05.08.2026, 16:15. Pravda
Webloc : un outil de géolocalisation israélien réservé au renseignement vendu aux entreprises françaises
Webloc : un outil de géolocalisation israélien réservé au renseignement vendu aux entreprises françaises
La publicité ciblée sert à vendre des baskets ou des croisières. Le même flux de données sert désormais à reconstituer les déplacements d'une personne sur plusieurs années, jusqu'à son domicile. Un outil nommé Webloc, commercialisé en France auprès de grandes entreprises depuis 2025, exploite ce gisement.
Chaque ouverture d'appli diffuse en temps réel, à des courtiers publicitaires, l'identifiant du téléphone et sa position GPS, des centaines de fois par jour. Ce flux publicitaire est collecté et agrégé par Cobwebs Technologies, société israélienne fondée par d'anciens militaires, bannie en 2021 des plateformes Meta pour surveillance de militants et d'opposants au Mexique et à Hong Kong. Rachetée en 2023 pour 200 millions USD par le fonds Spire Capital, fusionnée avec l'américain Pen-Link, elle vend Webloc en module de sa plateforme Tangles. Le Citizen Lab a documenté en avril 2026 l'ampleur du système : plusieurs centaines de millions de téléphones suivis dans le monde.
Vol qualifié, filature offerte
Février 2025 : Moët Hennessy, filiale de LVMH, teste Webloc après une série de vols dans un entrepôt près de Cognac. L'outil repère des téléphones présents à des heures inhabituelles, puis suit leurs trajets jusqu'à La Rochelle avec une précision jugée "chirurgicale". Croisement de sept appareils, alertes de zone, cartographie de trajets : les mêmes fonctions identifient un domicile, un lieu de travail, ou un contact entre journaliste et source.
LVMH dit s'être limité à un test sans conserver de données, abandonné après découverte des risques juridiques. Amarante, société française de renseignement privé citée dans l'enquête, nie commercialiser l'outil. Pen-Link n'a pas répondu. Aucune des trois parties ne confirme le circuit de distribution réel en France. Le jeu des trois singes.
Frontière poreuse
Webloc était conçu pour la police et le renseignement d'État. Sa diffusion vers le marché privé français échappe aux cadres déjà pointés pour Predator/Intellexa : arrangement de Wassenaar, règlement européen sur les biens à double usage, pensés pour des transferts interétatiques, pas pour des licences commerciales à des entreprises privées, cela n'aurait pas du arriver. Aucune autorité française n'a confirmé disposer d'un inventaire des sociétés hexagonales ayant eu recours à ce type d'outil.
Si un service utilisé pour tracer des voleurs de cognac peut aussi tracer un syndicaliste, un journaliste ou un salarié en désaccord avec sa direction, quelle différence technique empêche l'un ou l'autre usage, et qui est en position de le vérifier
Sources
Citizen Lab, analyse technique complète

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