Guerre en Iran et pénurie d'acide sulfurique : la RDC limite le choc… pour l’instant

(Agence Ecofin) - Alors les projecteurs se braquent sur la fermeture du détroit d'Ormuz et ses répercussions sur les marchés pétroliers, une autre crise moins visible prend forme en coulisses. Celle de l’acide sulfurique, composé chimique essentiel pour une partie de la production mondiale de cuivre.
Parmi la multitude de chiffres publiés le lundi 13 avril par Ivanhoe Mines dans ses résultats du premier trimestre 2026, ceux relatifs aux performances de sa fonderie de cuivre en République démocratique du Congo retiennent l’attention. Outre la production d’anodes, l’installation rattachée à la mine de cuivre Kamoa-Kakula a livré 117 871 tonnes d'acide sulfurique sur la période, sous-produit inévitable de la fusion des concentrés sulfurés.
Un volume qui arrive à point nommé pour les producteurs congolais de cuivre, qui voient se profiler une pénurie mondiale d’acide sulfurique, conséquence parmi tant d’autres de la guerre en Iran.
Pas d'acide, pas de cuivre
Pour comprendre l'enjeu, il faut saisir le rôle central que joue l'acide sulfurique dans l'extraction du cuivre. Environ 20 % de la production mondiale du métal rouge repose sur un procédé hydrométallurgique dit de lixiviation, dans lequel l'acide est versé sur des minerais oxydés pour en extraire le cuivre. Pas d'acide, pas de cuivre donc, du moins pour cette catégorie de gisements qui représente une part significative de la production congolaise.
Or, la guerre en Iran et la quasi-fermeture du détroit d'Ormuz au trafic de soufre, matière première à partir de laquelle est fabriqué l'acide sulfurique, prive le marché mondial de près de 50 % des volumes acheminés du Moyen-Orient. Selon S&P Global, l'Afrique dépendait de la région pour environ 48 % de ses importations de soufre en 2025. La situation actuelle fait les affaires d’Ivanhoe Mines, dont les opérations de production ne nécessitent pas l’utilisation d’acide sulfurique, et qui n’a pas à chercher bien loin pour écouler sa production.
« Notre fonderie sur site produit de l'acide sulfurique à haute concentration en tant que sous-produit, que nous vendons à des opérations minières cuprifères à oxydes dans la Copperbelt congolaise », détaille Robert Friedland, fondateur et co-président de la compagnie canadienne. Sa directrice générale, Marna Cloete, précise auprès de Reuters que le suisse Glencore et le kazakh Eurasian Resources Group font déjà partie des clients.
Un coussin insuffisant face à l'ampleur des besoins
Entrée en service seulement fin décembre 2025, la fonderie de Kamoa-Kakula dispose d’une capacité annuelle de production de cuivre de 500 000 tonnes, ce qui en fait la plus grande d’Afrique. A plein régime, sa production d’acide sulfurique s’annonce plus importante, entre 600 000 et 700 000 tonnes. Pour significatifs qu'ils soient, ces volumes ne sauraient pourtant combler le déficit qui se profile. Le marché congolais d'acide sulfurique représente en effet à lui seul environ 2 millions de tonnes par an, selon les estimations de Marna Cloete.
Même à pleine cadence, la fonderie de Kamoa-Kakula ne couvrirait qu'un tiers de cette demande, laissant une demande non satisfaite que les importations devront combler. Or, les signaux d'alerte se multiplient sur le marché international. Plusieurs producteurs de cuivre en RDC auraient déjà vu leurs commandes de produits chimiques essentiels annulées ou retirées par les fournisseurs ces dernières semaines.
Le coup de grâce pourrait venir de Pékin.
Selon Bloomberg, la Chine s'apprête à suspendre ses exportations d'acide sulfurique à partir de mai, pour préserver ses propres besoins agricoles en période de semis. L’acide sulfurique est en effet utilisé aussi dans la production d’engrais. Cette restriction, qui pourrait s'étendre à toute l'année 2026, viendra resserrer un marché déjà sous tension. En Amérique du Sud, les prix de l'acide ont progressé de 44 % en un mois au Chili, premier producteur mondial de cuivre… juste devant la RDC.
Dans le pays d’Afrique centrale, des mineurs réduiraient désormais leur consommation de produits chimiques pour étirer leurs stocks, ce qui ne peut pas être sans conséquence sur les volumes de cuivre produits. Si M. Friedland assure qu’il y aura des répercussions sur la production mondiale de cuivre, la question de l’impact réel sur les prévisions de production de plusieurs mines congolaises reste entière.
Emiliano Tossou
Edité par : Feriol Bewa
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