Berlin pourrait échanger ses missiles Taurus contre la livraison de SCALP/Storm Shadow supplémentaires à Kiev (Allemagne)

En 2022, Berlin lança l’initiative « Ringtausch » [« échange d’anneaux »] afin de proposer aux membres de l’Otan de céder leurs équipements d’origine soviétique aux forces ukrainiennes, que celles-ci maîtrisaient déjà, en échange d’armements de facture allemande. Plusieurs pays saisirent cette opportunité, comme, par exemple, la République tchèque, qui troqua ses chars T-72 contre des Leopard 2A4.
Depuis, ce concept est tombé en désuétude, les forces ukrainiennes ayant prouvé leur capacité à s’adapter assez rapidement aux systèmes d’armes de conception occidentale. Tel est ainsi le cas des missiles air-sol SCALP/Storm Shadow qui, fournis par la France et le Royaume-Uni, ont rapidement été utilisés pour frapper les positions russes dans la profondeur, notamment en Crimée.
Justement, depuis plusieurs mois, Kiev réclame avec insistance des missiles air-sol KEPD-350 Taurus à Berlin. Seulement, le chancelier allemand, Olaf Scholz, est réticent pour deux raisons. D’abord, étant donné la portée de ces engins [500 km], il s’agit d’éviter une « escalade » en ne donnant pas aux Ukrainiens la capacité de frapper le territoire russe [et, surtout, les environs de Moscou]. Ensuite, d’autres besoins sont à satisfaire en priorité, en particulier en matière de défense aérienne et d’artillerie.
Cela étant, ce sujet divise les partis de la coalition gouvernementale, les libéraux et les écologistes étant plutôt favorables à la livraison des Taurus à Kiev, contrairement aux sociaux-démocrates, beaucoup plus prudents sur ce sujet.
Alors que, la semaine passée, les députés allemands ont rejeté massivement un motion appelant à livrer des Taurus à Kiev pour des considérations de politique intérieure, le Royaume-Uni aurait proposé une solution reposant sur le concept « Ringtausch ». C’est en effet ce qu’ont avancé le quotidien économique Handelsblatt et l’agence de presse Dpa, le 24 janvier.
Ainsi, Londres voudrait que Berlin lui fournisse ses missiles Taurus afin d’être en mesure de livrer davantage de Storm Shadow à la force aérienne ukrainienne.
« L’idée est que l’Allemagne exporte des missiles de croisière Taurus vers la Grande-Bretagne afin de donner à celle-ci la latitude nécessaire pour fournir des Storm Shadow supplémentaires à l’Ukraine », écrit le Handelsblatt, en citant des sources diplomatiques et gouvernementales. « L’offre britannique est sur la table depuis quelques semaines. […] Elle offrirait à [Olaf] Scholz une occasion bienvenue de désamorcer la polémique au sein de la coalition », a-t-il ajouté.
La Dpa a livré une version légèrement différente. « Des réflexions sont en cours sur la fourniture de missiles de croisière Taurus de la Bundeswehr à des partenaires de l’Otan, tels la Grande-Bretagne et la France. En échange, ces pays livreraient alors leurs missiles de croisières [Storm Shadow / SCALP] à l’Ukraine », a rapporté l’agence de presse.
Pour rappel, lors de sa conférence de presse du 16 janvier, le président Macron a annoncé la cession d’une quarantaine de SCALP à l’Ukraine, alors que le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, avait assuré, en septembre, que le « prélèvement » d’armements « dans les forces armées » françaises allait devenir « définitivement l’exception ».
Reste que cette proposition ne fait pas l’unanimité outre-Rhin. Présidente de la commission de la Défense du Bundestag [chambre basse du Parlement], Marie-Agnès Strack-Zimmermann a estimé que ce n’était pas la bonne solution.
« L’Ukraine a besoin du Taurus. Et elle en a besoin maintenant. Le Taurus ne serait alors plus disponible pour la Bundeswehr et l’Ukraine n’en aurait toujours pas. Le Storm Shadow n’est pas un remplaçant équivalent. À cet égard, cette proposition n’est pas adaptée », a-t-elle fait valoir.
D’autant plus que, en Allemagne, seuls les chasseurs-bombardiers PANAVIA Tornado sont en mesure d’emporter le Taurus, les Eurofighter EF-2000/ Typhoon ne disposant pas encore de cette capacité. En outre, la Luftwaffe devra trouver des financements pour remplacer les missiles qu’elle pourrait être amenée à céder à la Royal Air Force.
Quant à cette dernière, elle ne dispose plus de Tornado depuis près de cinq ans. Aussi, elle devra adapter ses Typhoon pour leur permettre d’utiliser ce type de missile en cas d’accord entre Londres et Berlin.
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