jeudi 1 février 2018

Macron pour une réforme des retraites avant l’été 2019 et un grand choc ! (France)

Macron pour une réforme des retraites avant l’été 2019 et un grand choc !
Profitez bien de 2018 …. car 2019 pourrait être bouleversifiant ! S’adressant à l’audience de rentrée de la Cour des Comptes, le Président Emmanuel Macron a en effet déclaré lundi qu’il souhaitait que la future réforme des retraites soit finalisée “avant l’été 2019″. Vous remarquerez au passage que la période estivale a été choisie comme date butoir. Encore une fois l’exécutif semble vouloir profiter des congés de ses concitoyens pour amender voire bouleverser des textes d’une importance majeur pour leur devenir. Difficile en effet de battre villes et campagnes pour rameuter les foules et organiser d’éventuelles grèves et manifestations alors que la plupart des salariés seront en villégiature. Une période loin d’avoir été choisie au hasard, donc.
En tout état de cause, l’ancien ministre de l’Economie de François Hollande a déclaré lundi qu’il souhaitait que “l’ensemble des textes” de “ce grand chantier” soit finalisé “avant l’été 2019″. Ajoutant que le dossier devra provoquer “un grand choc de lisibilité”. Espérons que le choc ne soit pas d’une plus grande ampleur … mais permettez-moi d’en douter … Etrange usage d’un tel vocabulaire … Nous reprocherons-nous bientôt de résister aux changements, en accord avec quelques procédés de formatage des esprits qui sévissent ici ou là ?
Rappelons à toutes fins utiles que durant la campagne présidentielle, Emmanuel Macron avait « promis » de remplacer la trentaine de régimes de retraite existants par un système universel par répartition. Il s’était alors montré en faveur d’un mécanisme « permettant » qu’un euro cotisé garantisse à tous les mêmes droits à pension.  Certes …. mais le candidat désormais Président semblait alors jouer sur les mots pour ne  pas dire créer la confusion. Omettant de préciser dans son raisonnement …. que son discours s’adressait surtout aux « riches » … car pour pouvoir cotiser un euro …. il faut tout d’abord pouvoir en disposer … et être assez large financièrement parlant pour l’épargner pour construire sa retraite. Le système – financier – promu par Emmanuel Macron ne prêterait-il donc – attention – qu’aux riches ?
Elisabeth Studer – www.leblogfinance.com – 22 janvier 2018 -via Le Blog finance
Sources : Agences de Presse

Dexia, démocratie confisquée (Belgique)

[Vidéo] Après la crise financière, tous les secteurs ont été réformés en profondeur, sauf les banques

Interview à la RTBF (Belgique)
27 janvier par Jérémie Cravatte , Maxime Paquay via CADTM
À l’approche du triste anniversaire des dix ans de la crise provoquée par les banques, les discours prétendant que celle-ci a été gérée intelligemment se multiplient. Il est important de se pencher sur la question, afin de ne pas répéter les mêmes erreurs indéfiniment.
Cette interview dans l’émission « Le point de vue éco » de la Première (RTBF) fait suite à la publication sur notre site d’un article concernant le bilan des sauvetages bancaires en Belgique.
Une version (très condensée) de cette analyse a également été publiée par le journal L’Echo.
CLIQUER SUR L’IMAGE POUR VOIR L’INTERVIEW

Note : l’article qui suit est un complément de notre part à la vidéo

« L’État a gagné de l’argent au final » - Faux

Depuis fin 2008, la collectivité a dépensé plus ou moins 40 milliards d’euros pour sauver la mise aux plus grosses banques (Dexia, Fortis, KBC et l’assureur Ethias) : 12 milliards de prêts + 21 milliards d’achats d’actions + 7 milliards d’intérêts (puisqu’il a fallu emprunter pour financer ces sauvetages, il a fallu payer des intérêts).
En « retour », l’État a reçu à ce jour plus ou moins 28 milliards d’euros : 15 milliards de remboursements de la part des banques (de KBC et Fortis, Dexia ne remboursera en principe jamais rien) + 6 milliards d’actions revendues au privé + 3 milliards de dividendes sur les actions détenues + 4 milliards de rémunérations pour les garanties publiques.
Cela porte la facture actuelle à 12 milliards de pertes pour la collectivité, si l’on s’en tient à une simple arithmétique.

« D’accord, mais ce solde pourrait devenir positif » - Vrai, et... ?

Bien sûr que ce solde pourrait un jour s’approcher de zéro, voire devenir « positif » (si le secteur public vend ses parts dans Belfius et Ethias ou ses dernières actions de BNP Paribas). Mais rappelons deux choses :
Premièrement, la crise financière est vite devenue crise économique - avec son lot d’impacts désastreux - et l’augmentation de la dette publique provoquée par les banques a servi de prétexte pour des mesures d’austérité tout aussi désastreuses pour la majorité de la population.
Quelques conséquences de la crise et de sa « gestion » 
(entre fin 2008 et fin 2017)
Dette publique passée de 300 à 450 milliards (soit de 85 % à 105 % du PIB) 
Augmentation du prix de nombreux services publics et de la TVA
Augmentation du taux de pauvreté subjective de 15 % à 21 %
Augmentation de 25 % des défauts de paiement de particuliers
15 % des hôpitaux supprimés ou fusionnés
Fermeture d’un bureau de poste sur deux
L’État avait pourtant la main sur les banques les plus importantes du secteur.
Rappelons-le, tous les secteurs de la société ont été réformés en profondeur (travail, santé, pensions, etc.) sauf... le secteur bancaire. C’était pourtant l’occasion rêvée, l’État avait en effet la main sur les banques les plus importantes du secteur. Les seuls changements profonds vécus dans ce secteur sont : 1 agence bancaire sur 4 fermée et 10.000 emplois supprimés (soit 15 % des emplois, nouvelles embauches comprises) |1|.

« Cela ne changerait rien qu’elle reste publique » - Faux

Une nouvelle « petite histoire » consiste à nous faire croire qu’une Belfius à 100 % publique ou privatisée partiellement (pour commencer, on connaît la chanson) - dans le cadre actuel des « réglementations » - ne présenterait pas de différence fondamentale.
C’est une jolie histoire à nouveau, mais en dehors de toute réalité.
On pourrait, tout à fait légalement, décider (pour Belfius, mais cela devrait également être fait pour toutes les banques selon nous) de
- fermer ses filiales dans les paradis fiscaux ; 
- arrêter ses activités de spéculation (+- 25 % du bilan actuel de Belfius) - ce qui la rendrait plus solide en diminuant ses risques et en augmentant son rapport fonds propres/bilan total ; 
- la répartir en de plus petites unités territoriales ; 
- rediriger son portefeuille et ses conditions d’accès aux crédits en fonction de critères définis collectivement. C’est précisément pour cela qu’il faut la socialiser (la mettre sous contrôle des employé.e.s, de la clientèle, de personnes issues des localités), et pas seulement la garder « publique ».
Bilan de Belfius 
(fin 2016)
177 milliards, dont :
90 de crédits
27 de crédits interbancaires
25 de produits dérivés
22 de titres financiers
5 d’actifs jusqu’à échéance (dont dettes publiques)
5 de dépôts banques centrales
5 d’autres actifs
Pour 9 milliards de fonds propres (soit 5%)
A titre d’exemples, voici ce que l’on pourrait faire d’un portefeuille de crédits redirigé et d’une banque gérée autrement : prêter aux communes à un taux d’intérêt moins élevé qu’actuellement ; rouvrir des agences (Belfius en a déjà fermé plus d’une centaine depuis 2011) et être plus accessible en tant que service à la clientèle (le recours excessif aux « Fintech » n’est, par exemple, pas ce qu’on peut appeler une approche inclusive) ; améliorer les conditions de travail ; fournir des services moins chers aux personnes qui en ont besoin (comme elle le faisait davantage auparavant) ; arrêter de financer les entreprises d’armement ou les multinationales connues pour leurs exactions comme Bayer ; désinvestir des énergies fossiles comme les entreprises Glencore, Shell et Chevron et réinvestir dans la rénovation énergétique des bâtiments ; servir d’adossement à des banques coopératives comme New B ; etc. Autant de choses que les banques traditionnelles ne font pas aujourd’hui alors que nous en avons bien besoin. 
En fait, étant donné le rôle central qu’elles jouent dans nos vies et l’impact majeur qu’elles ont sur l’ensemble de la société, il faut leur donner une mission de service public (ce qui n’est pas le cas avec Belfius pour le moment).

« Si on fait cela elle ne sera pas rentable face à la concurrence » - Faux

Dans ces conditions, comment pourrait-elle survire face à des concurrentes qui n’hésiteront pas à avoir recours aux paradis fiscaux, à financer les pires activités et à faire du profit sur le dos de la clientèle ?
Cet argument tient plus du mythe que de l’observation empirique. Nous en tenons pour preuve l’activité des petites banques coopératives qui font ce genre de choses, qui ont traversé la crise des subprimes presque sans encombre et qui se portent bien. Elles peuvent se permettre de « ne pas jouer le (sale) jeu » précisément parce qu’elles ont un ancrage local que les grosses banques n’ont pas. Les activités de crédit leur suffisent à être rentables et elles n’ont pas besoin de mener des activités sur les marchés financiers (ou très peu).
Elle sera rentable en menant ces activités. Pourquoi ? Parce qu’il ne lui sera pas demandé un rendement à deux chiffres.
En ce qui concerne Belfius (ou une autre banque qui serait socialisée), qu’elle soit divisée en de plus petites entités ou qu’elle reste grosse, elle sera rentable en menant ces activités. Pourquoi ? Parce qu’il ne lui sera pas demandé un rendement à deux chiffres. C’est ce que font actuellement les investisseurs privés, alors que la croissance est sous les 2 % et le restera... C’est une folie. La seule manière d’y arriver est d’augmenter toujours la pression sur les employé.e.s, de pousser à la vente de produits financiers en tous genre auprès de la clientèle, de causer beaucoup de dégâts écologiques et sociaux et de prendre beaucoup de risques. Ce n’est pas viable.
Actuellement, Belfius a un rendement (ROE - « Return on Equity ») de plus ou moins 7 % (contre 10 % de moyenne pour l’ensemble du secteur). L’État a d’ailleurs récemment exigé qu’il augmente, afin d’attirer les investisseurs |2|. Si elle est privatisée, en totalité ou en partie, l’augmentation de rendement qui sera exigé amènera des changements fondamentaux dans les opérations menées par la banque (les taux et conditions de prêts aux communes, entre autres). Inversement, dans le cadre d’une socialisation (ou même actuellement sous statut public) on pourrait décider d’un rendement bien moindre - elle serait alors capable d’améliorer considérablement ses services à la population et à l’économie, tout en forçant les prix du marché vers le bas.
Nous ne sommes pas obligées d’attendre que la prochaine crise financière éclate.
Nous ne sommes pas obligées d’attendre que la prochaine crise financière éclate. On peut dès maintenant s’organiser afin de ne pas répéter les mêmes erreurs. Une des possibilités concrètes pour ce faire est de participer à – ou simplement soutenir – la plateforme « Belfius est à nous » qui veut mettre en débat l’avenir du secteur financier et son rôle dans la société. Une bonne occasion pour entrer en contact avec elle est de suivre (ou de déposer soi-même) les motions contre sa privatisation qui sont en train d’être votées dans de nombreuses communes des trois régions du pays1. D’autres initiatives concernant d’autres banques pourraient également voir le jour, et celles-ci pourraient se coordonner.

« Vous n’exagérez pas un peu, le secteur a été assaini et réglementé depuis lors » - Malheureusement faux

Réglementations nationales, Union bancaire européenne, Bâle 4 au niveau international – autant d’éléphants qui ont accouché de petites souris.
Il y a eu énormément de nouvelles réglementations depuis la crise, et ce à plusieurs niveaux : réglementations nationales, Union bancaire européenne, Bâle 4 au niveau international – autant d’éléphants qui ont accouché de petites souris. Le problème est qu’elles se sont adaptées à la complexité et au délire du secteur financier : le choix a été fait de ne pas trop les perturber ni les contraindre. C’est bien sûr le résultat d’un lobbying puissant du secteur financier, mais une justification était également donnée selon laquelle les banques étaient encore trop fragiles pour les réglementer sérieusement. Posons alors la question : si elles vont tellement mieux aujourd’hui, alors c’est le moment de le faire...
Plus sérieusement, le secteur n’a pas été assaini puisque :
- Les nouvelles réglementations concernant le rapport entre la quantité de fonds propres (l’argent qui appartient à la banque) et le bilan total (l’ensemble des « risques » qu’elle a pris) n’ont pas obligé les banques à être plus saines. Ces nouvelles réglementations leur permettent toujours de soustraire du dénominateur « bilan » le shadow banking (« banque de l’ombre », c’est-à-dire les activités financières qui ne sont pas soumises aux réglementations bancaires) et de calculer elles-mêmes leur pondération par les risques. C’est le fait que les investissements jugés peu risqués peuvent être retirés du calcul du bilan. Le rapport entre ces deux données est donc fictivement gonflé vers le haut. De plus, même si on estimait que ces chiffres correspondaient à la réalité, ils seraient encore bien trop faibles (le ratio actuel pour KBC ou Belfius est de 5 %, et de 7 % pour ING ou BNP Paribas). Il n’y a donc pas eu d’augmentation significative de ce ratio et les banques sont restées fragiles.
Il n’y a donc pas eu d’augmentation significative de ce ratio et les banques sont restées fragiles.
- Or, si la production de dérivés avait diminué juste après la crise, elle a vite repris ensuite – et il y a même une déréglementation en cours depuis quelques années. Les risques créés par les banques sont donc en train d’augmenter.
- La séparation des activités de dépôt et de marché n’a pas eu lieu, ce qui signifie que notre épargne est toujours en danger - alors que sauver l’épargne constituait déjà il y a dix ans la justification phare pour « sauver les banques en urgence » il y a dix ans. De qui se moque-t-on ?

« Alors quoi, vous auriez préféré qu’on laisse les banques faire faillite ? »

Tout d’abords, ce ne sont pas « les banques » mais les plus grosses qui ont dû être sauvées – preuve qu’il y a un problème structurel à ce niveau. Le sacro-saint « Marché » sait qu’il a cycliquement besoin de l’État pour éponger ses « bêtises ». La question est de savoir si on continue.
Il fallait bien sûr sauvegarder l’épargne, mais pas n’importe comment.
Il fallait bien sûr sauvegarder l’épargne, mais pas n’importe comment. Si cela avait été le réel objectif de l’État, il s’y serait pris autrement : il aurait changé les règles du jeu pour que l’épargne ne soit plus en danger dans le futur ; ces banques n’auraient pas été sauvées « à perte » (on a plusieurs fois survalorisé la valeur de leurs actifs lorsqu’on les achetait et sous-évalué lorsqu’on les vendait) ; les responsables de la crise ne seraient pas restés sans poursuite et il leur aurait été interdit d’exercer à nouveau dans les métiers de la banque ; un tri aurait été fait entre les créanciers pour décider lesquels il fallait absolument rembourser (en tout ou en partie) ; enfin, ces aides auraient été conditionnées – au lieu de cela les banques sauvées publiquement ont resserré leur crédit aux ménages et aux petites entreprises...
Alors, on continue ou on arrête ?

Notes
|1| Source : Febelfin.
|2| Lire l’article de L’Echo : « Belfius sous pression pour augmenter son dividende » https://www.lecho.be/entreprises/ba...

Bushra Khaliq, CADTM Pakistan : « Le gouvernement est résolu à faire porter le fardeau de la situation financière sur les plus pauvres »

31 janvier par Robin Delobel , Bushra Khaliq source :Cadtm
Disrtict Rajan Pur- Punjab (Photo : Bushra Khaliq)
Nous avons profité de l’École écosocialiste de l’IIRE à Amsterdam pour poser quelques questions à Bushra Khaliq, militante féministe membre du CADTM depuis de nombreuses années. Quelques réponses éclairantes sur ce pays à l’histoire mouvementée qui compte près de 200 millions d’habitants et est entouré par l’Iran, l’Afghanistan, la Chine, l’Inde et la mer d’Arabie.
Le Pakistan parait actuellement être embourbé dans une crise politique. Quelle est l’ampleur de cette crise ?
Pour comprendre la crise au Pakistan, nous devons garder à l’esprit l’histoire politique compliquée du pays. En réalité, la situation politique du Pakistan est instable depuis son indépendance en 1947. Même si les forces politiques en présence ont fait des efforts, durant les 70 dernières années, pour guider le pays vers la démocratie, l’establishement militaire a empêché toute mise en place d’institutions démocratique fortes. En effet, les régimes militaires ont directement exercé le pouvoir pendant trente-deux années au total depuis 1947, et durant le reste du temps contrôlaient les gouvernements civils. En conséquence, durant les trois dernières décennies, les partis progressistes et démocratiques ont été marginalisés, tandis que la droite et les groupes religieux extrémistes se sont renforcés.
La crise actuelle peut être perçue comme une partie intégrante de cette histoire démocratique fragmentée. Certains des politiciens corrompus ont aussi porté préjudice au processus démocratique. La crise la plus récente a eu lieu en 2016, quand on a découvert l’implication de l’ex-premier ministre Nawaz Sharif et de sa famille dans les Panama papers. L’opposition, menée par Imran Khan, a demandé sa démission et l’a poursuivi en justice. La Cour Suprême l’a condamné et destitué. Nawaz Sharif doit maintenant comparaître devant la Cour des comptes. Son parti, le PML-N, même s’il gouverne toujours, a quand même perdu en légitimité et son contrôle sur l’État est affaibli.
Pendant ce temps, les partis d’opposition, particulièrement le PTI d’Imran Khan, réclament la tenue d’élections anticipées. D’un autre côté, les groupes islamistes ont aussi manifesté contre le gouvernement, et ont obtenu qu’il accède à leurs demandes : le ministre de la justice a démissionné en échange de l’arrêt des manifestations, qui ont paralysé Karachi et d’autres villes pendant plusieurs semaines. Cet accord a largement été perçu comme une capitulation du gouvernement face aux groupes extrémistes, qui sont de plus en plus populaires au Pakistan.
Il y a donc une crise grave dans la gouvernance du pays. Le gouvernement PLM-N et son chef destitué Nawaz Sharaf blâment l’armée et la justice pour la récente débâcle. Ils prétendent avoir été injustement ciblés et que la transparence demandée par ces institutions est sélective. Mais il y a une réelle demande de transparence politique par le peuple pakistanais.

Où en est la dette au Pakistan ? Les médias parlent du Pakistan comme le bon élève duFMI…
La dette publique du Pakistan en est à un stade incertain. Le rapport le plus récent du FMI montre que la dette extérieure du pays était de $79.2 milliards en juin 2017, contre $60.9 milliards quand le PML-N est arrivé au pouvoir il y a 4 ans. $35 milliards de dollars de prêts se sont rajoutés à cette somme durant les quatre dernières années, ce qui est une somme astronomique quand on considère que le ratio de la dette au PIB a augmenté de 70% et que le ratio du remboursement de la dette aux revenus de l’État est de 47%. Les réserves nettes de la Banque Nationale du Pakistan ont chuté de $12.5 milliards, ce qui est insuffisant pour payer les factures des importations des trois derniers mois. Le dernier rapport du FMI signale clairement que si jamais les investisseurs privés des banques commerciales demandent leur agent, le gouvernement ne pourra pas payer.
Les réserves en devise étrangères du Pakistan décroissent d’un milliard de dollars tous les mois et le gouvernement n’a pas levé assez de taxes ni élargi l’assiette fiscale pour couvrir les dépenses. L’État emprunte à droite et à gauche via l’émission d’obligations ou des emprunts aux banques locales. C’est de la folie. De plus, le gouvernement est résolu à faire porter le fardeau de la situation financière sur les plus pauvres en les surchargeant de taxes indirectes. Si cela continue ainsi, tôt ou tard, le gouvernement va devoir demander l’aide du FMI. Mais à ce moment, ce sera déjà trop tard, car le pays se sera enfoncé dans un véritable bourbier financier.

Quelles sont les impacts déjà visibles du dérèglement climatique au Pakistan ? Et quels sont les risques pour le futur ?
Le changement climatique transforme rapidement le Pakistan, causant des phénomènes climatiques anormaux et aggravant les conséquences déjà lourdes des catastrophes naturelles. Le pays a beaucoup souffert récemment, subissant un tremblement de terre en 2005 et des inondations terribles en 2010. Selon l’index climatique de 2017, le Pakistan est le septième pays le plus affecté par le dérèglement climatique, qui frappe directement l’agriculture, causant un exode rural important.
Durant les dernières décennies, le niveau des précipitations durant la mousson ou l’abondance des chutes de neiges ont été affectés par la hausse des températures. La mousson arrive plus tard dans l’année, tandis que les pluies hivernales n’arrivent qu’en février ou mars. La neige tombait habituellement de novembre à fin décembre, mais cette période froide s’étend maintenant jusqu’en mars. Ce dérèglement cause de grandes sécheresses et de mauvaises récoltes.
En 2015, les vagues de chaleur à Karachi ont fait plusieurs centaines de victimes. Ces dernières années, les sécheresses dans le désert de Tharparker ont causé la mort d’enfants et provoqués des exodes massifs. De la même manière, les populations du delta de l’Indus, particulièrement les communautés de pêcheurs, ont aussi dû se réfugier vers l’intérieur des terres à cause d’inondations salines et de chutes de pluie excessives. Une autre conséquence du dérèglement climatique a émergé récemment : le smog, un mélange de brouillard et de pollution qui affecte particulièrement les zones urbaines du Punjab. Ce smog cause de graves risques de santé pour les habitants des villes.
Tout ceci fait que le changement climatique pose un risque majeur pour le Pakistan, qui devra sans doute subir de nouvelles inondations et sécheresses, davantage de pauvreté et d’insécurité alimentaire, et un exode rural accru. Ces facteurs pourraient mener à de nouvelles crises politiques et à une remise en cause de la loi et l’ordre public, etc.
C’est la responsabilité de l’État d’implémenter une politique nationale de lutte contre le dérèglement climatique, pour sensibiliser le public et s’assurer que les secteurs vulnérables de l’économie, comme l’agriculture et la distribution de l’eau, soient protégés. Dans le même temps, le gouvernement doit s’attaquer au problème des réfugiés climatiques.

Peux-tu expliquer en quoi les femmes sont davantage affectées par les conséquences du changement climatique ?
Le dérèglement climatique a un énorme impact sur les communautés les plus pauvres du Pakistan, particulièrement celles qui dépendent des ressources naturelles du pays. L’agriculture est le secteur où le travail des femmes est le plus important. Elles sont à la fois impliquées dans l’ensemencement, le désherbage, la récolte, la fertilisation au fumier et la traite des vaches ou la culture des légumes. L’agriculture est donc un moyen de subsistance crucial pour la majorité des femmes des campagnes.
Puisque le changement climatique affecte l’agriculture, il appauvrit les femmes et leurs familles. Comme une vaste majorité des femmes au Pakistan vivent de l’agriculture, elles perdent à la fois leur travail et leurs moyens de réagir et de se remettre sur pied après une catastrophe. Les tâches domestiques, comme la récolte de bois de chauffage ou d’eau potable, deviennent plus difficiles et demandent plus de temps. Puisque les filles aident traditionnellement leur mère à s’occuper du foyer, elles ont moins de temps pour étudier ou s’adonner à d’autres activités générant des rémunérations. 
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Ms. Kaneez, the effected woman
Bushra Khaliq, district Muzaffer Garh Punjab
Les environnementalistes Pakistanais estiment que 70% des pauvres, les plus vulnérables au changement climatique, sont des femmes. Les femmes souffrent donc de manière disproportionnée du dérèglement. Ce phénomène a déjà pu être observé par le passé, quand des milliers de familles pauvres ont dû fuir la sécheresse du Tharparker-Sindh et du Balochistan, la province la moins développée du Pakistan. Les femmes et les enfants sont ceux qui ont le plus souffert de la situation.
Deuxièmement, les femmes ont un rôle limité dans la vie publique au Pakistan et ont bien moins d’alternatives ou d’opportunités économiques que les hommes. Une vaste majorité d’entre elles sont illettrées, ne savent rien de leurs droits et manquent d’information en général. À l’échelle locale, les paysannes ne croient pas à l’existence d’institutions qui puissent les éduquer sur le dérèglement climatique et les aider à adapter leurs modes de culture.
Troisièmement, même si les autorités ont admis qu’il était important de prendre en compte les problématiques du genre dans les politiques sur le dérèglement climatique, elles ont encore oublié de lier les paroles aux actes. Et le rôle important joué par les femmes dans l’agriculture est largement ignoré quand il s’agit de planifier et repartir les ressources.
Traduction Alice Jetin Duceux

PORT-LINER VA METTRE À L'EAU LES TOUT PREMIERS CARGOS 100% ÉLECTRIQUES

90% des marchandises mondiales transitent par le transport maritime. Pour réduire la pollution inhérente aux porte-conteneurs, voici les premiers cargos écolo.

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Dans leur grande majorité, les marchandises acheminées à travers le monde le sont par cargo, ce qui n’est pas sans conséquences sur l’environnement. On estime aujourd’hui que la pollution liée au transport maritime serait plus dangereuse que celle issue du transport automobile. Pour y remédier, une entreprise néerlandaise veut construire des porte-conteneurs 100% électriques.
Le transport maritime est l’un des secteurs les plus polluants du globe. En acheminant 90% des marchandises mondiales et en transportant des millions de voyageurs chaque année, certains navires polluent désormais autant qu’un million de voitures.
Pire, on estime que la pollution de l’air liée au transport maritime cause 60 000 décès chaque année en Europe. Des dommages invisibles catastrophiques pour la planète et la santé des citoyens.
Heureusement, des entreprises sont bien décidées à développer des alternatives propres afin d’offrir une bouffée d’oxygène à la planète. Aux Pays-Bas, la compagnie Port-Liner a conçu le tout premier porte-conteneurs électrique qui sera mis à l’eau dès le mois d’août 2018. Selon l’entreprise, ce navire serait le tout premier en son genre.
Crédit photo : Omega Architects
Baptisé le « bateau Tesla », le cargo silencieux aux zéro émissions de CO2 sera propulsé uniquement à l’électricité, grâce à des batteries rechargeables à terre en quatre heures. Ces batteries devraient avoir une autonomie allant de 15 heures à 35 heures, en fonction de la taille du bateau. Et parce que ces navires se veulent 100% écolo, c’est Eneco, un fournisseur d’énergie sans carbone, qui approvisionnera les navires en énergie solaire et éolienne.
Les architectes et ingénieurs de l’entreprise Omega Architects planchent sur deux modèles : un petit navire de 52m de long et 6,7m de large, pouvant transporter jusqu’à 24 conteneurs ; et un grand navire de 110m de long et 11,40m pour 270 conteneurs.
Ton van Meegen, le PDG de Port-Liner, explique à The Loadstar :
« Il y a quelques 7 300 bateaux de navigation intérieure en Europe, et plus de 5 000 d’entre eux sont la propriété d’entrepreneurs en Belgique et aux Pays-Bas. Nous pouvons en construire jusqu’à 500 par an, mais à ce rythme, il faudrait environ 50 ans pour que l’industrie fonctionne sur l’énergie verte. »
Selon un rapport du site d’informations Elektrek, le projet estimé à 100 millions d’euros a été soutenu par une subvention de 7 millions d’euros de l’Union Européenne. Le port d’Anvers aurait également versé une aide de 200 000 euros au projet de Port-Liner dans le cadre d’une initiative plus large visant à améliorer l’efficacité de son port.
L’Europe pourrait donc voir flotter ses tout premiers cargos 100% électriques à l’automne 2018.
On attend les premières images avec impatience !

Offensive sur Afrin: avec les soldats turcs en Syrie [Reportage]

mediaLes forces turques au niveau du mont Barsaya, au nord-est d'Afrin, le 28 janvier 2018.REUTERS/ Khalil Ashawi
L’offensive turque sur la région d’Afrin, au nord de la Syrie, se poursuit. Cela fait neuf jours que les soldats turcs aidés par des rebelles syriens bombardent les miliciens kurdes des YPG, considérés comme terroristes par Ankara car ils sont liés au PKK, en conflit avec le pouvoir turc depuis plus de 30 ans. Ces milices sont toutefois soutenues par les Etats-Unis, qui en ont fait les fers-de-lance de la lutte anti-EI.
De nos envoyés spéciaux près de la ligne de front à Azaz, côté syrien
Nous venons de passer la frontière turque et entrons en Syrie. A quelques kilomètres à l’intérieur des terres, le convoi s’arrête sur un chemin boueux. Il y a un check-point, tenu par des rebelles syriens alliés à la Turquie.
Un officier de presse turc, qui encadre les journalistes, décrit la situation : « Nous sommes sur la route du village de Ma’arrine, qui est situé près d’Azaz. Cette région est contrôlée par les forces locales. Et il y a des check-points pour prévenir d’éventuelles attaques terroristes. »
Les terroristes, selon Ankara, ce sont les miliciens kurdes des Unités de protection du peuple (YPG), contre lesquels les Turcs ont lancé une offensive il y a plus d’une semaine. La ligne de front n’est qu’à 1 km d’ici, à l’entrée de l’enclave d’Afrin. On entend d’ailleurs des tirs d’artillerie à intervalles réguliers. Sur les collines en face, on aperçoit des colonnes de fumée s’élever dans le ciel.
Kalachnikov en bandoulière
Les soldats turcs sont appuyés dans leur offensive par l’Armée syrienne libre (ASL), des rebelles opposés au régime de Bachar el-Assad et entraînés par les forces spéciales turques. Abdulaziz Faraj, treillis beige et barbe bien taillée, est l’un d’eux. Il n’hésite pas à prendre la pose pour les photographes, sur un char.
Et il ne tarit pas d’éloges au sujet des Turcs : « Nous sommes de la même nation, de la même armée et nous sommes tous musulmans. Dieu merci. Nous sommes frères de religion, l’islam, et nous partageons la même terre, grâce à Dieu. Les Kurdes des YPG et du PKK sont des mécréants, des infidèles, des traitres. Si Dieu le veut, le bien va l’emporter et nous vaincrons ! »
Nous quittons les lieux pour la ville toute proche d’Azaz, 300 000 habitants. Le centre, avec ses échoppes bien achalandées, est animé. Sur des motos, des hommes patrouillent, visage masqué d’un foulard, kalachnikov en bandoulière.
Check-point à Azaz, en Syrie, le 24 janvier 2018.REUTERS/Osman Orsal
Azaz à nouveau menacée
Ce sont les rebelles de l’Armée syrienne libre qui tiennent la ville depuis qu’ils en ont chassé, avec les Turcs, les jihadistes de l'Etat islamique en 2016. Aujourd’hui, avec l’offensive sur l’enclave kurde d’Afrin, Azaz se sent à nouveau menacée.
« Depuis deux ans, depuis que nous nous sommes débarrassés de l’Etat islamique, la situation est stable et meilleure, assure Hassan Kanna, un enseignant qui habite la ville. Mais ces derniers jours, nous avons des problèmes avec les roquettes lancés par des groupes extérieurs. »
« Toutes les nuits, ajoute-t-il, nous subissons des bombardements et les gens ont peur. L’Armée syrienne libre et les troupes turques doivent faire cette opération sur Afrin, ils n’ont pas le choix. »
Guerre de communication
Azaz, meurtrie par des années de guerre en Syrie, se retrouve de nouveau en première ligne avec l’opération sur Afrin. Mahmoud, 30 ans, a du mal à envisager l’avenir : « Franchement, je ne sais pas ! Peut être pourrions-nous libérer toute la Syrie de Bachar el-Assad et des Kurdes des YPG-PKK. Après, nous pourrons penser à l'avenir de ce pays. »
Dans le centre d’Azaz, des enfants agitent très opportunément des drapeaux turcs devant les caméras de télévision. Ils louent le président Erdogan pour son offensive sur les Kurdes d’Afrin. La guerre qui se joue est aussi une guerre de communication.

Syrie: l'offensive turque se poursuit à Afrin

mediaChars turcs en mouvement dans la province de Kilis non loin de la frontière avec la Syrie, le 31 janvier 2018.REUTERS/Osman Orsal
Au treizième jour de son offensive dans le nord de la Syrie contre les forces kurdes dans l’enclave d’Afrin, la Turquie a bien l’intention de poursuivre son opération malgré les critiques internationales, et conteste les propos du président français Emmanuel Macron, qui a mis en garde Ankara contre une « invasion » en Syrie. Sur le terrain, l'offensive a augmenté en intensité depuis le début de la semaine, les forces au sol sont toujours appuyées par l’artillerie et l’aviation turques.
Avec notre correspondant à Istanbul,  Alexandre Billette
Une idée « aberrante », « insensée ». La Turquie n’est pas dans une logique d’invasion en Syrie, mais de lutte contre le terrorisme. C’est la réponse donnée par le Premier ministre turc après les propos d’Emmanuel Macron. Binali Yildirim renvoie l’ascenseur : « Que faisaient alors les troupes françaises elles aussi présentes en Syrie ? ».
Ankara, sur le terrain, poursuit son offensive avec encore plus d’intensité depuis lundi. L’armée turque et les rebelles syriens fidèles à Ankara se concentrent désormais sur les hauteurs entre la ville d’Afrin et la frontière turque.
Objectif : prendre les positions des forces kurdes en étau, et empêcher les tirs de roquette depuis le territoire syrien sur les villes frontalières en Turquie. Mercredi encore une adolescente a été tuée dans la ville de Reyhanli. C’est la quatrième victime en l’espace de dix jours.
Dans la région d’Afrin, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme, ce sont près de 100 civils qui ont été tués dans les bombardements turcs depuis le début de l’offensive.

La France durcit le ton contre la Turquie
« S'il s'avérait que cette opération devait prendre un autre tour qu'une action pour lutter contre un potentiel terroriste menaçant la frontière turque et que c'était une opération d'invasion, à ce moment, cette opération nous pose un problème réel », prévient Emmanuel Macron, cité dans un article mis en ligne mercredi par le quotidien français Le Figaro.
RFI