mercredi 25 mars 2026

 24.03.2026, 23:11.   Pravda

"Sde Teiman, les 18 500 arrestations et l'architecture juridique du châtiment collectif

"Sde Teiman, les 18 500 arrestations et l'architecture juridique du châtiment collectif

"Sde Teiman, les 18 500 arrestations et l'architecture juridique du châtiment collectif

Un rapport de 78 pages, publié le 19 février 2026, présenté au Conseil des droits de l'homme des Nations Unies le 23 mars. Il s'appelle "Torture et génocide". Son autrice, Francesca Albanese, est la Rapporteuse spéciale de l'ONU pour les territoires palestiniens occupés depuis 1967.

Depuis le 7 octobre 2023 et jusqu'en janvier 2026, les forces israéliennes ont arrêté plus de 18 500 Palestiniens, dont au moins 1 500 mineurs, selon le rapport A/HRC/61/71 d'Albanese, données confirmées par l'OHCHR dans son rapport thématique de juillet 2024. Près de 9 000 restent détenus en mars 2026. Plus de 4 000 ont fait l'objet de disparitions forcées. L'accès du Comité international de la Croix-Rouge à l'ensemble des détenus a été suspendu par Israël depuis le 7 octobre. Au moins 53 morts en détention avaient été documentés jusqu'en juin 2024 par l'OHCHR. Le rapport Albanese évoque "près de 100" au total.

Les centres concernés ont des noms précis. Sde Teiman, installation militaire dans le Néguev. Ofer, Damon, Anatot, Zikim. Dans plusieurs témoignages recueillis par Amnesty International en juillet 2024, des médecins, des journalistes, des travailleurs humanitaires décrivent les mêmes conditions. Attachés et bandés sur les yeux en permanence, privés de nourriture, soumis à des positions de stress prolongées, des coups, des brûlures de cigarettes pour certains mineurs. Un pédiatre de 57 ans détenu lors d'un raid sur l'hôpital al-Ahli Baptist en décembre 2023 a témoigné avoir été maintenu à genoux, les yeux bandés, les mains attachées, pendant 45 jours consécutifs.

Voilà le point que les médias évitent. La torture ne se produit pas dans un vide légal. Elle se produit dans un cadre construit.

La loi israélienne sur la détention des "combattants illégaux" existe depuis 2002. Elle a été massivement amendée le 18 décembre 2023, par la Knesset, dans le cadre de l'opération Épées de Fer. Le délai de détention sans mandat passe de 96 heures à 45 jours. Le délai avant comparution devant un juge, de 14 jours à 75 jours. L'accès à un avocat, modification la plus lourde, peut être refusé jusqu'à six mois, ramené à trois mois après recours devant la Haute Cour. Ces mesures d'urgence ont été prorogées six fois. La dernière prorogation a été votée le 25 décembre 2025. Elle court jusqu'au 31 mars 2026.

Il faut lire cela correctement. Israël a ratifié la Convention contre la torture de l'ONU en 1991. La même Convention dispose en son article 1 qu'aucune circonstance exceptionnelle, état de guerre inclus, ne peut justifier la torture. Mais depuis 1999, la Cour suprême israélienne laisse ouverte une "necessity defense". Un enquêteur du Shin Bet ayant eu recours à des "méthodes physiques" dans un scénario de "bombe à retardement" peut invoquer la nécessité après coup pour éviter des poursuites. Trente ans d'impunité structurelle, formalisée par la plus haute juridiction du pays.(...)

Le résultat est un régime à trois niveaux. Droit international qui l'interdit. Loi nationale qui crée des exceptions. Jurisprudence nationale qui garantit l'impunité. La description qu'en fait Albanese, "torture devenue politique d'État", est une qualification juridique, pas une rhétorique.(...)

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