Les scientifiques ont découvert une faille qui fait qu’une mince couche d’atomes bidimensionnelle se comporte comme un matériau tridimensionnel solide. De nouvelles recherches ont été effectuées dans le domaine de l’ondulation du graphène, et on permis de découvrir un phénomène physique à l’échelle atomique qui pourrait être exploité pour produire une quantité presque illimitée d’énergie propre.
Dans un premier temps, l’équipe de physiciens, dirigée par des chercheurs de l’Université de l’Arkansas (USA) ne visait pas à découvrir une nouvelle manière d’alimenter les appareils électroniques. Non, leur objectif était bien plus humble : ils souhaitaient simplement observer et étudier les vibrations du graphène.
Ce matériau bidimensionnel cristallin est la forme allotropique du carbone, dont l’empilement constitue le graphite. Le graphite, quant à lui, peut être combiné avec un matériau céramique pour se retrouver dans les crayons par exemple. Il faut savoir que ce que nous voyons comme des traces laissées par le crayon, sont en réalité des tas d’atomes de carbone empilés et disposées selon un motif de « grillage ». Et comme les différents éléments de ce grillage ne sont pas physiquement collés, ils peuvent facilement glisser les uns sur les autres.
Durant des années, les scientifiques se sont demandés s’il était possible d’isoler différentes couches de graphite, laissant une couche unique de ce « grillage » en carbone bidimensionnel (et qu’il se soutienne physiquement lui-même).
En 2004, deux physiciens de l’Université de Manchester (Angleterre) ont réalisé ce qui était considéré comme impossible auparavant, en isolant une couche faisant seulement un atome d’épaisseur, à partir d’un graphite épais. Mais afin que le matériau bidimensionnel puisse exister, il doit « tricher » d’une manière ou d’une autre, et agir comme s’il était un matériau tridimensionnel, afin de fournir un certain niveau de robustesse.
Il se trouve que la « faille » découverte, est en réalité le résultat de la vibration aléatoire des atomes qui se produit dans un mouvement de va-et-vient, donnant à la couche bidimensionnelle de graphène, une troisième dimension pratique. En d’autres termes, ce graphène pouvait physiquement exister car il n’était pas parfaitement plat, mais vibrait à un niveau atomique de telle manière que ses liaisons ne se détruisaient pas spontanément.
Afin de mesurer avec précision l’intensité de cette agitation, le physicien Paul Thibado a dirigé une équipe d’étudiants diplômés lors d’une étude : l’équipe a posé des feuilles de graphène à travers une grille de cuivre (de soutien) et a observé les changements dans les positions des atomes, en utilisant un microscope à effet tunnel. Tandis qu’ils pouvaient enregistrer le balancement des atomes dans le graphène, les chiffres ne correspondaient à aucun modèle attendu. Ils ne pouvaient pas non plus reproduire les données qu’ils collectaient, d’un essai à l’autre.
Le professeur de physique Paul Thibado a conçu de minuscules moteurs alimentés au graphène, pouvant fonctionner à température ambiante. Crédits : Research Frontiers
« Les étudiants ont estimé que nous n’allions pas apprendre quoi que ce soit d’utile. Mais je me demandais si nous ne nous posions pas une question trop simple », explique Thibado, qui a finalement dirigé l’expérience dans une autre direction, ce qui a permis d’analyser les données de manière différente. « Nous avons séparé chaque image en différentes sous-images. Observer les moyennes à grande échelle a en quelques sortes « caché » les différents modèles. Chaque région d’une seule image, une fois considérée au fil du temps, a produit un modèle plus significatif », a ajouté Thibado.
L’équipe a rapidement constaté que les couches de graphène se comportaient de la même manière que le claquement d’un morceau de métal mince tordu par les côtés. Les schémas des petites fluctuations aléatoires se combinant pour former des changements soudains, sont connus sous le nom de processus de Lévy. Bien qu’ils aient été observés dans des systèmes complexes de biologie et de climat, c’était la première fois qu’ils étaient observés à l’échelle atomique.
En mesurant la vitesse et l’échelle de ces ondes de graphène, Thibado a pensé qu’il pourrait être possible de l’utiliser comme une source d’énergie à température ambiante. En effet, tant que la température du graphène permettait aux atomes de se déplacer de cette manière, alors le matériau continuait à onduler et à se courber. Il suffit alors de placer des électrodes de chaque côté des sections de ce graphène pour obtenir une petite tension changeante.
Selon les calculs de Thibado, un unique morceau de graphène faisant dix microns par dix microns, pourrait produire dix microwatts de puissance. Cela peut ne pas sembler très impressionnant, mais étant donné que vous pouvez placer plus de 20’000 de ces carrés rien que sur une tête d’épingle, alors une petite quantité de graphène à température ambiante pourrait très bien alimenter l’équivalent d’une montre-bracelet par exemple, et ce de manière indéfinie. Mieux encore, il pourrait alimenter des bioimplants qui n’auraient alors pas besoin de piles encombrantes.
Bien entendu, ces applications doivent encore être étudiées. Thibado travaille déjà actuellement avec des chercheurs du US Naval Research Laboratory, pour déterminer si le concept pourrait fonctionner.
Pour une molécule dite « impossible » à la base, le graphène a bien gravi les échelons et est devenu un matériau qui a tout simplement bouleversé la physique.
VIDÉO : Explications détaillées concernant la conception de la récolteuse d’énergie vibratoire de Thibado
Juste une réflexion, mes chers cinq lecteurs, sur une information passée inaperçue.
Il me semble que nous sommes passés sur l'information la plus importante de ces derniers temps. Ce ne sont pas les tensions à arrière goût de bombes nucléaires qui se sont instaurés entre les Etats-Unis et la Corée du Nord, ni, non plus la guerre civile qu'entretient la CIA en Syrie, ni, la volonté d'Israël d'expulser tous les palestiniens de leur terre, non plus, la guerre, à la limite de la troisième guerre mondiale que souhaiterait Israël et l'Arabie Saoudite, en attaquant l'Iran pour l'un et en exterminant tous les chiites pour l'autre, ni, la fin des états providences souhaitées par les oligarchies américaines dans l'Union Européenne, non, il ne s'agit pas de tout cela. La nouvelle est plus prosaîque, il s'agit de la saturation des forêts concernant l'absorption du CO2.
Les forêts ne l'absorbent plus, il y en a trop, elles le rejettent.
Cela n'a l'air de rien énoncé en ces termes, mais, il me semble que c'est un tournant majeur, non pas du changement climatique, mais, de l'industrialisation à outrance de nos sociétés.
Car, si, les forêts ne jouent plus leur rôle d'éponge à CO2, elles risquent d'en subir à contrario les effets négatifs dans le sens où elles pourraient dépérir rendant à terme l'air irrespirable.
Le danger étant que ce n'est pas le changement climatique qui risque d'occasionner l'extinction de l'espèce, mais, la modification chimique de l'air que l'on respire avec un phénomène d'asphyxie sur les êtres vivants, nous obligeant à vivre sous des dômes avec de l'air artificiel et une nature qui se sera adaptée, peut-être, mais qui sera devenue nocive pour les être vivants.
Ce phénomène ne sera pas passager, il sera durable et peut-être définitif, si, l'humanité ne réagit pas, c'est-à-dire qu'elle ne remet pas en question rapidement l'exploitation des énergies fossiles et son type de développement industriel.
Nous avons eu les pluies acides, mais, ce phénomène de la saturation par le CO2 va être accru par les rejets de méthane dans l'atmosphère dû, lui, à la fonte du permafrost, donc, au changement climatique et à la mer qui remplit de moins en moins sa fonction d'éponge vis-à-vis du CO2.
Il est encore temps de réagir, car, comme le soulignent un certain nombre d'experts, une fois franchie la ligne rouge, il n'y aura pas de retour en arrière.
rené.
Déforestation : les forêts émettent plus de CO2 qu’elles n’en absorbent
Les "poumons de la planète" étouffent. Au lieu d’absorber les gaz qui réchauffent le climat, les forêts tropicales du monde commencent à les libérer.
La vaste déforestation des régions tropicales a pour conséquence qu'elles émettent davantage de dioxyde de carbone qu'elles n'en capturent, perdant ainsi leur rôle historique de protection naturelle contre le changement climatique, selon une étude publiée jeudi 28 septembre 2017 dans la revue Science. Une grande partie de cette contribution carbone est due à la déforestation, à la conversion des forêts en espaces urbains tels que les fermes ou les routes. Cela dit, près de 70 % proviennent d'une source moins visible : une baisse du nombre de forêts et de la diversité des arbres dans celles qui restent.
Les forêts, une contribution essentielle... à la dégradation peu visible
Les forêts tropicales sont un rempart contre la hausse du dioxyde de carbone dans l'atmosphère. Elles absorbent du carbone et l'entreposent sous forme de tiges, de feuilles et de racines. L'effet de la déforestation est clair : une diminution du nombre d'arbres qui absorbent le CO2.
Mais même des forêts apparemment intactes peuvent être dégradées ou perturbées par l'exploitation sélective, les changements environnementaux, les feux de forêt ou les maladies. « Contrairement à la déforestation, qui est facile à voir dans les images satellites, ces autres types de dégradation peuvent être difficiles à repérer », affirme l'auteur principal de l'étude, Alessandro Baccini, écologiste forestier et spécialiste de la télédétection au Woods Hole Research Centre à Falmouth, Massachusetts. "Même dégradée, la forêt ressemble encore à la forêt – même si elle est moins dense, et que son équilibre est rompu."
La lente érosion d’une fonction essentielle
Baccini et son équipe ont donc étalonné les images satellites des tropiques et créé un algorithme qui compare les parcelles de 500 mètres carrés de chaque image de chaque année de 2003 à 2014 pour calculer les gains et les pertes de densité du carbone.
L'étude a établi que les régions tropicales dégageaient désormais environ 425 téragrammes nets par an dans l'atmosphère (un téragramme représentant un million de tonnes), soit davantage que les émissions de tous les camions et voitures des Etats-Unis en 2015. Environ 60 % de ces émissions de carbone proviennent de l'Amérique tropicale, y compris le bassin amazonien. Les forêts tropicales d'Afrique ont été responsables d'environ 24 % de la perte de carbone, et les forêts asiatiques pour 16 %. "Ces découvertes constituent un signal d'alarme pour le monde entier concernant les forêts", a commenté Alessandro Baccini. "Si nous voulons empêcher la température planétaire d'atteindre des niveaux dangereux, nous devons réduire drastiquement les émissions et augmenter la capacité des forêts à absorber et à emmagasiner le dioxyde de carbone".
SON ALTERNATIVE AU GLYPHOSATE EST BIO... MAIS PAS HOMOLOGUÉE !
Les tests sont concluants, les rapports sont favorables et, pourtant, ça coince. Lumière sur un blocage étonnant qui fait naître des suspicions.
Après des années de recherche et un million d’euros d’investissement, Jacques le Verger, un agronome français, a mis au point une alternative naturelle au glyphosate. Son herbicide, baptisé le Croq’Mousse et composé d’algues marines, serait aussi puissant que les produits Monsanto… mais sans effet néfaste pour l’environnement ! Bonne nouvelle ? Oui, assurément. Le problème, c’est que, malgré les tests réussis et les rapports favorables, il ne parvient pas à faire homologuer son invention. Lumière sur une situation incompréhensible qui arrange bien les multinationales.
Le Croq’Mousse a déjà été testé avec succès en Bretagne, et un laboratoire indépendant (l’Ineris) a même rédigé un rapport sans appel à son sujet. Alors, pourquoi l’Anses (l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail), refuse-t-elle de l’homologuer ? Où est-ce que ça coince ? LCP (La chaîne parlementaire) a voulu en savoir plus et a mené sa petite enquête. Résultat, ce reportage qui vaut le détour… Regardez :
Jacques Le Verger :
« Si le dossier était porté par des multinationales, je pense que ça irait nettement plus rapidement. J’en suis même convaincu. »
On nous rabat les oreilles avec la nécessité absolue de trouver des alternatives au glyphosate et, quand quelqu’un se présente avec une solution sans danger pour l’environnement et (a priori) efficace, rien ne semble être fait pour l’encourager. Au contraire, visiblement, on lui met des bâtons dans les roues. C’est en tout cas ce que laisse entendre ce reportage, et c’est désespérant.
Compte tenu de ce blocage administratif, Jacques le Verger et son entreprise (Osmobio) envisagent désormais de développer l’invention aux États-Unis. Pourvu que l’enquête de LCP fasse bouger les choses avant qu’il ne soit trop tard (trop tard pour Jacques le Verger, trop tard pour la France et, surtout, trop tard pour l’environnement.)
Édifiant…
Une morsure de tique responsable d’allergies inexpliquées
Publié par Le Nouveau Paradigme sur 30 Novembre 2017, 19:32pm
Cela pourrait être encore plus grave que la maladie de Lyme. Aux Etats-Unis, la morsure d’une tique provoque des allergies graves à la viande. Des chercheurs sont parvenus à expliquer le lien entre l’animal et l’allergie.
L’allergie peut dans certains cas conduire à la mort. Lorsqu’une personne est exposée à l’allergène particulier auquel est elle allergique : elle fait de l’anaphylaxie. C’est une réaction grave qui peut provoquer le décès. Baisse de la tension artérielle, bouche et gorge qui gonflent, perte de conscience, les symptômes sont nombreux. Dans 60% des cas, c’est une allergie alimentaire qui provoque la crise. Une étude,publiée dans le journal américain Allergy, montre qu’aux Etats-Unis certains cas de crises inexpliquées pourraient être liée à une allergie à la viande provoquée par la piqûre d’une tique.
Une molécule de viande dans la salive de la tique
Les chercheurs ont étudié 70 patients victimes d’anaphylaxie non expliquée. Six d’entre eux étaient allergiques à une molécule appelée Alpha Gal. On la trouve dans la viande, et chez les tiques « lone star », étoile solitaire en français. Lorsque l’humain est piqué par la tique, son système immunitaire se mobilise pour lutter contre la tique. Or la salive de l’insecte est mélangée à cette molécule (la tique la conserve dans sa salive après avoir piqué un autre mammifère), les anticorps luttent donc la tique et la molécule en même temps. C’est pour cette raison que dès que la personneingère de la viande par la suite, elle présente une réaction allergique. Le temps de réaction de l’organisme dans ce cas est d’environ trois heures, ce qui parfois peut ralentir le diagnostic de l’allergie.
Pour les chercheurs, il faut désormais comprendre pourquoi certaines personnes sont plus susceptibles d’être allergiques que d’autres après une morsure.
Un accident inédit révèle de graves dysfonctionnements en matière de sûreté nucléaire en France
Publié par Le Nouveau Paradigme sur 1 Décembre 2017, 10:09am
En mars 2016, lors d’une opération de remplacement, un générateur de vapeur de 465 tonnes chute en plein cœur de la centrale nucléaire de Paluel, en Normandie. Un accident grave et inédit, qui par miracle ne cause ni blessé grave ni contamination radioactive. Depuis, des experts ont enquêté sur les causes de l’accident. Consulté par Bastamag, leur rapport, dont les conclusions seront résumées aux salariés ce 1er décembre, révèle des dysfonctionnements majeurs dans la préparation et la surveillance du chantier, en grande partie liés au recours massif à la sous-traitance. Des failles inquiétantes, alors que les chantiers de rénovation des centrales vont se multiplier.
Le 31 mars 2016, aux alentours de 13 heures, un vacarme assourdissant retentit à l’intérieur de la tranche 2 de la centrale nucléaire de Paluel, située en Normandie, entre Dieppe et Le Havre.« Nous n’avions jamais entendu ça, rapportent des salariés présents ce jour là.On a senti une forte secousse. C’était impressionnant. »Après quelques instants de confusion, ils finissent par comprendre que le générateur de vapeur, qui est en train d’être retiré du bâtiment réacteur et remplacé par un neuf, vient de s’effondrer. Ce cylindre en acier de 22 mètres – l’équivalent de deux autobus alignés – pèse 465 tonnes.
Situé à l’intérieur même de l’enceinte de confinement du bâtiment qui abrite le réacteur nucléaire, le générateur de vapeur est un équipement essentiel au fonctionnement d’une centrale. Il récupère la chaleur du « circuit d’eau primaire », l’eau qui est réchauffée par le combustible nucléaire, pour la transmettre au « circuit secondaire », où l’eau transformée en vapeur est destinée à faire tourner les turbines qui produisent l’électricité.
Comment celui de Paluel a-t-il pu s’effondrer, mettant en péril la vie des travailleurs présents, endommageant les plateaux de protection de la « piscine » où le combustible nucléaire refroidit – piscine qui heureusement était vide à ce moment-là –, risquant de se fissurer et de laisser échapper la radioactivité accumulée ?« La sûreté de l’installation est restée assurée »déclare le lendemain l’Autorité de sûreté nucléaire, aucune contamination radioactive n’ayant découlé de l’accident [1]. Nous avons pu consulter en exclusivité l’expertise indépendante diligentée à la demande des salariés suite à cet accident. Elle a été réalisée par un cabinet indépendant, l’Aptéis, à la demande du Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) qui la présente ce 1er décembre aux salariés d’EDF. Ses conclusions interrogent : la sûreté du nucléaire français est en jeu.
Un accident grave évité grâce à « une chance extraordinaire »
Ces générateurs de vapeur ont le même âge que les centrales, dont la majorité approche désormais les quarante ans de service. Leur remplacement fait partie du « grand carénage » : un programme de rénovation industrielle destiné à prolonger la durée de fonctionnement des centrales et à améliorer leur sécurité depuis la catastrophe de Fukushima, au Japon. Pour remplacer un générateur de vapeur (GV), il faut le dessouder, le hisser, le déplacer – on parle de « translation » – puis le coucher sur un chariot qui l’emmène ensuite hors du bâtiment réacteur.
Ces opérations sont réalisées grâce à un engin conçu spécialement, installé au sein des bâtiments réacteur avant le début du chantier : il s’agit d’un palonnier, une solide poutre d’acier horizontale, percée d’un trou par lequel passent un ensemble de câbles censés retenir l’énorme générateur. À Paluel, c’est au cours de la délicate opération de couchage que le système a lâché [2].
Entraînant le palonnier dans sa chute, le générateur a atterri à cheval sur la dalle en béton et sur les plaques d’acier protégeant la piscine du bâtiment réacteur. « Par une chance extraordinaire, il n’y a eu aucun blessé grave, s’étonne encore un salarié [3].Les dégâts, bien qu’importants, n’ont pas entraîné de dommages irréversibles. »Le générateur aurait pu écraser quelqu’un, neuf personnes étant alors présentes sur le site : quatre employés d’Areva et cinq de Bouygues, l’un des sous-traitants, mais aucune d’EDF. La pièce de 465 tonnes aurait pu aussi tomber au fond de la piscine, ou se fendre. Une fissure aurait eu des conséquences dramatiques, laissant s’échapper la radioactivité accumulée à l’intérieur du générateur, l’eau y circulant ayant été en contact avec l’uranium. Des drones ont d’ailleurs été envoyés dans le bâtiment réacteur les jours suivant l’accident, pour s’assurer qu’aucune radiation ne s’échappait.
70 entreprises sous-traitantes pour un seul chantier
Comment un tel accident, qui laisse de vieux baroudeurs du nucléaire encore incrédules, a-t-il pu se produire ?« Les préconisations essentielles du levage n’ont tout simplement pas été respectées », résume un salarié. Tel qu’il a été conçu, le système d’accroche du palonnier ne pouvait pas résister aux forces exercées. Difficile d’imaginer comment une erreur aussi élémentaire a pu passer à travers les différents niveaux de contrôle. Le rapport des experts du cabinet Aptéis, mandatés par le CHSCT, lève le voile sur cette question : le recours à la sous-traitance serait directement responsable du fait qu’un équipement défectueux ait pu être conçu, puis utilisé sans que les diverses alertes émises avant l’accident ne soient prises en compte.
Pilotées par la Division de l’ingénierie du parc, de la déconstruction et de l’environnement d’EDF (DIPDE), les opérations de changement des générateurs de vapeur usagés sont entièrement réalisées par des prestataires extérieurs. Ceux-ci sont réunis et se coordonnent au sein d’un groupement d’entreprises [4]. Celui qui opérait à Paluel était emmené par Areva Nuclear Power, avec Eiffage Construction Métallique (BTP), Kaefer Wanner (isolation industrielle) et Orys (sous-traitance). Les employés de Bouygues présents intervenaient comme sous-traitant d’Areva.
« Ces délais poussent les gens à faire des conneries »
Ces quatre entreprises ont elles-mêmes fait appel à environ 70 sous-traitants. Ajoutés aux entités EDF mobilisées, cela a rendu très complexe la circulation d’informations. Cette profusion d’acteurs, dont les rôles étaient parfois mal compris par les autres, aurait ainsi créé un climat de confusion, tout en diluant les responsabilités.« C’est tellement compliqué, que l’on ne sait plus qui fait quoi », illustre ainsi un salarié.
Comment peut-on se passer efficacement des informations dans ces conditions ? D’autant que tout le monde est prié d’aller vite pour respecter les délais irréalistes qui sont imposés.« Dans le nucléaire, pour calculer la durée des chantiers, la direction dit : sans aléas, on peut le faire en tant de jours, explique un agent EDF.Et c’est ce temps là qui est retenu, et que tout le monde s’efforce de respecter. Le problème, c’est que ces délais sont complètement en dehors de la réalité. Il y a toujours des aléas, surtout pour un chantier comme celui du remplacement du GV de Paluel qui constitue une tête de série. »Jamais, auparavant, un générateur d’un réacteur aussi puissant (1300 MW) n’avait été remplacé par EDF [5]. Pourtant le caractère inédit du chantier n’a, à aucun moment, été pris en compte.« Ces délais, reprend un salarié de Paluel,poussent les gens à faire des conneries, c’est évident. En plus, si on ne les respecte pas, on est montré du doigt comme celui qui a retardé le chantier. »
Des alertes ignorées
L’accident s’est déroulé lors de la dépose du troisième générateur sur les quatre que compte la tranche 2 de la centrale [6]. À l’intérieur du bâtiment, on avait bien remarqué, au cours du hissage des deux premiers générateurs que le palonnier tanguait dangereusement. L’information avait d’ailleurs circulé au sein de la centrale plusieurs jours avant l’accident, y compris entre des salariés non concernés par le chantier.« On a vraiment insisté sur le fait que le palonnier était tordu. On a remonté l’information », ont confié des salariés aux experts. Dans leur rapport, ces derniers précisent :« Plusieurs de nos interlocuteurs ont en outre laissé entendre que l’information n’était pas seulement remontée aux encadrants de l’équipe de remplacement du GV, mais bien également à la direction du projet à Marseille ainsi qu’à celle de la DIPDE. »
Les ingénieurs qui pilotent l’opération sont donc censés être au courant des premiers signes de défaillances. Au moment de ces diverses alertes, une réunion se tient au sein de la centrale.« On le sait parce que des salariés nous l’ont rapporté,raconte Thierry Raymond, animateur du collectif nucléaire au sein de la Fédération nationale des mines et de l’énergie de la CGT (FNME).Mais nous n’en avons aucune trace écrite. On ne sait pas qui était là, ni ce qui s’y est dit. »
Seule certitude : le chantier s’est poursuivi, comme si de rien n’était, jusqu’à ce que le tout s’écroule.« Tout ça, nous le savions, soupire un salarié de Paluel.Mais ce que l’on a découvert avec cette étude, c’est que des gens de la DIPDE savaient avant l’ouverture du chantier qu’il y avait un problème de conception, et que rien n’a été fait ! »Pour Aptéis, la masse de travail des ingénieurs EDF est en cause, de même que l’obligation, là encore, de faire les choses « au plus vite ».
Une chaîne de contrôle défaillante à plusieurs niveaux
« Ils ont trop de dossiers à contrôler en même temps, c’est évident, estime un agent EDF.C’est impossible pour eux d’assurer un suivi sérieux. Ils peuvent signaler quelque chose de tout à fait incroyable, sans qu’il n’y ait de conséquences derrière. »La tâche de surveillance des ingénieurs EDF est d’autant plus ardue qu’elle dépend des informations que les prestataires veulent bien donner. Dans le dossier Paluel, il y a une entorse manifeste à cette obligation de transmission d’information : Areva n’a signalé que tardivement le fait que la conception du palonnier différait de ceux qui avaient été fabriqués jusque-là par EDF. Or, cette différence de conception aurait dû impliquer une surveillance renforcée de la part des ingénieurs d’EDF.
Ceux-ci n’ont pu constater ces problèmes que fin 2014, une fois le palonnier déjà fabriqué par Areva et livré à la centrale de Paluel, cinq mois avant le début des opérations.« C’était tellement avancé qu’on pouvait difficilement arrêter,commente Thierry Raymond de la CGT.Il aurait fallu que quelqu’un ose prendre cette décision, avec le risque de faire stopper le chantier pour rien, et celui de voir sa carrière brisée. »Contactée par Basta ! l’entreprise Areva a répondu avoir analysé en profondeur les causes de l’accident de manutention, en coordination avec son client, EDF. Elle n’a pas souhaité en dire plus.
Du côté de la centrale de Paluel, où le service de communication n’a pas de commentaires à faire sur l’expertise, on assure que des leçons ont été tirées de l’accident.« Les équipes en charge du levage des GV ont été formées, l’ensemble de la chaîne de levage a été équipée de dispositifs de contrôle, le chantier est suivi pas à pas, et les données remontées très régulièrement. »« La direction a mis le paquet, concède un syndicaliste.La DIPDE a repris en main la conception, elle a été très présente. La surveillance était si serrée que le second palonnier qui a été construit n’a pas été validé, des soudures défectueuses ayant été détectées. »Pour la construction du troisième palonnier, les soudures ont été vérifiées à chaque phase de fabrication. Mais rien ne dit que cette procédure sera mise en œuvre sur les autres changements de générateur du parc nucléaire.
« On s’inquiéterait trop facilement. On serait "catastrophistes" »
« Le rapport met aussi en cause une partie de notre organisation, en l’occurrence celle qui concerne la surveillance des chantiers », ajoute un agent EDF. Ces quinze dernières années, en même temps que la masse d’activités sous-traitées a augmenté, le personnel interne à EDF s’est beaucoup renouvelé. La plupart de ceux qui ont connu la grande époque des constructions de centrales sont partis. Ceux qui arrivent au service ingénierie, un BTS en poche, se retrouvent très rapidement à surveiller des chantiers sur des installations qu’ils n’ont pas construites eux mêmes. Il est donc difficile pour eux d’évaluer les risques réels.
« Pour nous, tranche un agent de l’ancienne génération,il est impossible de contrôler correctement quelque chose que l’on n’est pas capable de réaliser soi-même. Ce principe nous oppose à la direction depuis très longtemps. Si les personnes qui ont surveillé le chantier du GV à Paluel avaient eu des compétences en levage, elles auraient aussitôt signalé qu’il y avait un problème susceptible d’avoir de graves conséquences. »Car surveiller ne signifie pas se contenter de valider« le respect de procédures normées »,« sans avoir à comprendre ou à entrer dans la réalité des activités réalisées », rappellent les experts de l’Aptéis.
Pire : les compétences détenues par les personnels d’EDF sont ignorées. C’est ainsi que le service levage de la centrale de Paluel, qui compte des techniciens aguerris, n’a pas été sollicité une seule fois pour le chantier de remplacement du générateur.« Le principe de la sous-traitance, c’est qu’ils se débrouillent, sans que l’on intervienne en quoi que ce soit. Même si on sait le faire », grince un agent EDF. Les lanceurs d’alerte internes ne sont pas les bienvenus.« Ils essaient de nous faire passer pour des gens qui se posent trop de questions. On s’inquiéterait trop facilement. On serait "catastrophistes". »Se poser des questions au sein d’une centrale nucléaire, quoi de plus normal...
« On arrive aux limites de la sous-traitance »
La direction de Paluel aurait pourtant eu intérêt à prendre en compte les remarques de ses salariés.« Nous n’avons eu de cesse de leur dire que ce qu’ils faisaient était dangereux,remarque un syndicaliste.On avait même évoqué la chute d’un générateur de vapeur. »Les salariés de la centrale ont également, à plusieurs reprises, pointé du doigt le sous-traitant en charge de la manutention du palonnier défectueux, Orys. Selon le témoignage d’un des employés du sous-traitant, Orys aurait laissé entrer et travailler dans la centrale un soudeur qui n’en était pas un, avec de fausses habilitations ; un palonnier extérieur aurait été entreposé à l’air libre, rouillant à cause de la proximité de la mer ; enfin, le circuit de refroidissement de secours situé au cœur du bâtiment réacteur aurait été endommagé lors d’une intervention.
La situation était si critique que des représentants CGT sont allés demander au directeur national en charge des prestataires de retirer l’entreprise de la liste des sous-traitants qualifiés pour intervenir en centrale nucléaire.« On outrepasse notre représentation syndicale quand on fait ce genre de chose. C’est vraiment extrêmement rare », souligne Thierry Raymond. La société Orys a pourtant été récompensée par EDF, trois mois après l’accident, pour sa« bonne prise en compte de la sécurité et [sa] contribution à la prévention des risque »sur un autre chantier, dans la centrale nucléaire du Tricastin [7].
La poursuite du « grand carénage » en question
« De plus, il est très délicat pour nous de faire remonter ce que nous disent certains salariés sous-traitants sans qu’ils soient identifiés,ajoute Thierry Raymond.C’est très important de les couvrir parce qu’ils ne sont pas protégés. »« Le collègue de chez Orys, qui nous a parlé, a été assigné au ménage pendant plusieurs semaines, avant de quitter l’entreprise via une rupture conventionnelle », rapporte-t-on au sein de la centrale de Paluel.« Avec la chute du générateur, on arrive aux limites de la sous-traitance à tout va, juge Thierry Raymond.Mais on continue quand même. »
À Paluel, le générateur de vapeur a finalement été sorti du bâtiment réacteur par un sous-traitant néerlandais qui avait postulé, sans succès, pour assurer le chantier de remplacement initial .« Sans doute était-il trop cher », soufflent des salariés. Mais, entre le coût d’une centrale à l’arrêt – un million d’euros par jour – et les surcoûts d’études, de conception, de construction et de manutention d’un matériel de levage adéquat, le chantier de la tranche 2 de Paluel a dépassé le milliard d’euros. Sans oublier les risques encourus par les salariés, sauvés par une « chance extraordinaire » pas vraiment synonyme de « sûreté nucléaire ». A l’heure où l’allongement de la durée de fonctionnement des centrales au-delà des 40 ans se pose, le « grand carénage » commence mal. Étrangement, l’Autorité de sûreté du nucléaire n’a pas souhaité répondre à l’expertise ni écouter sa restitution alors qu’elle est censée rendre son avis sur le prolongement de l’activité des centrales. Ce qui est peu rassurant.
Partager la publication "Les BRICS vont créer leur propre Internet"
611
0
Total : 611
Les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) vont se doter de leur propre gouvernance Internet afin d’échapper au contrôle des États-Unis.
Jusqu’ici l’Internet est gouverné par l’ICANN (Internet Corporation for Assigned Names and Numbers), une association para-administrative du département du Commerce des États-Unis.
La nouvelle gouvernance d’Internet est une proposition du Conseil de sécurité nationale russe. On ignore comment elle s’articulera au système de DNS alternatif déjà en vigueur en Chine. Si ce système est étendu, les États-Unis perdront le contrôle des télécommunications mondiales. On assistera à une division de l’Internet en deux, les sites ne pouvant être accessibles à tous quelle que soit la localisation des internautes qu’à la condition d’une inscription dans chacun des deux systèmes.