mardi 11 décembre 2018

Macron : un écran de fumée pour maintenir son « Cap »(France)

Le chef de l’État s’est livré à un numéro de prestigiateur particulièrement bien construit, que nous allons déconstruire ici :
Notons tout d’abord que la lutte des gilets jaunes (et les blocages, et les violences, oui) commence à payer. Après la suppression de la hausse de la taxe sur les carburants, ils obtiennent une augmentation du SMIC de 100 euros et la suppression de la hausse de la CSG pour les petites retraites. Les primes de fin d’année seront encouragées en supprimant les charges sociales associées pour les entreprises qui la verseront. Le président de la république a également évoqué le rétablissement des heures supplémentaires défiscalisées. Ces mesures vont certainement contribuer, en augmentant le pouvoir d’achat des plus démunis, à relancer la consommation et la croissance. C’est une bonne nouvelle et une victoire remarquable des Gilets Jaunes.
C’est aussi un camouflet envoyé à la ministre du travail qui nous expliquait hier encore que la hausse du SMIC détruirait les emplois. Comme quoi tout est possible, il suffit de demander.
Mais il y a un gros MAIS. Ces « petits cadeaux » distribués avant les fêtes ne seront payés ni par les profits des entreprises, ni par les français les plus riches. Ils seront payés par les contribuables : soit en diminuant la dépense publique (et donc, les services publiques), soit en augmentant ailleurs les impôts, soit en créant plus de dette. Dans tous les cas, Macron remplit la poche droite des français en prenant dans leur poche gauche. Et si la dette était mise à contribution, cela serait un nouveau totem du discours gouvernemental qui s’effondrerait.
Ensuite, ces « cadeaux » ne poursuivent qu’un seul but clairement revendiqué par le chef de l’État : acheter la paix sociale pour mener à termes les réformes sur l’assurance chômage (pour rappel, dans le but de réduire les indemnisations et de transférer le cout de la formation professionnelle du privé vers le publique, c’est-à-dire les contribuables) et le système des retraites (dans le but de transformer le système par répartition vers un système par capitalisation, à l’américaine…). Le fameux cap néolibéral qu’Emmanuel Todd décrivait comme anachronique, et Thomas Piketty ce matin sur France Inter comme « dépassé, bloqué dans les années 90 » est maintenu coute que coute.
Pour le justifier, Macron a multiplié les contrevérités, voire les mensonges. Il a prétendu que l’ISF faisait fuir les contribuables : c’est archi-faux ! Les chiffres du ministère des finances montrent que le nombre de personnes assujettis à l’ISF progressait de manière croissante et soutenue d’année en année. La moyenne d’âge des « départs » des riches est de 59 ans (on est loin du profil du jeune entrepreneur), et ce manque à gagner ne représentait que 175 millions d’euros (contre près de 5 milliards de recettes). Macron prétend également que la suppression de l’ISF favorise l’investissement, une contrevérité de plus, de l’avis même des financiers : « Le premier impact de la suppression de l’ISF, c’est la disparition des investissements dans les PME » explique le financier Marc Fiorentino dans l’Obs, dénonçant une hausse des contrats assurance vie et la baisse des investissements productifs.
Sur l’écologie et l’urgence climatique, on note l’absence de la moindre mesure concrète, et une nouvelle fable sortie du grenier : « il faut produire pour redistribuer ». Macron fait le Shadock. Rappelons-lui que la France n’a jamais autant produit de richesses, et jamais aussi mal redistribué. Le PR nous vend une course folle vers la croissance infinie au mépris des inégalités et de l’environnement.
Reste à souligner les grands absents du discours, et le retour d’un zombie qu’on pensait enterré.
Sorti de nulle part, Macron nous parle d’immigration dans des termes qui rappellent étrangement le fameux débat sur l’identité nationale de Nicolas Sarkozy. Ceux qui ont voté Macron pour éviter le FN en seront une fois de plus pour leurs frais.
Par contre, rien sur les violences policières insoutenables qui ont déferlé sur les écrans des médias internationaux (hier, un ami me parlait spontanément de vidéos montrant des mains arrachées par des grenades dans les rues de Paris). Rien sur les arrestations injustifiées et illégales d’opposant politiques. Rien sur l’enquête hallucinante des services secrets visant un leader de l’opposition, François Ruffin. Rien sur les dizaines de journalistes pris pour cible délibérément par les policiers (trois blessés au moins). Rien sur une justice expéditive, pilotée en toute « indépendance » par la ministre de la justice. Rien sur les centaines de personnes interdites de manifester, sans parler des dizaines de milliers probablement dissuadées par les discours et le dispositif répressif historique déployé (des blindés à Paris !).
Rien sur l’exigence de plus de démocratie des gilets jaunes, mais au contraire une attaque en règle contre ses opposants politiques accusés de récupération et d’encouragement aux débordements.
En feignant un mea culpa émouvant, Emmanuel Macron cherche à gagner du temps pour continuer son œuvre de destruction de ce qui fait l’identité et la spécificité française : nos services publics, notre sécurité sociale, nos institutions, notre souci d’égalité, de liberté et de fraternité. Il recule pour mieux sauter, mais fait payer ce recul aux contribuables (et bientôt aux français de couleurs, semble-t-il).
Les plateaux TV ont assuré le SAV dès les minutes qui ont suivi. Ces éditorialistes corrompus (au minimum, intellectuellement) feraient mieux de lire la presse étrangère. Ils se rendraient compte de l’ampleur du discrédit de Macron, tandis que l’Allemagne se moque ouvertement de lui (en refusant toute proposition française à l’Eurogroup, en demandant notre siège de membre permanent du conseil de sécurité de l’ONU…).
Macron est peut-être sincère lorsqu’il déclare sa flamme au pays, mais il œuvre clairement à la destruction de la nation.
Face au recul derrière un écran de fumée, l’acte 5 s’imposerait logiquement.
***
PS : "Contacté par franceinfo, l'Elysée a confirmé que ces 100 euros d'augmentation comprenaient les hausses déjà prévues de la prime d'activité (30 euros en avril 2019, 20 euros en octobre 2020 et 20 euros en octobre 2021)" via tweeter France Info
(Je vous jette des croquettes, je continue à donner des milliards à des multinationales et grandes entreprises qui ne créent pas d'emplois et ne paient pas d'impôts. note de rené)

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