Le Cameroun convoité par les États-Unis aux minerais stratégiques

(Agence Ecofin) - Les minerais critiques occupent une place centrale dans la haute technologie et la transition énergétique. Leur importance grandissante en fait l'objet de toutes les convoitises, en particulier de la part des puissances occidentales.
Les États-Unis multiplient les signaux d’intérêt en direction des minéraux critiques du Cameroun. Le dimanche 30 mars, le chargé d’affaires par intérim de l’ambassade américaine à Yaoundé a été reçu par le ministre par intérim des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique. Selon le compte rendu publié par le ministère, le diplomate américain était accompagné du haut-commissaire d’Australie basé à Abuja.
D’après la même source, les deux représentants ont mis en avant « l’importance croissante des minéraux critiques dans le développement économique durable à l’échelle mondiale » et exprimé leur intérêt pour un accompagnement des efforts du Cameroun en matière d’exploration minière « responsable et durable ».
Cette visite intervient dans un contexte international marqué par une attention accrue portée aux minerais stratégiques, devenus essentiels pour plusieurs secteurs, notamment l’énergie, l’industrie et la défense. Depuis plusieurs années, les États-Unis cherchent à diversifier leurs sources d’approvisionnement en ressources critiques, dans un environnement géopolitique où la concurrence autour de ces matières premières s’intensifie.
Au Cameroun, l’intérêt exprimé porte notamment sur le cobalt, le nickel, le manganèse, le rutile et le scandium. Selon les données communiquées par le gouvernement camerounais, le gisement de Nkamouna-Lomié, dans la région de l’Est, est estimé à 100 millions de tonnes de minerai, avec des teneurs de 0,2 % de cobalt, 0,72 % de nickel et 3,71 % de manganèse.
Toujours selon le ministère en charge des Mines, le potentiel annuel de production de ce site pourrait atteindre 4160 tonnes de cobalt, 3 280 tonnes de nickel, 450 000 tonnes de manganèse et 4000 tonnes de scandium.
Au-delà de ce gisement latéritique de cobalt-nickel-manganèse de Lomié, les autorités camerounaises indiquent avoir recensé 27 autres indices de nickel dans les sillons ferrifères des régions du Sud et de l’Est, ainsi que cinq autres indices de cobalt, notamment à Ngoïla et à Mbalam.
À l’issue de la rencontre du 30 mars, le ministre par intérim des Mines a affirmé que « les États-Unis et l’Australie ont réaffirmé leur engagement en faveur du renforcement des capacités, de l’appui technique et du transfert de compétences afin de consolider le secteur ». Selon lui, les deux partenaires ont également insisté sur la nécessité de disposer d’un cadre réglementaire et juridique suffisamment solide pour attirer davantage d’investissements étrangers.
Le message américain sur l’environnement des affaires avait déjà été formulé quelques jours plus tôt. Le 26 mars, lors d’un déjeuner organisé à Yaoundé par la Chambre américaine de commerce autour des échanges commerciaux entre le Cameroun et les États-Unis, le chargé d’affaires John G. Robinson avait insisté sur la question du cadre réglementaire et, plus largement, du climat des affaires.
Le diplomate avait alors relevé les difficultés que pourraient rencontrer des entreprises américaines souhaitant investir dans les minéraux critiques au Cameroun. « La première est l’information. C’est très difficile à comprendre pour beaucoup d’entreprises américaines qui pourraient vouloir investir, par exemple, dans une mine ou dans des minéraux critiques. Comment feraient-elles cela ? Que feraient-elles si elles voulaient vendre ? Y a-t-il un bon ou un mauvais service au Cameroun ? L’autre est, bien sûr, celui que j’ai mentionné assez souvent dans mes remarques : le climat des affaires », a-t-il expliqué.
Ces différentes prises de position traduisent un intérêt croissant de Washington pour le potentiel minier du Cameroun. Elles montrent aussi que, du point de vue américain, un engagement plus important d’investisseurs étrangers reste lié à une amélioration de la lisibilité du cadre réglementaire et de l’environnement économique local.
Ludovic Amara (Investir au Cameroun)
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