mardi 16 juin 2026

 


Déportations américaines : la Centrafrique, nouvelle terre d’accueil forcée

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par Serge Savigny

Washington a trouvé la solution pour se débarrasser des migrants en quête d’asile aux États-Unis : les indésirables seront déportés en République centrafricaine (RCA). La Maison Blanche entend améliorer radicalement ses relations avec ce pays où l’influence française a longtemps prédominé et où la Russie est désormais très active. L’objectif des États-Unis, à défaut d’en faire leur avant-poste en Afrique centrale, est d’y renforcer sérieusement leurs positions.

L’agence Reuters a rapporté, citant des sources proches du dossier, que la RCA acceptera des migrants d’autres pays déportés par les États-Unis.

L’Afrique devient la principale destination pour l’éloignement depuis les États-Unis des personnes indésirables. Les autorités américaines y déportent des individus qui purgeaient de longues peines de prison pour des crimes graves ou qui venaient d’être libérés. La Cour suprême des États-Unis a validé la légalité de ces pratiques.

Pour obtenir le consentement de ce pays enclavé épuisé par les conflits internes, la diplomatie américaine s’est efforcée de sauver les apparences. Une délégation s’est rendue à Bangui, la capitale de la RCA, conduite par Christian Jové Ehrhardt, secrétaire adjoint au Bureau de la population, des réfugiés et des migrations du département d’État américain. Les questions liées aux réfugiés et aux migrations relèvent précisément de ses attributions.

Des documents concrets ont été signés entre les deux pays, prévoyant notamment le transfert en RCA de personnes arrivées sur le sol américain. Ces personnes seront placées sous la responsabilité de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), organe des Nations unies chargé des réfugiés et des personnes déplacées. En clair, ces clandestins se retrouveront dans des camps de réfugiés, probablement rebaptisés pour l’occasion. Les États-Unis disposent déjà d’accords similaires avec plusieurs pays africains : la République démocratique du Congo, le Soudan du Sud, l’Ouganda, le Rwanda, le Ghana, le Cameroun, la Guinée équatoriale et l’Eswatini. Mais l’accord avec la RCA se distingue dans cette liste.

La République centrafricaine figure en effet, selon la classification de la Banque mondiale, parmi les États au revenu par habitant le plus faible, y compris à l’échelle du continent africain. Jamais encore les États-Unis n’avaient envoyé de clandestins dans un pays aussi pauvre et instable.

La RCA est une ancienne colonie française qui a proclamé son indépendance en 1960. Sa population est inférieure à 6 millions d’habitants. Selon sa Constitution, c’est une république présidentielle. La majorité de la population est chrétienne.

Depuis son indépendance, le pays connaît des troubles permanents, et la plus grande partie de ses 5,5 millions d’habitants vit dans la misère. Le président Faustin-Archange Touadéra, élu pour un troisième mandat en décembre 2025, a fait appel à la Russie pour un soutien en matière de sécurité, tout en manifestant un intérêt croissant pour une coopération avec l’Occident dans le domaine des minerais stratégiques.

Ni les sources gouvernementales centrafricaines ni les diplomates en poste dans la région ne disposent d’informations détaillées sur le nombre de migrants concernés, leur nationalité ou le calendrier des vols, bien qu’une récente décision de justice indique que des tentatives sont déjà en cours.

L’URSS a reconnu la RCA en 1960, et des relations diplomatiques ont été établies entre Moscou et Bangui la même année. Des médecins, enseignants, géologues et agronomes soviétiques ont travaillé dans le pays de 1966 à 1979, sous le règne de Jean-Bedel Bokassa. Plus de 500 citoyens centrafricains ont obtenu un diplôme d’enseignement supérieur en URSS.

La RCA n’a pas oublié l’aide que la Russie avait apportée au pays. Les relations entre Bangui et Moscou se sont de nouveau intensifiées dans la seconde moitié des années 2000.

La coopération militaire et technique occupe une place importante dans les relations bilatérales. À la demande des autorités centrafricaines, la Russie a contribué à l’équipement de l’armée en armes, équipements et munitions. Moscou a soumis une demande au comité des sanctions du Conseil de sécurité de l’ONU et, avec son aval, a livré des armes légères et des munitions. En outre, toujours avec l’accord de l’ONU, des instructeurs militaires et civils russes ont été détachés en RCA pour former les forces armées du pays. En 2023, le nombre d’instructeurs russes s’élevait à 1.890. En 2024, ils avaient formé environ 10 000 militaires et plus de 500 membres des forces de l’ordre centrafricaines.

L’extension de la présence russe en Afrique déplaît aux États-Unis. Comme l’a écrit le New York Times, plusieurs membres du Congrès ont appelé l’administration américaine à prendre des mesures contre le renforcement de l’influence russe dans un pays riche en gisements de métaux précieux. C’est précisément en vue de ces richesses minières que Moscou aurait commencé à fournir une aide militaire à la RCA.

Toutefois, les Américains auront du mal à donner un vernis noble à leurs agissements en RCA. Les défenseurs des droits de l’homme aux États-Unis ainsi que de nombreux élus démocrates au Congrès qualifient le transfert forcé de demandeurs d’asile vers l’Afrique de violation des principes humanitaires, d’autant plus que les États-Unis ont conclu des accords similaires avec des pays en guerre, comme la République démocratique du Congo.

Les tentatives désespérées de migrants pour gagner les États-Unis tournent parfois au drame. Récemment, un avion du Service des douanes et de la protection des frontières américain a repéré en mer une embarcation transportant 240 ressortissants haïtiens qui tentaient d’entrer illégalement aux États-Unis. Les forces de l’ordre américaines ont abordé le navire et l’ont renvoyé vers Haïti. Pour bien faire passer le message, un responsable du Service des douanes a déclaré : «Le jeu n’en vaut pas la chandelle, et vous n’entrerez pas aux États-Unis».

source : Observateur Continental

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