sur des aveux de soldats israéliens qui confirment avoir reçu l’ordre de tirer sur des Palestiniens près des sites de distribution d'aide, au cours du mois dernier. Les échanges avec des officiers et des soldats, documentés par le Haaretz, révèlent que les commandants ont ordonné aux troupes de « tirer sur les foules pour les chasser ou les disperser, même s'il était évident qu'elles ne représentaient aucune menace ».
Des milliers, voire des dizaines de milliers, de Gazaouis viennent chaque jour chercher de la nourriture sur ces sites, rappelle le média israélien. La Fondation humanitaire de Gaza (GHF), soutenue par les États-Unis et Israël, et dont les opérations de distribution d'aide donnent lieu régulièrement à des scènes chaotiques et meurtrières, est vivement critiquée par l’ONU et d’autres ONG. Les centres de distribution n’ouvrent qu’une heure chaque matin. Selon les témoignages des militaires israéliens, qui ont servi dans les zones de distribution, les soldats « tirent sur les personnes qui arrivent avant l’heure d’ouverture pour les empêcher de s’approcher, (et) après la fermeture des centres pour les disperser ».
Le Haaretz rappelle dans ce contexte la présence de groupes palestiniens armés, soutenus par Israël, qui prennent part à la supervision de la distribution de l'aide humanitaire. Certains de ces gangs, formés parfois de membres de tribus palestiniennes comme celui des Abou Chabab, sont pointés du doigt pour avoir tiré sur des civils palestiniens venus obtenir de l'aide.
« Notre moyen de communication, c'est les tirs »
« C'est un champ de la mort», témoigne un soldat israélien au Haaretz. « Là où j'étais stationné, entre une et cinq personnes étaient tuées chaque jour. Ils sont traités comme une force hostile. Pas de mesures de contrôle des foules, pas de gaz lacrymogène. Juste des tirs de balles avec tout ce qui est imaginable : mitrailleuses lourdes, lance-grenades, mortiers (...). Notre moyen de communication, c'est les tirs. » Et de préciser : « Je ne connais pas un seul cas de riposte. Il n'y a pas d'ennemi, pas d'armes. » Le média de gauche a d’ailleurs confirmé auprès d’officiers israéliens que l'armée empêchait le public de voir les images des sites de distribution de nourriture et de ce qui se passe autour. Un autre soldat interrogé décrit la situation à Gaza de « rupture totale des codes éthiques de l’armée israélienne ».
Le Haaretz rapporte ensuite que l’avocat général de l’armée israélienne a demandé au Mécanisme d’évaluation des faits de l’état-major, un organe militaire indépendant chargé d’enquêter sur tout incident impliquant des violations potentielles des lois de la guerre, d’enquêter sur les crimes de guerre présumés commis sur ces sites de distribution. Si certains de ces incidents ont été rapportés aux haut gradés israéliens, le quotidien précise que ces derniers n'ont pas pris de mesures en conséquent. Certains d'entre eux ont affirmé à la commission d'enquête qu'il s'agissait d'incidents isolés, mais cette dernière aurait rejeté ces allégations, selon une source citée par le Haaretz.
L'armée israélienne rejette les accusations
En soirée, l’armée israélienne a fermement rejeté les accusations émises par des soldats israéliens dans le Haaretz. Dans un communiqué publié en anglais sur Telegram, l’armée affirme que ses directives interdisent strictement toute attaque délibérée contre des civils. « Toute allégation de violation de la loi ou des directives militaires fera l’objet d’une enquête approfondie et des mesures appropriées seront prises si nécessaire. Les allégations de tirs délibérés visant des civils, telles que présentées dans l’article, ne sont pas confirmées sur le terrain », précise le communiqué.
Depuis l’ouverture des centres de distribution gérés par la GHF, le Haaretz a dénombré 19 incidents de tirs à proximité de ceux-ci. L'ONU a qualifié mardi de « crime de guerre » l'utilisation de la nourriture comme une arme à Gaza, exhortant l'armée israélienne à « cesser de tirer sur les personnes qui tentent de s'en procurer ».
Selon les données du ministère de la santé de Gaza, rapportées par le Haaretz, 549 personnes ont été tuées près des centres d’aide et dans la zone où les habitants attendaient les camions de nourriture de l'ONU depuis le 27 mai. Plus de 4 000 personnes ont été blessées, mais le nombre exact de personnes tuées ou blessées par les tirs de l’armée israélienne reste incertain, selon le média israélien.
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