jeudi 28 novembre 2024

 

Nigeria : 48 % des ménages ont dû réduire leur consommation alimentaire en 2023  (Afrique)

Nigeria : 48 % des ménages ont dû réduire leur consommation alimentaire en 2023
  • Date de création: 28 novembre 2024 13:36

(Agence Ecofin) - La hausse des prix alimentaires est problématique pour une majorité de la population nigériane. Si les classes aisées s’adaptent mieux à cette situation, ce n’est pas le cas pour les ménages pauvres en milieu rural et urbain qui représentent 40 % de l’effectif démographique.

Au Nigeria, la question de l’accès à la nourriture hante les nuits des habitants. Selon la 5e édition de son General Household Survey – Panel (GHS-Panel) publié le 21 novembre en partenariat avec la Fondation Bill et Melinda Gates et la Banque mondiale, le Bureau nigérian des statistiques (NBS) indique que 71 % des ménages ont érigé au rang de premier choc économique la hausse des prix des denrées alimentaires les plus consommées. Cette liste de produits de base comprend notamment l’oignon, la tomate, le riz, l’huile de cuisine, le poulet congelé, la farine de blé ou l’igname.

Selon l’institution, la satisfaction des besoins quotidiens en calories est prioritaire par rapport à d’autres problématiques comme la hausse des prix du pétrole et de l’essence (52 %) ainsi que ceux des intrants (28,8 %) ou encore les inondations (8,8 %) et la sécheresse (5,8 %).

Dans le pays le plus peuplé du continent, la NBS indique que les ménages urbains sont plus concernés par la hausse des prix que ceux ruraux, même si ce choc reste une réalité sur tout le territoire. 75,5 % des ménages urbains ont ainsi subi de plein fouet cette flambée des prix contre 68,9 % dans les zones rurales.

Cette différence s’explique par une plus grande dépendance des consommateurs urbains aux marchés pour se procurer leurs denrées alimentaires, ce qui les rend plus vulnérables aux variations de prix. À l’inverse, en milieu rural, les denrées sont généralement disponibles sur place et majoritairement produites par les ménages eux-mêmes pour leur autoconsommation.

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Ces données témoignent globalement d’une aggravation continue de l’accessibilité économique des ménages à la nourriture alors que ceux-ci consacrent déjà plus de 50 % des dépenses totales à l’alimentation.

En effet, le pouvoir d’achat des consommateurs nigérians a été mis à rude épreuve depuis 5 ans entre la Covid-19, la hausse des prix des intrants liés à la guerre russo-ukrainienne, l’augmentation des prix de l’essence et des coûts de transport avec la suppression des subventions.  La hausse des prix a culminé en mai 2024 où l’inflation alimentaire a atteint les 40,66 % soit son plus haut niveau depuis près de 30 ans.  

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Si depuis le taux d'inflation au Nigeria a reflué en dessous de la barre des 40 %, il a tout de même augmenté pour le deuxième mois consécutif en octobre, passant de 32,70 % en septembre à 33,88 %.

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Étant donné que la demande des produits alimentaires se maintient indépendamment des variations de prix (demande inélastique), les ménages ont dû développer plusieurs stratégies pour faire face à la baisse de leur pouvoir d’achat.

Ainsi, la NBS souligne que sur les 12 derniers mois précédant l’étude, 48 % des ménages ont limité leur consommation alimentaire. Par ailleurs, 36,1 % des ménages ont compté sur l’aide d’amis ou de parents alors que 32,6 % ont réduit les quantités de nourriture achetées par rapport au passé.  

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Si ces trois principaux moyens d’adaptation à la mauvaise conjoncture sont communs à tous les ménages, d’autres stratégies sont plus marquées selon la zone d’habitation. La NBS indique par exemple que 21,6 % des ruraux ont pu compter sur la vente de produits agricoles ou sur des stocks alimentaires pour faire face aux chocs contre seulement 6,2 % pour les ménages urbains. A contrario, 31 % de ces derniers ont pu se servir d’une épargne comme moyen d’adaptation aux chocs contre 20,9 % chez les ruraux.

Dans un tel contexte où la hausse des prix a diminué la capacité des ménages à répondre à leurs besoins alimentaires, tant en milieu rural qu’urbain, les considérations liées aux préférences de produits ou d’ordre nutritionnel sont passées au second plan.

La NBS révèle qu’en 2023 63,8 % des ménages ont dû se cantonner à une liste réduite de produits de base.

Cette situation reste problématique dans le pays alors que plusieurs organisations mettent en avant le fait que les apports caloriques actuels sont encore en deçà des normes recommandées. Déjà dans le pays, situation nutritionnelle préoccupante conduit à un retard de croissance chez les enfants. Selon la NBS, 25 % des enfants âgés de 6 à 59 mois sont ainsi en sous-pondération contre 19 % en 2018/2019. D'après les données des autorités datant d'août dernier, environ 31,8 millions de personnes sont actuellement dans une situation d’insécurité alimentaire aiguë. 

Espoir Olodo

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