samedi 29 août 2026

 Vous lui refusez l’endettement, alors payez vos impôts à l’Afrique

Vous lui refusez l’endettement, alors payez vos impôts à l’Afrique
  • Date de création: 28 août 2026 09:16

(Agence Ecofin) - 500 milliards de dollars par an. C’est ce que les États pourraient récupérer auprès des multinationales sans augmenter leurs taux d’imposition, selon les calculs publiés par Public Services International et Tax Justice Network. Il suffirait de taxer les bénéfices là où les entreprises emploient et vendent, plutôt que là où elles choisissent de les déclarer.

Pour l’Afrique, les chiffres sont spectaculaires. L’Afrique du Sud collecterait 8,9 milliards de dollars supplémentaires par an. Le Kenya, 1,3 milliard, soit une hausse de 406 % des recettes tirées des multinationales. Le Nigeria, 2,5 milliards, soit 641 % de plus.

Pas un taux d’imposition supplémentaire. Pas un nouvel impôt. Simplement l’impôt existant, prélevé là où l’activité économique a réellement lieu.

Ces chiffres méritent d’être rapprochés d’un autre : le déficit budgétaire africain représente environ 4,8 % du PIB, contre 5,8 % aux États-Unis. Ce n’est pourtant pas Washington qu’on somme de se serrer la ceinture.

Le privilège, dans l’économie mondiale, n’est pas d’avoir un déficit vertueux. C’est d’avoir droit au déficit.

Les États-Unis, qui disposent déjà des infrastructures d’une économie développée, emprunteront quelque 1 900 milliards de dollars cette année sans que personne ne leur demande de renoncer à Medicare, à leur politique industrielle ou militaire. Lorsqu’il s’agit de l’Afrique, le vocabulaire change : consolider, réduire, rétablir la soutenabilité, améliorer la gouvernance.

Personne n’interdit formellement au continent d’emprunter. Mais le prix peut produire le même effet. La République démocratique du Congo a levé 1,25 milliard de dollars en avril 2026, à 8,75 % sur son échéance 2032 et 9,50 % sur celle de 2037, dans une monnaie qu’elle n’émet pas.

Un refus, on le conteste. Un taux, on le paie pendant quinze ans, en écoles, routes et hôpitaux non construits.

Le plafond africain tient donc à deux choses : au prix de l’argent et à ce que les États parviennent à collecter. Le premier se décide largement ailleurs. Le second se négocie en ce moment même.

Depuis vingt ans, le FMI, la Banque mondiale et les bailleurs répètent que l’Afrique doit « mobiliser davantage de recettes domestiques ». Prenons-les au mot

Que se passerait-il si les multinationales étaient taxées là où elles exercent réellement leur activité ? Selon Public Services International et Tax Justice Network, les recettes mondiales tirées de ces entreprises augmenteraient d’environ 500 milliards de dollars par an. Les pays à faible revenu pourraient les quintupler.

Et l’Afrique ne serait pas seule à gagner. Les pays à revenu élevé collecteraient eux aussi au moins 140 milliards de dollars supplémentaires par an : 35,5 milliards pour les États-Unis, 12,8 milliards de livres pour le Royaume-Uni. Ce n’est donc pas un transfert du Nord vers le Sud. C’est un transfert des paradis fiscaux vers les pays où l’activité économique a effectivement lieu.

Voilà l’enjeu derrière les négociations de la convention fiscale des Nations unies qui se poursuivent à New York. Le Groupe africain y défend une évidence : une convention internationale qui ne permet pas de modifier effectivement la répartition des droits d’imposition ne changera pas grand-chose.

Le débat paraît juridique. Ses conséquences sont budgétaires.

Bloquer une nouvelle règle fiscale n’est donc pas une abstention. C’est un choix économique dont on peut désormais calculer le prix. Il faudra choisir.

Si l’Afrique doit moins emprunter, il faut lui permettre de collecter davantage. Si elle doit financer son développement sur ses propres ressources, il faut lui laisser taxer les bénéfices réalisés chez elle.

Et si l’on préfère conserver un ordre fiscal conçu à une époque où une grande partie de l’Afrique était encore colonisée, il faudra trouver autre chose que de traiter chaque point de déficit africain comme un symptôme moral.

On ne peut pas lui refuser la dette et les recettes à la fois.

Si vous lui refusez l’endettement, alors payez vos impôts à l’Afrique.

Idriss Linge

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