lundi 20 avril 2026

 


Un peu de tourisme autour de Dimona (1957-2026) (israël)

par Entre la plume et l’enclume

•  En 1986, l’ingénieur israélien Mordechai Vanunu révélait l’étendue du site de recherches nucléaires secret, en Israël, à Dimona, dans le désert du Néguev. Nous republions ici le rapport qui fit le tour du monde (Dossier Nogtes et Documents PERIODIQUE BIMENSUEL 120 FB-23 FF – 7 FS ISSN 0772-3172 :

•  Dans le Sunday Times des 5 et 12 octobre 1986 paraissaient pour la première fois les révélations de l’ingénieur israélien Mordechai Vanunu au sujet du complexe nucléaire de Dimona. C’est dans ce complexe de plusieurs étages souterrains qu’Israël aurait produit une centaine d’ogives nucléaires et peut-être thermonucléaires. Dossier réalisé par Brigitte Vadé et André Dumoulin.

•  Interrogé par le Sunday Times, Francis Perrin, l’ancien chef du programme d’armement nucléaire français a admis que le gouvernement français avait fourni en secret à Israël la technologie de la bombe nucléaire. Ceci entre en contradiction avec les démentis officiels répétés pendant 30 ans par Paris et Tel-Aviv.

•  Perrin a également révélé que pendant deux ans, à la fin des années cinquante, la France et Israël avaient effectivement travaillé en étroite collaboration…

•  Israël s’est toujours refusé à confirmer ou nier qu’il possédait des armes nucléaires, mais a souvent répété qu’«Israël ne sera pas le premier à déployer les armes nucléaires au Moven-Orient».

•  Perrin a déclaré qu’à l’époque, il avait compris qu’Israël avait informé le gouvernement américain qu’il était en train de mettre au point la bombe. La France est aussi demeurée silencieuse du fait que de Gaulle insistait sur le fait que la France avait construit pour Israël un réacteur civil à des fins pacifiques à Dimona, mais n’avait jamais construit une usine «de laquelle des bombes atomiques pourraient sortir un jour».

Cependant, le Professeur Perrin, Haut-Commissaire français à l’énergie atomique de 1951 à 1970, aujourd’hui âgé de 85 ans, se rappelle comment la France signa le contrat de construction de Dimona comprenant l’installation souterraine secrète de production de plutonium destinée aux ogives nucléaires israéliennes.

«En 1957, nous acceptâmes de construire un réacteur et une installation chimique de production du plutonium. Nous voulions aider Israël. Nous savions que le plutonium pouvait servir à la fabrication d’une bombe mais nous avons aussi considéré le fait qu’il pouvait être utilisé à des fin pacifiques».

«Cela resta secret à cause des Américains. Nous avions un accord avec eux selon lequel des scientifiques français associés au travail sur les armes nucléaires au Canada pendant la seconde guerre mondiale, pourraient rentrer en France et utiliser leurs connaissances uniquement à condition de les garder secrètes. Nous avons estimé pouvoir donner les secrets à Israël à condition qu’ils les gardent pour eux».

Lors d’une réunion en 1959, Perrin et De Gaulle tombèrent d’accord sur le fait que la coopération sur les armes nucléaires, qui avait commencé en 1957, devait cesser. Mais Perrin a dit que de Gaulle ne mit pas fin à la construction de l’usine de plutonium. Il déclara à l’équipe d’Insight : «C’était mon idée que nous ne devions pas aider Israël à faire des armes. On considérait que les militaires français commençaient à travailler trop étroitement avec Israël. Le général de Gaulle mit fin à la collaboration sur l’armement nucléaire en 1959, bien qu’il acceptât de fournir l’usine de plutonium du fait que nous avions un accord réciproque ; et nous pensâmes qu’il serait bon pour la France d’avoir cette possibilité de travailler avec Israël».

«Nous pensions que la bombe israélienne était destinée aux Américains, non pas pour la lâcher sur les États-Unis, mais pour dire : «si vous ne voulez pas nous aider dans une situation critique, nous exigerons votre aide, autrement nous utiliserons nos bombes atomiques».

•  Selon lui, l’usine de plutonium de Dimona est semblable à la première usine française de plutonium à Marcoule dans la basse vallée du Rhône.

•  Vanunu purgea pour cela 18 ans de prison, à défaut d’y laisser sa vie (attentat attesté, mais raté).

•  En 2004, Israël Shamir, autre lanceur d’alerte israélien, lui rend hommage, sur un plan de fraternité chrétienne (tous deux convertis), voir https://plumenclume.com/2026/04/05/vanunu-le-lanceur-dalerte-par-israel-shamir-et-nous/.

•  En juin 2025, Israël fait craindre une attaque contre la centrale de Bushehr, en Iran https://www.trtworld.com/article/a606dab710a1

•  En mars 2026, un missile iranien frappe Dimona, en riposte à l’attaque israélienne sur la centrale de Natanz. Vidéo Dimona Times of India

•  Le 9 mars 2026, annonce d’un raid : Iran : les États-Unis envisagent un commando pour récupérer l’uranium enrichi enfoui à Ispahan – TV5MONDE – Informations

•  Le 22 mars 2026, les villes de Dimona et Arad sont bombardées par l’Iran, bilan 200 blessés : VIDÉO. Israël : 200 blessés par des frappes iraniennes – TV5MONDE – Informations

«Selon des informations relayées par plusieurs sources, une attaque par missiles attribuée à l’Iran aurait visé la zone de Dimona en Israël, provoquant des dégâts matériels et plusieurs dizaines de blessés selon des bilans encore provisoires.

Dimona est notamment connue pour abriter le centre de recherche nucléaire du Néguev (Shimon Peres Negev Nuclear Research Center), une installation stratégique située dans le désert du Néguev, à proximité de la ville, et considérée comme l’un des piliers du programme nucléaire israélien. Mis en service au début des années 1960, ce complexe est entouré d’un haut niveau de confidentialité et est associé à des activités de recherche ainsi qu’à la production de matières nucléaires, bien que les autorités israéliennes maintiennent une politique de “flou stratégique” concernant son rôle exact.

Dans ce contexte, Dimona représente un site hautement sensible, dont la proximité avec des infrastructures nucléaires en fait un point particulièrement scruté en cas de tensions régionales. Les informations disponibles restent toutefois fragmentaires et non définitivement confirmées, tandis que la situation continue d’évoluer rapidement, suscitant une vive inquiétude au niveau international quant à une possible escalade du conflit». https://directinfo.webmanagercenter.com/2026/03/21/urgent-dimona-site-nucleaire-israelien-touche-par-une-attaque-de-missiles-iraniens/

•  Le 3 avril 2026, ratage complet de l’opération annoncée de pillage des réserves d’uranium enrichi iranien, à Ispahan.

•  Le 4 avril 2026, plainte de l’Iran après les bombardements de centrales nucléaires, par Seyed Abbas Araghchi ? Réseau Voltaire | Téhéran (Iran) https://www.voltairenet.org/article224240.html

•  Calendrier 2026 des opérations contre les installations nucléaires iraniennes, extrait de l’article ci-dessus : Il est troublant de constater que, depuis le début de cette guerre criminelle le 28 février 2026, les agresseurs ont mené les attaques ci-après contre les installations nucléaires pacifiques de l’Iran, sans que les instances internationales compétentes n’émettent la moindre condamnation explicite :

– le 1er mars, l’installation nucléaire de Natanz a été attaquée à deux reprises ;

– le 17 mars, un bâtiment situé à seulement 350 mètres de la centrale nucléaire de Bouchehr, qui est en activité, a été attaqué ;

– le 21 mars, plusieurs sites de la centrale nucléaire de Natanz ont été bombardés ;

– le 24 mars, un projectile a frappé le périmètre général du site de la centrale nucléaire de Bouchehr ;

– le 27 mars, le site de la centrale nucléaire de Bouchehr a été attaqué pour la troisième fois ;

– le 27 mars, l’usine de production d’eau lourde de Khondab-Arak a été attaquée ;

– le 27 mars, le site de traitement de l’uranium d’Ardakan-Yazd a été bombardé.

Références, voir aussi

•  https://fr.wikipedia.org/wiki/Programme_nucl%C3%A9aire_isra%C3%A9lien (1921-2018)
•  Atomic Power to Israel’s rescue : French Israeli nuclear cooperation (pdf) https://www.jstor.org/stable/30246784 
•  Israël et la bombe, par Avner Cohen, L’histoire du nucléaire iranien https://www.editionsdemilune.com/collection-resistances/21-israel-et-la-bombe.html

source : Entre la plume et l’enclume

Maria Poumier

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