mardi 28 juillet 2026

 

Blocage IPTV : les opérateurs demandent à Bruxelles de faire payer les ayants droit pour leurs erreurs

Orange, SFR et Bouygues Telecom montent au créneau à Bruxelles pour dénoncer les dégâts collatéraux des blocages anti-piratage. Leur message est simple : quand un blocage rate sa cible, quelqu’un doit payer, et ce n’est pas aux opérateurs de trinquer.

L’an dernier, pendant près de 12 heures, Google Drive était inaccessible, victime collatérale d’un dispositif censé viser des flux de streaming pirates. En parallèle, 3000 sites et services parfaitement légaux étaient tombés sous le coup d’une action judiciaire espagnole, eux aussi coincés dans les mailles d’un filet censé attraper des pirates. Face à ces bévues répétitives, plusieurs grands noms des télécoms européens, dont Orange, SFR et Bouygues Telecom viennent de tirer la sonnette d’alarme, en ciblant directement la Commission européenne.

La chasse aux IPTV pirates va trop loin

Le document a été déposé par EuroISPA, association qui représente à elle seule plus de 3 300 acteurs européens des télécoms, de l’hébergement et des services internet. Parmi ses membres, on retrouve la Fédération Française des Télécoms, qui regroupe justement Orange, SFR et Bouygues Telecom. Une manière pour les opérateurs français de faire entendre leur voix sans monter seuls au front.

Leur cible principale : le blocage par adresse IP, la méthode la plus radicale et, selon eux, la plus mal calibrée. Concrètement, une seule adresse IP peut aujourd’hui héberger des dizaines de milliers, parfois plusieurs centaines de milliers de sites différents, notamment lorsqu’elle appartient à un réseau de diffusion de contenu, qui font tourner une bonne partie du web. Couper l’IP revient souvent à tirer dans le tas, en espérant éviter les victimes collatérales.

Le cas italien illustre bien le problème. Le système Piracy Shield, déployé contre le piratage sportif, a multiplié les blocages accidentels depuis 2024, avec plusieurs milliers de domaines affectés sur la période récente selon EuroISPA. L’Espagne n’est pas en reste, avec des tensions croissantes autour des demandes de blocage visant des services VPN dans le cadre de la lutte contre le piratage sportif. La France, elle non plus, n’échappe pas à la liste des exemples cités : en 2025, plusieurs fournisseurs de VPN ont dû, sur décision de justice, bloquer plus de deux cents domaines liés à la diffusion illégale d’événements sportifs.

Les Télécoms veulent un coupable

Plutôt que de réclamer une refonte complète du cadre juridique européen, EuroISPA joue la carte du pragmatisme. L’association ne demande pas l’abandon des blocages, mais simplement que les mécanismes qui existent déjà sur le papier soit plus durement sanctionnés en cas de manquement. Concrètement, l’idée serait l’instauration d’un système clair de responsabilité et de compensation : lorsqu’un blocage réclamé par un ayant droit provoque des dommages chez un tiers légal, ce ne devrait être ni aux opérateurs ni aux internautes d’en assumer les conséquences.

Deuxième demande, plus technique cette fois : EurolSPA veut accorder davantage de temps aux petits hébergeurs et intermédiaires pour analyser les demandes de blocage avant de les exécuter, plutôt que de leur imposer des délais extrêmement courts, qui favorisent les risques d’erreurs.

Le timing n’est pas anodin. Cette offensive intervient alors que la révision de la directive européenne sur le droit d’auteur dans le marché unique numérique, la fameuse CDSM, est en pleine discussion à Bruxelles. Les mécanismes de blocage se multiplient partout sur le continent pour endiguer le streaming illégal, et les opérateurs sentent visiblement le vent tourner en leur défaveur. De quoi pousser tout le monde à réagir. Entre les ayants droit qui veulent des mesures rapides et efficaces, et les opérateurs qui redoutent d’être le fusible qui saute en cas de bavure, Bruxelles va devoir trancher un dossier où personne, pour l’instant, ne veut porter le chapeau.

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