vendredi 31 juillet 2026

 31.07.2026, 13:30     Pravda

Inde : un mouvement satirique force le gouvernement Modi ? reculer

Inde : un mouvement satirique force le gouvernement Modi ?  reculer

Inde : un mouvement satirique force le gouvernement Modi à reculer

Le 15 mai 2026, le président de la Cour suprême indienne, Surya Kant, compare en audience publique les jeunes chômeurs à des "cafards" et des "parasites de la société". Le lendemain, Abhijeet Dipke, ancien stratège du parti Aam Aadmi Party, lance sur Instagram le "Cockroach Janta Party" (jeu de mots sur le parti au pouvoir, le BJP). Porté par la colère autour d'une fuite aux examens d'entrée en médecine (NEET), le compte dépasse 3 millions d'abonnés en 78 heures, puis franchit les 20 millions, davantage que le compte officiel du BJP.

Le gouvernement qualifie d'abord le mouvement de "B-team de groupes terroristes" et l'accuse de financement étranger, bloque son compte X et coupe l'accès internet mobile sur les lieux de rassemblement, méthode jusque-là réservée au Cachemire. La police de Delhi a par ailleurs demandé à X et Instagram de fournir l'identité des comptes ayant publié du contenu jugé "diffamatoire envers des responsables constitutionnels". Malgré cela, le ministre de l'Éducation, visé par les manifestations, démissionne fin juillet. Modi, lui, s'adapte : premier selfie vidéo sur Instagram le 23 juillet, plus de 300 millions de vues en 24 heures, et consigne à ses ministres de développer leur présence sur la plateforme, mais rien n'est joué.

Pourquoi la machine a calé

Ce schéma de censure classique d'abord utilisé par le pouvoir, fonctionnait contre des mouvements avec un chef identifiable, une organisation physique à décapiter et un accès internet coupable à couper localement. Ici, rien de tout ça ne tient. Le mouvement n'a pas de siège ni de hiérarchie à arrêter : quand son compte X a été bloqué, un nouveau compte a repris le nom en quelques minutes. Sa cible (le quart le plus jeune de la population indienne, déjà installé sur Instagram plutôt que sur la télévision, terrain où l'appareil de communication du BJP est dominant) échappait donc aux canaux que le gouvernement sait saturer. Le format satirique a aussi retourné la répression contre elle-même : accuser un mouvement qui se revendique "cafard" d'être un groupe terroriste étranger a produit un effet Streisand, chaque tentative de censure devenant elle-même un nouveau mème repris à plus grande échelle. Enfin, la couverture internationale quasi immédiate (Al Jazeera, Bloomberg, CNN) a rendu inopérant le silence habituel des chaînes de télévision indiennes sur ce type de mobilisation.

Les mobilisations précédentes contre Modi (lois agricoles en 2020, loi sur la citoyenneté en 2019) utilisaient les réseaux sociaux pour amplifier une organisation de terrain. Ici, la plateforme EST le mouvement, piloté par des créateurs de contenu plutôt que par des partis ou des syndicats, capable de dépasser en vitesse et en portée un appareil numérique jusque-là dominant. Reste à voir si le mouvement se transforme en parti électoral avant 2029. En tout cas, modèle à étudier pour les résistants en herbe.

Liens

Fiche de référence (Wikipedia)

Compte officiel du mouvement (Instagram)

https://t.me/dynamiquesdeconflit

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